RTBFPasser au contenu

Louis Michel : "j'espère que le monde de Chirac n'est pas révolu"

Louis Michel : "j'espère que le monde de Chirac n'est pas révolu"
27 sept. 2019 à 07:293 min
Par P.V.

Comment résumer l’animal politique qu’était Jacques Chirac ? Beaucoup disent qu’il était "le dernier grand président français", devant ses successeurs, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron, qui n’ont jamais réussi à atteindre sa popularité. Pourtant, en son temps il fut critiqué, notamment pour son immobilisme, un "procès injuste" selon le journaliste français Jean-François Kahn : "on a dit qu’il n’avait pas fait de réforme : c’est faux ! La fin du service militaire, le non à la guerre en Irak… A l’époque, cela avait beaucoup déchaîné la droite."

Au-delà de sa politique, Jacques Chirac affichait une certaine bonhomie, amateur des bains de foule, des salons de l’Agriculture et de la bonne chère. "Il était convaincu que, pour être un bon leader de droite, il ne fallait pas paraître trop intellectuel, trop cultivé, raconte Jean-François Kahn. En vérité, il s’intéressait beaucoup à la culture, à la littérature russe, il avait traduit Pouchkine, aux Arts premiers, le Japon, la Chine, l’histoire des Mongols. Il a créé une Maison de la poésie à Paris, mais ce n’est pas l’image que les gens ont de lui."

Le politique est là pour entraîner le peuple dans son projet

Louis Michel, qui était ministre des Affaires étrangères pendant le mandat de Chirac, entre 1999 et 2004, se souvient également de la grande culture de l’ancien président. "Quand il venait en Belgique, j’étais chargé d’organiser un dîner le soir, toujours au même restaurant, un restaurant japonais, explique-t-il. J’ai le souvenir d’une soirée avec Guy Verhofstadt, Gerhard Schroder, Chirac, De Villepin et Joska Fischer, il a fait un étalage sans ostentation de sa culture asiatique, les arts primaires, asiatiques, et ce n’était pas juste tartiner sa culture, c’était profond."


►►► À lire aussi : "Abracadabrantesque", "mangeur de pommes"… Jacques Chirac en 10 phrases cultes (vidéos)


Mais Jacques Chirac incarnait surtout une politique à l’ancienne, très éloignée de la diplomatie actuelle. "J’espère que ce monde-là n’est pas révolu, note Louis Michel. Parce que c’était une époque où le politique était véritablement ancré dans le peuple, le compassionnel, l’écoute du politique par rapport au problème presque domestique des gens." Quitte à se faire traiter de clientéliste. "Qu’est-ce que ça veut dire ? Le politique est là pour entraîner le peuple dans son projet, s’exclame l’ancien ministre. Il ne s’agit pas de forcer le trait. C’est toute la nuance avec le populisme, qui dit n’importe quoi. L’homme politique montre le cap, indique un espoir."

Les Africains ne se trompaient pas sur l’attention de Chirac pour leur situation

A l’international aussi, Jacques Chirac incarnait une certaine vision du monde, selon Louis Michel. Notamment au moment de décider de participer ou non à la guerre américaine en Irak. "Nous étions persuadés que les motifs invoqués pour faire la guerre étaient fallacieux, c’était une vaste stratégie de l’arnaque pour des raisons de politique interne aux Etats-Unis, raconte l’ancien ministre. Aussi bien Chirac que moi-même, nous avons réagi dans l’instant parce que nous sentions bien que ça n’avait pas de raison d’être et surtout nous étions persuadés qu’une guerre en Irak aurait des effets collatéraux gravissimes, et nous y sommes. S’il y a une erreur qu’on n’a pas commise, ni la France, ni nous, c’est [de ne pas aller à] cette guerre que l’on a refusée, et qu’on s’est battu jusqu’au bout pour qu’elle n’ait pas lieu."


►►► À lire aussi : Jacques Chirac : le "non" de la France à la guerre d’Irak en 2003


L’autre volet international de Jacques Chirac, c’est l’Afrique. Proche d’Omar Bongo, il a été accusé de perpétuer la tradition de la "Françafrique", comme ses prédécesseurs Charles De Gaulle et Valéry Giscard d’Estaing. Une accusation que balaie Louis Michel : "je pense que les Africains ne se trompaient pas sur une vraie attention de Chirac pour leur situation. Je n’ai pas le sentiment que Chirac est celui qui a le plus pratiqué la Françafrique."

Même lorsqu’il s’agit de fréquenter des dictateurs ? "Tout responsable politique qui a la compétence des Affaires étrangères, s’il ne devait avoir des relations ou des discussions qu’avec des grands démocrates, il aurait très peu de travail, et serait très peu influent, ironise Louis Michel. Il m’est arrivé d’expliquer à des chefs d’état qui étaient considérés comme des dictateurs, que ce qu’ils faisaient n’était pas convenable, qu’ils risquaient de se retrouver devant la CPI, j’utilisais tous les arguments possibles pour les convaincre. Si vous y allez avec la stratégie mégaphonique, en engueulant, en accusant les gens, vous savez par avance que vous n’aurez aucune influence, sinon une influence négative."

Articles recommandés pour vous