Economie

L’inflation actuelle ne s’explique pas que par la guerre en Ukraine, mais par "une conjoncture d’éléments" de ces dernières années

© Djordje Djurdjevic/Getty Images

10 oct. 2022 à 14:21 - mise à jour 10 oct. 2022 à 15:15Temps de lecture3 min
Par Théa Jacquet

La Belgique, comme d'autres pays d'Europe, connaît une inflation record. Comment anticiper des périodes où les prix augmentent et mesurer la dégradation d'une économie avant même qu'elle ne s'écroule ?

Si autrefois des indices au nom plus original les uns que les autres, tels que le rouge à lèvres, le caleçon, la longueur de la jupe ou encore le carton, étaient utilisés pour anticiper les fluctuations économiques, ces index sont désormais obsolètes.

En effet, ils "ont généralement été conçus avant la crise de 2008. Il a donc été démontré qu’ils ne fonctionnent plus, car le monde a tout simplement changé depuis lors", indique d’emblée Charlotte de Montpellier, macro-économiste, spécialisée dans l’analyse et la prévision des évolutions économiques.

Devenu abordable depuis la mondialisation, le rouge à lèvres n’est par exemple plus considéré comme un produit de luxe, mettant un terme au mythe, propulsé par l’hériter de la société de cosmétiques Estée Lauder, selon lequel les femmes s’en offriraient davantage lorsque les conditions économiques sont mauvaises.

La confiance des consommateurs comme indicateur économique

"Il existe par contre d’autres indicateurs que nous surveillons pour avoir une idée de la direction vers laquelle on va et anticiper les fluctuations économiques", poursuit Charlotte de Montpellier.

Citons par exemple l’indice de confiance des ménages. Ces derniers sont en effet régulièrement amenés à exprimer leur moral au travers d’enquêtes concernant leur consommation. "Quand leur confiance diminue, cela signifie que l’économie va vers la récession", précise-t-elle. Car si la demande diminue, l’offre emboîtera le pas, entraînant par conséquent un ralentissement du rythme de la croissance économique.

"Il arrive que les consommateurs soient plus pessimistes lors de l’enquête qu’ils ne le sont vraiment. On en tient évidemment compte", ajoute l’économiste. "Par exemple, lorsque Caterpillar a annoncé des restructurations, cela a eu un impact important sur l’attitude des ménages. Inquiets d’une hausse du chômage, ils ont été plus prudents dans leur consommation. Toujours est-il que cet indice dit avancé nous donne la tendance."

Et actuellement, la confiance des consommateurs a enregistré une lourde chute en septembre dernier avec une perte de 16 points, rapporte la Banque nationale de Belgique (BNB)L’indicateur tombe à -27, un niveau plus bas que lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en mars (-16) et qu’au plus fort de la crise du coronavirus en avril 2020 (-26).

La confiance des entreprises figure également parmi les indices avancés. "On leur demande où en sont leurs carnets de commandes, les coûts de production, la demande, etc. Elles aussi sont plus pessimistes sur papier qu’en réalité."

"La prévision des fluctuations est multifacettes"

D’autres indices dits coïncidents permettent d’expliquer l’état actuel, tels que l’indice de production industrielle ou encore l’indice du commerce de détail.

Par ailleurs, le produit intérieur brut (PIB), qui mesure la valeur de tous les biens et services produits dans un pays sur une année, sert aussi d’indicateur économique dit retardé. S’ils n’indiquent pas la direction future, ils se présentent toutefois comme point de départ. Le passé et les chiffres historiques sont ainsi utilisés pour cadrer l’analyse.

En outre, les variables telles que les taux de change et les taux d’intérêt sont également à prendre en compte, tout autant que le chômage, l’import et l’export, les finances de l’État, note la macro-économiste. "La prévision des fluctuations est multifacettes dans le sens où il y a une multitude d’indicateurs à suivre, ce qui rend l’exercice difficile et incertain."

L’histoire se répète mais jamais de la même manière, car la conjoncture des éléments est toujours différente

"L’histoire se répète mais jamais de la même manière, car la conjoncture des éléments est toujours différente", relève Charlotte de Montpellier. Cette fois, le contexte est celui de la crise énergétique, de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine.

L’inflation sur fond de crises

Si nombreux sont ceux qui pensent que l’inflation est la conséquence directe de la guerre en Ukraine, la flambée des prix a pourtant démarré bien avant l’invasion russe. "Il y a d’abord eu le Covid, qui a provoqué un arrêt cardiaque de l’économie mondiale. Ensuite, les gouvernements et les banques centrales sont intervenus massivement en déversant des tonnes et des tonnes d’argent dans l’économie et en baissant les taux d’intérêt", expliquait Amid Faljaoui dans sa Chronique Économique.

S’en est suivie la sortie de la crise sanitaire, "traduite par une surchauffe économique, car tout le monde voulait sortir, voyager, consommer. Suite à cela, il y a eu des goulets d’étranglement, des pénuries, aussi bien des matières premières que de main-d’œuvre."

C’est seulement après cet enchaînement d’événements qu’a éclaté l’invasion russe, et avec elle l’accélération de la hausse des prix et davantage de pénuries. "Cette fois-ci, face à la hausse rapide et forte de l’inflation, les banques centrales ont donc toutes augmenté leur taux d’intérêt rapidement et très fortement", notait Amid Faljaoui.

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