Prix de l'énergie

L’Europe veut éviter des faillites en chaîne chez les fournisseurs d’énergie

L’Union européenne veut assouplir les règles sur les aides d’Etat pour venir en aide aux fournisseurs d’énergie en difficulté.

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Il n’y a pas que les ménages et les entreprises qui subissent de plein fouet la flambée des prix de l’énergie en Europe. Des énergéticiens aussi connaissent des difficultés financières. Parfois très graves. La crainte, c’est que l’Europe ne vive un séisme à la Lehman Brothers. En 2008, la faillite de cette banque multinationale avait provoqué une crise financière mondiale. Pour éviter ce scénario catastrophe, l’Union européenne veut faciliter le soutien financier aux acteurs du secteur énergétique.

Comment fonctionnent les marchés à terme

Alors que certains énergéticiens font des bénéfices records, d’autres sont au bord de la faillite. Pour comprendre cette situation paradoxale, il faut plonger dans les rouages des marchés à terme. Le principe de base, c’est qu’on achète aujourd’hui de l’énergie pour demain (le marché dau head) ou un an (le marché forward). Avec un avantage, c’est celui de rendre les prix plus prévisibles. "C’est rassurant mais assorti d’un risque industriel", explique Charles Cuvelliez, de l’Ecole polytechnique de Bruxelles, à l’ULB. "Un fournisseur achète à terme de l’énergie pour ses clients via des responsables d’équilibrage qui agissent en son nom sur les marchés. Ce sont ces derniers qui prennent l’engagement de payer cette électricité à terme pour le fournisseur." Ces responsables d’équilibrage exigent des garanties financières pour que le fournisseur soit capable de le payer au moment voulu (à terme). C’est ce qu’on appelle les " appels de marge ".

L’envolée des prix fait dérailler le système

Sauf qu’aujourd’hui, ce système ne fonctionne plus. "Vu les prix inouïs de l’électricité, ces garanties deviennent inabordables car liées à la valeur du contrat", souligne Charles Cuvelliez. "Un producteur peut puiser dans sa trésorerie. Un fournisseur, lui, n’a pas ces moyens et doit demander à des acteurs financiers de le couvrir."

Le risque, c’est donc que les fournisseurs en difficulté perdent la confiance des marchés financiers. Et c’est là que survient le spectre de Lehman Brothers. "Si on parle de phénomène Lehman Brothers pour l’énergie, c’est parce qu’on fait face aujourd’hui aux mêmes questions : celles de la confiance et des risques. En 2008, certaines banques n’avaient plus la confiance des marchés financiers qui ne voulaient plus prêter des liquidités à ces établissements. Ils se retrouvaient en cessation de paiements. Pour mettre fin à cette spirale, à l’époque, les Etats ont apporté leur garantie aux banques et la confiance est revenue."

Les Etats-membres à la rescousse

C’est précisément ce que plusieurs pays européens ont fait ces dernières semaines. L’Allemagne a avancé 13 milliards d’euros au groupe Uniper. L’Autriche, la Suède, la Finlande ont également joué les pompiers. Pour Charles Cuvelliez : "Ces fournisseurs ont un tel poids systémique dans l’économie de leur pays qu’une faillite est impensable sous peine de mettre à mal la fourniture d’énergie au pays."

L’appel à l’Europe

Pour faciliter l’action des Etats-membres sur ces acteurs, la Commission européenne avance des pistes. La principale est un élargissement du type de garantie financière qui peut être apporté aux marchés, y compris des garanties de l’État pour leurs fournisseurs mais attention, elles peuvent être vues comme des aides d’État. Ce sont les pistes de la Commission pour cette partie-là de la crise. .

A la demande des 27 ministres de l’énergie, la Commission européenne devrait formuler des propositions législatives concrètes dès la semaine prochaine.

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