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Les troupes maliennes accusées d'exactions, les islamistes se scindent

Des Maliennes le 23 janvier 2013 à Diabali devant un véhicule des groupes islamistes armés détruits par des tirs français

© Eric Feferberg

23 janv. 2013 à 15:03 - mise à jour 24 janv. 2013 à 10:09Temps de lecture4 min
Par AFP

L'un des trois groupes islamistes armés qui occupent le nord du Mali, Ansar Dine (Défenseurs de l'islam) s'est scindé en deux, une partie de ses membres
appelant jeudi à une "solution pacifique", au quatorzième jour de l'intervention militaire française au Mali.

Ces groupes, qui contrôlent depuis plus de neuf mois le nord du Mali,pilonnés depuis près de deux semaines par des frappes aériennes de l'armée française, ont affiché pour la première fois mercredi leurs divisions depuis le début de l'intervention de Paris.

Le nouveau groupe se présente comme le Mouvement islamique de l'Azawad (MIA), l'Azawad étant le nom que les Touareg donnent au Nord du Mali, en proie à des tensions indépendantistes depuis des années.

"Le MIA affirme de la manière la plus solennelle qu'il se démarque totalement de tout groupe terroriste, condamne et rejette toute forme d'extrémisme et de terrorisme et s'engage à les combattre", affirme-t-il dans un communiqué reçu par l'AFP.

Progression vers le centre

"Il y a déjà des forces qui sont arrivées à Bamako. Un certain nombre de forces ont déjà commencé à monter vers des villes intermédiaires (centre)", a déclaré le chef de la diplomatie française Laurent Fabius.

Le ministre n'a précisé ni la nationalité des troupes en mouvement, ni les villes vers lesquelles elles se dirigent, ni enfin le nombre de militaires concernés.

A Bamako, une source au ministère malien de la Défense a précisé que "160 soldats du Burkina Faso sont arrivés à Markala (270 km au nord de Bamako) pour prendre la relève des Français" qui y tiennent un pont stratégique sur le fleuve Niger.

Selon cette source, "ils sont déjà installés, ils pourront ensuite aller à Niono et à Diabali", deux localités situées plus au nord, dont l'une, Diabali, a été récemment reprise aux islamistes par les armées française et malienne. "Après les Français, les Africains sont sur le terrain", a-t-elle ajouté.

Jusqu'à présent, l'armée française est la seule armée étrangère à être engagée dans la lutte contre les groupes islamistes armés qui contrôlent le nord du Mali depuis l'été dernier. Elle agit avec le concours d'unités de l'armée malienne.

Exactions commisses par l'armée malienne ?

Treize jours après le début de l'intervention française qui a donné un coup d'arrêt à la progression des islamistes vers le Sud, deux organisations de défense des droits de l'homme ont demandé l'ouverture d'une enquête sur des accusations d'exactions commises par les troupes maliennes dans le centre du pays, particulièrement à Sévaré, Mopti, Niono.

Selon la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), qui accuse des soldats maliens d'avoir perpétré "une série d'exécutions sommaires", au moins 11 personnes ont été tuées à Sévaré (650 km au nord-est de Bamako).

Dans la région de Niono, deux Maliens d'origine touareg ont été exécutés par des soldats maliens, a ajouté la FIDH, qui a rapporté également "des informations crédibles sur une vingtaine d'autres cas d'exécutions à Sévaré où les corps auraient été enterrés en toute hâte, notamment dans des puits".

L'ONG Human Rights Watch (HRW), qui a réclamé l'envoi d'observateurs de l'ONU, a dit enquêter sur des "allégations d'exactions graves impliquant des membres de l'armée malienne". Ces exactions visent particulièrement les communautés arabe et touareg, majoritaires au sein des groupes islamistes armés.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a appelé mercredi l'encadrement de l'armée malienne à être "extrêmement vigilant" envers les risques d'exactions.

"L'armée doit être irréprochable"

"L'armée doit être irréprochable et il ne saurait être question pour nous de cautionner des actes que nous reprochons aux terroristes", a déclaré le gouvernement malien dans un communiqué mercredi soir. Il "rappelle aux forces armées et de sécurité le respect strict des droits humains et toutes les dispositions du droit international humanitaire et des conventions internationales en la matière".

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui avait salué l'intervention "courageuse" de la France au Mali, avait fait part mardi de ses craintes concernant l'impact de l'opération sur les civils et les droits de l'homme.

L'Union européenne s'est également déclarée mercredi "très préoccupée" par de possibles exactions au Mali. "Nous sommes très préoccupés par des rapports qui évoquent la possibilité de luttes et de combats ethniques, d'exactions commises à titre de revanche", a indiqué à Ouagadougou la commissaire européenne à l'aide humanitaire, Kristalina Georgieva.

A Paris, le chef de la diplomatie française a affirmé que tous les soutiens internationaux supplémentaires à la guerre au Mali seraient "les très bienvenus". L'intervention a coûté en 13 jours environ 30 millions d'euros, selon Paris.

La France trop isolée ?

Certaines interrogations ont commencé à poindre sur un isolement de la France : si elle a engrangé le soutien quasi unanime de la communauté internationale et des appuis en matière de logistique, aucun pays occidental ne s'est engagé à participer à la guerre sur le terrain.

Plus de 2300 soldats français sont déjà déployés au Mali, nombre qui va rapidement augmenter, d'autant que Paris bénéficie depuis lundi de l'aide des Etats-Unis qui transportent troupes et équipements français, depuis la France vers l'Afrique de l'ouest.

A Washington, la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a d'ailleurs plaidé mercredi pour renforcer le soutien de Washington à la lutte contre les groupes islamistes armés au Mali, comparant la menace d'Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) à celle de Ben Laden et du 11-Septembre.

"Les gens me disent tout le temps, Aqmi n'a pas attaqué les Etats-Unis. Oui mais avant le 11 septembre 2001, nous n'avions pas été attaqués sur notre territoire depuis, je crois la guerre de 1812 et Pearl Harbor", a-t-elle expliqué lors d'une audition très médiatisée au Sénat.


AFP

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