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Les Volets Verts : Portrait d’un mythe vivant

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23 août 2022 à 04:00Temps de lecture2 min
Par L'Agenda Ciné

Jules Maugin, acteur connu, reconnu et célébré est devenu un monstre sacré du théâtre et du cinéma. À 65 ans celui qui ne s’est jamais ménagé et qui a croqué la vie à belles dents marque des signes de fatigue. Mais les conseils de son médecin de faire une radio, de bien prendre ses médicaments et de lever le pied sur le travail, les femmes, la bouffe et surtout l’alcool, il va s’empresser de ne pas les suivre en commençant par se faire servir son habituelle vodka Au Bœuf sur le toit, le restaurant où il a ses habitudes… un moyen comme un autre de tromper son angoisse de cette fin qui approche !

Et puis, au milieu de ces regrets et de ces remords qui se ramassent à la pelle à l’automne de sa vie, il y a Jeanne sa compagne de jeu depuis tant d’années, dont il est terriblement épris, mais qui est une des rares personnes (pour ne pas dire la seule) à lui résister…

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Un trio gagnant

L’adaptation pour le cinéma du roman de Georges Simenon, Les Volets verts paru en janvier 1950, est l’un des derniers projets de l’immense dialoguiste, scénariste, adaptateur et auteur de chanson qu’était Jean-Loup Dabadie, décédé en 2020 à l’âge de 81 ans.

Ce portrait d’un acteur " bigger than life " dont le temps est compté, l’académicien l’avait rendu nettement moins sombre que son modèle littéraire, faisant de ce Jules Maugin, un personnage beaucoup plus sympathique que celui imaginé par l’écrivain belge.

Jean Becker, appelé pour la réalisation du film (et qui par le passé avait déjà travaillé avec Jean-Loup Dabadie sur La tête en friche, Bon rétablissement ! et Le collier rouge) a repris le scénario, fait quelques ajustements, transposé l’action dans les années 70, et a bien évidemment confié le rôle à Gérard Depardieu, comme cela était prévu à l’origine, signant ainsi leurs retrouvailles après deux films tournés ensemble : Elisa en 1995 et La Tête en friche en 2010.

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Jeu de miroir

Et effectivement quoi de plus judicieux que d’avoir choisi Gérard Depardieu pour incarner ce Jules Maugin tant l’interprète et le personnage de fiction semblent se confondre.

On connaît les emportements, les prises de position (parfois discutables !), l’éclectisme (théâtre, cinéma, chanson, viticulture…), les amitiés au long court (et l’on pense à Fanny Ardant, la Jeanne du film !), les affinités électives (et là c’est à Benoit Poelvoorde que l’on pense, avec déjà 8 films ensemble, et qui joue ici Félix son meilleur ami), de Gérard Depardieu, et cette vie goulûment envisagée et vécue !

En le voyant à l’écran, immense (au propre comme au figuré), on se dit qu’il n’a pas eu à chercher très loin pour interpréter ce personnage excessif en tout, égocentrique, colérique, capable avec une rare élégance, d’une formidable générosité.

Autour de lui et dans les coulisses, son chauffeur corvéable à merci (Fred Testot), sa costumière quasiment transparente (Anouk Grinberg), sa nouvelle idylle (Stéfi Celma repérée dans la série Dix pour cent), son meilleur ami Félix ou encore Jeanne dessinent un homme bien plus fragile, mélancolique et seul que ce qu’il veut bien laisser paraître… et finalement bouleversant.

Et puis au-delà, en toile de fond de ce portrait en miroir, le film raconte un monde en train de changer dans lequel Jules et Félix ne se reconnaissent pas.

Un grand et beau film à ne pas rater !

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