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Liban: Beyrouth dévastée devient la proie des requins de l'immobilier

le port de Beyrouth détruit suite à une explosion massive il y a deux mois, 26 aout 2020
29 août 2020 à 14:28 - mise à jour 29 août 2020 à 14:282 min
Par RTBF avec Agences

L’explosion provoquée par une énorme quantité de nitrate d’ammonium stockée au port de la capitale a fait plus de 180 morts et dévasté des pans entiers de Beyrouth. Une situation chaotique qui aiguise l’appétit des requins de l’immobilier.

Il veut que je lui vende la maison pour la démolir et construire une autre tour.

Dans sa maison traditionnelle dont les arcades ont été soufflées par l’explosion du 4 août à Beyrouth, Bassam Bassila dit résister aux pressions du propriétaire d’une tour voisine, déterminé à acheter cette bâtisse historique héritée de père en fils.

"Il veut que je lui vende la maison pour la démolir et construire une autre tour", affirme l’homme de 68 ans dans sa maison éventrée du quartier de Monot.

Comme M. Bassila, d’autres habitants des rues sinistrées, notamment dans les quartiers de Mar Mikhaël, Gemmayzé et Monot, et des responsables locaux, déplorent la cupidité de ceux qui cherchent à "profiter" du drame pour faire fructifier leurs affaires.

Des "courtiers" de l’ombre

Sur les 576 bâtiments historiques inspectés par le ministère de la Culture à Beyrouth, 44 sont menacés d’effondrement et 41 encourent le risque d’un effondrement partiel.

Après l’explosion, alors que les habitants affluaient pour signaler les dégâts subis chez eux, Béchara Ghoulam, le maire du district de Rmeil, dans le nord de Beyrouth, raconte avoir reçu la visite inopinée d’un de ces "courtiers" de l’ombre, proposant de racheter les propriétés pour le compte de particuliers ne voulant pas être identifiés.

"Il a exprimé son souhait d’acheter des maisons endommagées par l’explosion et sa volonté de payer n’importe quel montant que les propriétaires réclameraient. Je lui ai répondu que nous ne vendrons pas", assure M. Ghoulam.

Contexte de grave crise économique

un bâtiment gravement endommagé dans le quartier de Karantina à Beyrouth près de deux semaines après une explosion massive dans le port de la ville, 19 aout 2020.
Beyrouth: les requins de l'immobilier flairent le bon filon

La tentation est pourtant forte dans un contexte de grave crise économique au Liban, qui a plongé de nombreux habitants dans la pauvreté.

A Gemmayzé, Alain Chaoul contemple sa demeure et s’interroge : "Le coût des réparations s’élève à 200.000 dollars mais je n’ai pas un sou. Que dois-je faire ?" Il refuse toutefois de succomber : "C’est notre histoire. Je ne la vendrai pas !"

Des instances politiques et religieuses ont mis en garde contre les "vautours" qui rôdent, tandis que les ministères de la Culture et des Finances ont interdit la vente des biens endommagés jusqu’à l’achèvement des travaux de restauration.

"Beyrouth n’est pas à vendre"

Des bannières portant l’inscription "Beyrouth n’est pas à vendre" sont apparues dans les rues. Plusieurs associations de sauvegarde du patrimoine sont à pied d’œuvre.

"Nous recevons des informations de propriétaires ayant été sollicités par des courtiers affiliés à des hommes politiques", déplore Naji Raji, fondateur de l’ONG "Save Beirut héritage" ("Sauver le patrimoine de Beyrouth").

Les investisseurs n’aspirent qu’au "profit financier dans une région touristique par excellence et cherchent à la défigurer", dénonce-t-il, se réjouissant toutefois que "les habitants refusent de vendre".

L’organisation des Nations unies pour la culture et l’éducation (Unesco) va organiser deux conférences internationales pour collecter des fonds au profit du patrimoine architectural de Beyrouth et du monde culturel.

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