'L’ombre d’un mensonge', Bouli Lanners à la lumière de sa vérité

29 mars 2022 à 05:34Temps de lecture2 min
Par Bénédicte Beauloye

L’Ecosse. Il l’a dans la peau. Tatouée sur son avant-bras droit. Pour son cinquième film, Bouli Lanners sort de sa zone de confort. De sa zone tout court. Après trois voyages hypnotiques au travers de sa Wallonie (a-t-elle jamais été mieux filmée ?), une atmosphère de bout ou fin du monde pour 'Les Premiers, les Derniers', il nous isole sur l’Ile écossaise de Lewis. Des paysages âpres, forts comme un single malt. Une communauté presbytérienne empreinte de rites et codes contraignants. Sur ces terres ingrates, Millie et Phil cultiveront un amour tout en pudeur.

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Interviewé par Jérôme Colin dans l’émission 'Entrez sans frapper', Bouli Lanners se livre généreusement sur les expériences personnelles qui ont influencé son personnage. Amoureux de l’âpreté de l’Ecosse, il évoque la relation entre l’endroit où l’on vit et la manière d’être.

Il y a une vraie relation entre le paysage dans lequel on évolue et la manière dont on se comporte socialement

" Effectivement le paysage est rude, mais je ne voulais pas du tout rendre les personnes de cette île rudes. Pour moi ils sont pleins d’amour. Ils m’ont accueilli alors que je ne suis pas de là, ils ont été extrêmement chaleureux avec moi, bien que je ne suis pas du tout dans la même mouvance idéologique. Je pense qu’il y a une vraie relation entre le paysage dans lequel on évolue et la manière dont on se comporte socialement. Sur l’île de Lewis, il y a cette rigueur permanente chez les gens. Moi je viens des hauts plateaux ardennais, ce sont aussi un climat et des paysages rudes. On avait dans ma famille cette espèce d’économie de mots et de démonstration dans l’affect. Ce n’est pour cela qu’il n’y a pas d’amour, c’est simplement une autre manière d’en faire la démonstration. C’est pour cela que je me sentais assez à l’aise sur cette île car il y a quelque chose qui correspondait à ce que j’ai vécu dans mon enfance. "

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C’est Michelle Fairley, l’actrice qui incarne Katelyn Stark dans la série ‘Games of Thrones, que Bouli Lanners a choisi pour l’accompagner dans ce récit amoureux. L’un et l’autre ont reçu le prix d’interprétation au Festival international du film de Chicago. Une surprise pour l’acteur toujours en doute.

" Faire un film, jouer dans un film en anglais sont des choses que je ne me serais jamais cru capable de faire. Si j’avais chaque fois conscience des dangers qui étaient là, je n’aurais rien fait. Ma vie est faite quotidiennement de choses que je ne me sens pas capable de faire, et j’ai toujours ce sentiment d’imposture qui m’habite toujours. Il y a beaucoup de moi dans le personnage de Phil. "

La mort, un 'booster' de vie absolu !

L’amour associé à la mort est le meilleur composant d’une tragédie. C’est la première fois que Bouli Lanners s’autorise à mettre en scène une histoire sentimentale. Par contre, la mort était déjà bien présente dans son film précédent, ‘Les Premiers, les Derniers’.

"La mort est une obsession chez moi, jusqu’à il y a peu, c’était quelque chose qui m’empêchait parfois de vivre. Notamment dans ‘Les premiers, les derniers ‘, il y avait un sentiment de mort qui était très présent. Mais depuis quelque temps, sans doute c’est dû à l’âge, comme la mort est inéluctable, autant se dire ‘allons-y à fond avant qu’elle n’arrive et qu’elle n’advienne', ici c’est un 'booster' de vie absolu. Moi je suis un peu hypocondriaque, tant qu’on l’est on a peur de tout, puis à un moment donné on a une vraie maladie. En fait ça aide d’être malade pour se rendre compte que vivre c’est l’essentiel, que ce n’est pas si compliqué que cela et que cela ne sert à rien d’avoir peur."

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