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L’incident du col Dyatlov : la mort suspecte de 9 randonneurs russes en 1959 résolue en 2021 ?

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30 août 2022 à 14:00 - mise à jour 01 sept. 2022 à 14:20Temps de lecture4 min
Par La Première

Malencontreuse rencontre avec le yéti, assassinat par des extraterrestres ou catastrophe naturelle ? Les théories aussi saugrenues que rationnelles ont germé dans l’opinion publique et la communauté scientifique au sujet du décès de 9 alpinistes expérimentés en 1959 en Russie. Dans L’Heure H, découvrez l’affaire Dyatlov, qui aurait été résolue en 2021.

Il est 1 heure du matin, ce 2 février 1959. Au cœur de la nuit noire, neuf alpinistes, pour la plupart en sous-vêtements, d’autres blessés, quittent le lieu de leur campement situé sur une montagne au nom quasi prémonitoire : la montagne morte. Bientôt, ils seront tous morts, eux aussi, et leur disparition, des plus inhabituelles et inexplicables, va nourrir de folles théories durant plus de 5 décennies, en Russie et dans le monde entier.

Retour aujourd’hui sur l’une des plus mystérieuses affaires de l’histoire de l’alpinisme, celle du col Dyatlov.

Une funeste destinée

Ingénieur en formation d’à peine 23 ans, Igor Dyatlov est alpiniste en passe de devenir professionnel. Il vise le niveau d’accréditation suprême de l’alpinisme russe : le niveau III.

Pour cela, il emmène 8 autres comparses à travers l’Oural. Son expédition doit couvrir 300 kilomètres et gravir une montagne d’au moins 2.500 mètres de haut. Après mûre réflexion, lui et ses compagnons ont décidé d’atteindre le sommet de la montagne Otorten. Ils se sont mis en route le 27 janvier… pour ne jamais revenir vivants.

Que s’est-il donc passé ?

Des cadavres disséminés dans la nature

Grâce à des journaux et appareils photo retrouvés sur le dernier campement, les enquêteurs peuvent retracer l’itinéraire du groupe les jours précédant l’incident.

Le 31 janvier, arrivés au pied de la montagne, les alpinistes se sont délestés de vivres et équipements dans une vallée boisée. L’ascension commence le 1er février. La météo se détériore et le blizzard égare le groupe vers l’ouest. L’équipe s’arrête pour la nuit sur le flanc du Kholat Syakhl. Ils sont à 10 kilomètres de l’Otorten.

Sans nouvelles des alpinistes, les secours sont envoyés le 20 février. Il leur faudra 6 jours pour trouver les premiers cadavres dont celui de Dyatlov. Ils sont pieds nus ou en chaussettes, à environ 1,5km de leur campement dont la tente a été déchirée de l’intérieur. Ils ont visiblement fui ce lieu à la hâte. Les quatre autres sont repérés plusieurs semaines plus tard, sous 4 m de neige… et portent les vêtements des premières victimes. Deux victimes présentent des fractures au crâne et ont les côtes cassées. La langue et les yeux sont aussi arrachés chez l’un ou l’autre.

© The Dyatlov Memorial Foundation

Les conclusions de la première enquête

Les 5 premiers corps sont morts d’hypothermie conclut l’enquête. L’autopsie des 4 autres relève que les blessures sont trop profondes que pour être causées par un humain. Elles s’apparentent à un accident de voiture ou à une onde de choc. Certains vêtements portent des radiations anormalement élevées. Les empreintes de pas dans la neige montrent que les 9 alpinistes se sont déplacés de leur plein gré. Les enquêteurs écrivent dans leur rapport : "il convient de considérer que la cause du décès des touristes fut une force spontanée à laquelle les touristes n’étaient pas à même de résister".

Les Soviétiques closent l’enquête mais plusieurs éléments alimentent de nombreuses autres théories : massacre par des autochtones ou par l’un des membres qui aurait ensuite simulé sa mort, opération des services secrets, OVNI ou encore des sphères orange dans le ciel responsables des radiations. Pour une partie de l’opinion publique, des indices ont aussi été volontairement mis de côté par les enquêteurs et on observe des anomalies dans la procédure.

L’enquête réouverte deux fois

En 2019, la Russie rouvre le dossier Dyatlov. Parmi les 75 pistes envisagées, seule celle de l’avalanche semble plausible. Mais cela ne convainc pas tous les observateurs, notamment parce que la pente du lieu du drame est jugée trop faible.

En 2021, une recherche indépendante menée par deux chercheurs de l’École polytechnique de Lausanne et de Zürich, publiée dans la revue Communications Earth and Environnment, approfondit cette théorie. Grâce à plusieurs analyses et simulations informatiques, ils concluent que des vents catabatiques auraient formé un amas de neige au-dessus du campement – lequel était installé en ayant déblayé la neige formant un déséquilibre dans la neige - provoquant une petite avalanche d’un bloc gelé de 5 mètres, "de la taille d’un SUV", assez grande pour engloutir l’équipe, assez petite pour disparaître aussitôt. Pour avancer leur théorie, Johan Gaume se base sur… le mouvement d’animation de la neige représenté dans La Reine des Neiges. Mais il simule cet effet sur le corps humain.

Pour comprendre le mystère entourant les blessures, les chercheurs se tournent vers les données de sécurité General Motors. Ils concluent que le bloc de neige dur a percuté les lits devenus rigides grâce aux skis des alpinistes. La collision aurait brisé les crânes et côtes, sans les rendre mortelles sur le coup.

La suite ne se raccroche néanmoins qu’à des spéculations des scientifiques : l’équipe aurait découpé la tente recouverte de neige pour s’enfuir vers un endroit plus sûr en bas de la pente. Les blessés auraient été évacués par ceux sortis indemnes de l’avalanche. La plupart auraient fini par mourir d’hypothermie. Les corps dévêtus s’expliqueraient par le déshabillage paradoxal (afflux des vaisseaux sanguins aux extrémités du corps suite au ralentissement des pulsations, donnant l’impression de chaleur à la personne en hypothermie). Les yeux et langues perforés seraient l’œuvre de charognards.

► Retrouvez toutes ces destinées qui ont basculé à L’Heure H avec Jean-Louis Lahaye, du lundi au vendredi de 15h à 16h sur La Première et en replay sur Auvio.

© A COMPANY RUSSIA / AFP

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