Livraison des vaccins Pfizer : des messages contradictoires qui déboussolent les acteurs de terrain

Livraison des vaccins Pfizer : des messages contradictoires qui déboussolent les acteurs de terrain

© VIRGINIE LEFOUR - BELGA

17 janv. 2021 à 13:55 - mise à jour 17 janv. 2021 à 13:55Temps de lecture3 min
Par Patrick Michalle

Pas simple de s’y retrouver lorsqu’on est "pharmacien" dans un grand hôpital et que face à son planning de vaccination qui démarre lundi matin, on ignore combien de doses seront réellement disponibles par rapport aux chiffres annoncés. Recevoir ou non les quantités prévues, c’est éventuellement devoir prévenir des personnes qu’elles ne recevront pas le vaccin à la date convenue, ou utiliser des doses prévues initialement pour d’autres catégories de personnes.

Un manque de communication vers la chaîne logistique

Cette pharmacienne d’hôpital que nous avons contactée préfère conserver l’anonymat pour ne pas susciter l’inquiétude chez ceux qu’elle devra servir. "J’ai appris l’information de l’annonce de Pfizer via la presse", nous explique-t-elle ce qui peut surprendre lorsqu’on est l’un des acteurs de première ligne dans le processus logistique de vaccination.

Depuis vendredi, Pfizer a soufflé le chaud et le froid en termes de communication à un moment où chacun aimerait agir dans la sérénité.

Ce sont les autorités norvégiennes qui les premières ont alerté. Et cela après avoir été averti par Pfizer d’un retard de livraison : "La réduction temporaire affectera tous les pays européens" avait aussitôt indiqué l’Institut norvégien de santé publique (FHI) dans un communiqué, ajoutant "il n’est pour l’instant pas clair combien de temps précisément cela va prendre avant que Pfizer renoue avec une capacité de production maximale, qui sera portée de 1,3 à 2 milliards de doses".

Les autorités publiques mises devant le fait accompli

Un peu plus tard dans la journée de vendredi Pfizer confirmait l’information des Norvégiens, indiquant effectuer des modifications dans la structure de production qui : "nécessitent des approbations réglementaires supplémentaires" et qui pourrait entraîner en conséquence "des fluctuations dans les calendriers de commandes et de livraisons dans l’usine de Puurs (Belgique) dans un avenir proche".


►►► Lire aussi : Les retards de livraison de Pfizer bousculent (un peu) l’agenda de la Task Force


Cette annonce avait suscité une réaction rapide de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et ensuite en Belgique de Xavier De Cuyper, le patron de l’agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS). Celui-ci venait d’apprendre les chiffres pour la Belgique, une diminution des doses annoncée par Pfizer cinq fois plus importantes qu’en Norvège. Pour lui réduire de 40% les volumes prévus pour la semaine qui s’annonçait était "incompréhensible" et "inacceptable", cette réduction ayant un impact direct sur le début de la vaccination des personnels de soins qui doit normalement commencer ce lundi.

Le Premier ministre belge monte au créneau

C’est ensuite Alexander De Croo, qui indiquait ne pas comprendre et réclamait samedi plus de clarté de la part de l’entreprise pharmaceutique Pfizer : "Nous annoncer cela deux jours à l’avance, ça ne va pas. Nous devons aussi pouvoir planifier", avait-il indiqué samedi sur VTM Nieuws ajoutant au passage : "Il est important que nous puissions offrir la clarté aux personnes qui pensaient être vaccinées (prochainement)" indiquant attendre de la clarté de Pfizer concernant les livraisons pour les semaines à venir également.

Pfizer fait marche arrière et réduit l’impact en Belgique

Un message qui aura sans doute produit son effet à la direction de Pfizer car samedi en début de soirée, la multinationale américaine opérait une solide marche arrière et se disait finalement en capacité de livrer en Belgique un nombre de doses se rapprochant cette semaine de ce qui était prévu au départ. Sur base des derniers chiffres communiqués, il manquera malgré tout près de 7000 doses, ce qui ne sera pas sans conséquences sur certains plans locaux de vaccination. La Belgique recevra donc 86.500 doses Pfizer la semaine prochaine.

Un couac pour le moins fâcheux qui aura agité le week-end tant de la sphère logistique, scientifique, médiatique. Le géant pharmaceutique a d’ailleurs répondu ce dimanche, "oui dans un monde idéal bien qu’on aimerait avoir davantage de temps pour s’organiser, c’est bien légitime. Mais une pandémie de l’ampleur de celle que nous connaissons n’est pas un monde idéal, ni même normal. Ce qui compte ici c’est que la campagne de vaccination ne sera pas impactée la semaine prochaine. La Belgique a déjà reçu 270.000 doses, auxquelles s’ajouteront 86.500 doses la semaine prochaine".

" Maladie de jeunesse ", nous disait ce samedi l’un des responsables de la "taskforce", pour qui cet épisode ne doit pas faire oublier la complexité logistique d’une opération de vaccination à grande échelle dans un contexte de crise sanitaire.
 

Pfizer, les chiffres à nouveau revus: JT 17/01/2021

Pfizer / Chiffres à nouveau revus

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