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Loverman : une voix poétique et crépusculaire

James De Graef, aka Loverman

© Loverman

02 oct. 2022 à 08:00Temps de lecture2 min
Par Renaud Verstraete

"Chuuuut". Loverman est assurément le roi du silence. Animal nocturne, il se faufile avec la discrétion d'un félin sur les toits de Bruxelles. Avec ce nouveau projet, James De Graef se mue en singer-songwriter et s’autorise un pas de côté. On est loin du space-rock loufoque et grandiloquent de Shht dans lequel il joue les leaders mais c’est tout aussi réussi. Poétique et crépusculaire.

Loverman, c’est d’abord l’histoire d’une voix qui était prédestinée à être entendue. A 8 ans, le jeune James De Graef interprétait Nemo, le plus célèbre des poissons clown dans la version flamande du classique de Disney. Près de 20 ans plus tard, cette voix enfantine est devenue méconnaissable. Grave et ténébreuse, elle s’est muée en langue de feu qui caresse l’oreille et réchauffe le cœur.

Depuis 2016, la voix de James De Graef était enfuie derrière des couches d’autotune dans Shht, le groupe de rock le plus absurde de Belgique (que l’on vous recommande chaudement par ailleurs). Avec Loverman, l’artiste bruxellois se dévoile dans sa forme la plus simple : une guitare, une voix dépouillée, une intimité mise à nu.

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Depuis une première prestation remarquée au Gent Jazz Festival en 2021, Loverman distille ses apparitions et avance pas à pas. En 2022, l’artiste se dévoile avec un premier single en ces mots : "Hanté par mon amour et ma haine pour le continuum du hardcore (Burial), pour mon pays natal (Belgian Brit/British Belgian), pour les troubadours des temps modernes (Brel/Walker/Cohen) et les abstractions qui unissent cet ensemble (The Singing Detective), j’ai écrit des chansons d’amour sur une vieille guitare. Elles vous racontent une nouvelle histoire que vous avez tous déjà entendue mais que vous avez encore besoin d’entendre. Réduites à leur plus simple expression, ces chansons d’amour se souviennent et remontent à bloc. Elles ont été écrites et enregistrées sur un toit quelque part en Belgique."

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En 2022, deux singles sortent au compte goûte chez PIAS et donnent un aperçu plus que convaincant de l’univers tourmenté de l’artiste. A l’écoute de ces deux balades, la comparaison avec Leonard Cohen tombe sous les sens.

On ne peut également s’empêcher de penser aux deux Nicks. Nick Cave d’abord, duquel il tire cette ambiance de velours ainsi que son nom de scène inspiré d’un titre de l’album "Let Love In". Nick Drake ensuite, avec qui il partage ce goût des arrangements des cordes et ce côté ensorcelant qui ferait presque froid dans le dos.

La puissance de Loverman réside dans le clair-obscur, dans le silence qui précède la première et suit la dernière note. Jusqu’ici, James De Graefe volait sous les radars, dans une pénombre qui lui sied si bien mais qui ne devrait durer, tant son talent est éclatant. 

Loverman sur la scène du Gent Jazz Festival.
Loverman sur la scène du Gent Jazz Festival. Jan Van Hecke

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