Déclic

Les vagues de chaleur touchent la santé mentale… et augmentent le taux de suicides

Déclic et des claques

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Dans la séquence Déclic et des claques, Hélène Maquet met en lumière une autre conséquence encore occultée du réchauffement climatique : pour chaque augmentation de 1 degré de la température moyenne mensuelle, le nombre de morts liés à la santé mentale, dont les suicides, augmente de 2,2%.

Les vagues de chaleur se sont succédé cet été. Parmi les personnes touchées directement par ce phénomène météorologique extrême certaines sont aussi prises dans une autre problématique.

Elle est exposée dans un article rédigé par un chercheur américain et une chercheuse allemande pour le média de vulgarisation scientifique The Conversation, intitulé "Comment la chaleur perturbe notre santé mentale".

Le chiffre qu’il pointe est édifiant : pour chaque augmentation de 1 degré de la température moyenne mensuelle, le nombre de morts liés à santé mentale (notamment des suicides) augmente de 2,2%. La mort, les suicides… c’est, évidemment, l’effet le plus puissant, le plus grave, le plus inquiétant de cette étude. Mais derrière ce chiffre, il y a toute une série de phénomènes qui doivent être connus parce qu’ils touchent toute la population.

Les capacités cognitives perturbées par la chaleur

En 2016, une expérience sur une quarantaine d’étudiants d’une université de Boston a été menée pendant une vague de chaleur. 24 étudiants étaient logés dans une résidence avec air conditionné… dans un bâtiment des années 90 relativement neuf. 20 autres étaient logés dans un vieux bâtiment néo-géorgien construit entre les années 30 et 50 avec des gros murs bien épais qui stockent bien la chaleur quand elle s’est installée.

Les étudiants s’étaient retrouvés dans ces résidences sur un principe de premier arrivé, premier servi. Il n’y a pas de plus riche, moins riche (dans tel ou tel bâtiment) par exemple.

Pendant la vague de chaleur, ces étudiants devaient répondre à des tests cognitifs qu’ils recevaient, chaque matin, sur leur smartphone. Les étudiants qui vivaient dans le bâtiment sans climatisation ont des résultats 13% moins bons que les autres. Ils ont été aussi plus lents à répondre.

C’est une des premières études, menée à Harvard, qui montre que les capacités mentales de tout le monde sont affectées par le stress thermique.

Des conséquences bien marquées

Pour les personnes qui souffrent déjà de troubles mentaux, les conséquences d’une vague de chaleur peuvent être encore plus fortes.

On voit dans cette étude, que les pics de chaleur et les pics d’humidité sont associés à une augmentation des épisodes maniaques chez les personnes qui souffrent de troubles bipolaires.

On a parlé de l’augmentation du taux de suicide. Comment expliquer cette hausse ? La chaleur a notamment des conséquences sur l’efficacité des traitements, des médicaments. Le lithium, par exemple, joue sur la température corporelle et le degré de déshydratation des personnes, ce qui peut les mettre en danger.

Il y a le manque de sommeil, quand il fait chaud. Il y a l’éco-anxiété, à savoir la détresse face aux changements climatiques. La chaleur peut aggraver les symptômes, provoquer de la frustration, et de l’agressivité.

On sait, entre autres, que les pics de chaleur entraînent une hausse des agressions, des crimes.

© iStock / Getty Images Plus

Un enjeu sociétal

Cette conséquence néfaste concerne donc bien plus de monde que les personnes directement touchées. Plus qu’un enjeu écologique et sanitaire, c’est un enjeu sociétal.

Avec un coût lié aux hospitalisations, et puis un coût pour la société en général, pour le bien-être.

Alors comment réagir ? Vraisemblablement adapter les bâtiments, isoler, limiter l’impact de la chaleur…

Mais pour faire ça, pour avoir accès à la fraîcheur, il faut (souvent) des moyens. Et donc, la société doit aussi se poser la question des inégalités en termes de santé mentale que les vagues de chaleur qui sont appelées à se répéter risque de creuser… entre les plus riches et les plus pauvres. Et aussi entre pays riches et pays pauvres puisque les pays tropicaux seront plus soumis aux pics de chaleur.

Ces inégalités, elles existent déjà. Moins on a de revenus, plus on est exposé à des troubles de la santé mentale. Les vagues de chaleur pourraient venir accroître ce phénomène.

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