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L’opéra comme outil de révolution, de Nabucco de Verdi à la Muette de Portici d’Auber

Interlude

Sissi & Senso : L'opéra comme outil de révolution

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31 mai 2022 à 15:482 min
Par Céline Dekock d'après la vidéo de Valentine Jongen

Et si la musique avait le pouvoir de faire vaciller les pouvoirs ? Et si, avec un opéra, on pouvait déclencher une révolution ? Que ce soit dans l’Histoire de la Belgique ou celle de l’Italie, de grands bouleversements politiques ont découlé directement ou indirectement d’une représentation d’opéra. Valentine Jongen nous en parle à travers le cinéma, avec Senso de Luchino Visconti et Sissi face à son destin d’Ernst Marischka.

L’opéra comme outil de révolution

Août 1830 à Bruxelles. Le public découvre à La Monnaie un opéra de Daniel-François-Esprit Auber, qui va marquer à tout jamais l’histoire de notre nation. Cet opéra a pour titre La Muette de Portici et est indissociable de l’Histoire de la Belgique. Et pour cause, cet opéra, et notamment l’un de ses duos, Amour Sacré de la Patrie, sont à l’origine de la Révolution belge de 1830. La Muette de Portici met en scène et en musique la révolte des pêcheurs napolitains contre le joug espagnol au XVIIe siècle.

La révolte du peuple italien, un sujet qui a été maintes et maintes fois représenté au cinéma. Et parmi les films qui traitent le sujet, deux d’entre eux représentent cette révolte à travers l’opéra.

Verdi, symbole de l’unité italienne

En 1954, le grand public découvre Senso de Luchino Visconti. Le film se déroule à Venise, en 1866 alors que l’Italie, à la veille de son unification, est toujours occupée par les Autrichiens. La scène d’ouverture se déroule juste avant une révolte populaire lancée en pleine représentation de l’opéra Le Trouvère de Giuseppe Verdi à la Fenice de Venise.

Quelques années après Visconti, en 1957, le réalisateur autrichien Ernst Marischka choisit lui aussi de mettre en scène ce climat révolutionnaire dans le troisième volet de sa série Sissi. Là encore, la musique de Verdi est utilisée pour dénoncer l’oppression des Italiens par l’occupation autrichienne. En effet, les aristocrates, habitués de l’opéra ont cédé leurs places à leurs domestiques qui entonnent, à l’arrivée du couple impériale, "Le chœur des esclaves" extrait de Nabucco.

Une scène très cinématographique qui s’est déroulée "dans la vraie vie", en 2011, année du 150e anniversaire de l’unité italienne, à l’Opéra de Rome. Le chef d’orchestre napolitain Riccardo Muti dirige Nabucco et au moment de l’air du Choeur des esclaves, une certaine émotion s’empare de la scène. Et à la fin de la scène, les applaudissements éclatent dans la salle, le public explose et réclame de bisser l’air, et l’on peut entendre des Viva Italia. Il faut dire que l’opéra Nabucco et cet air avaient un écho tout particulier dans l’Italie de Silvio Berlusconi. Avant de bisser l’air Va, pensiero en pleine représentation, Riccardo Muti réagit en déclarant : "Je suis d’accord avec Viva l’Italia. Mais ce soir, quand le chœur chantait Oh ma patrie, si belle et perdue, j’ai pensé que si nous tuons la culture sur laquelle reposent les fondements de l’Italie, notre Patrie sera véritablement belle et bien perdue."

Que ce soit à Bruxelles en 1830, en Lombardie ou en Vénétie au milieu du XIXe siècle, dans des films des années 50 ou sous la baguette d’un chef d’orchestre italien en 2011, ou encore plus récemment dans une ville occupée en Ukraine, la musique donne aux peuples la force de se battre et de croire en la liberté.

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