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Littérature

Les taxis de la Marne : septembre 1914 : quand la France devait perdre la guerre

les taxis de la marne
23 janv. 2015 à 14:312 min
Par Jacques Schraûwen

Force est de reconnaître que, pendant bien longtemps, lorsqu’un album de bd s’intéressait à la guerre, quelle qu’elle soit, c’est d’héroïsme, de courage, de patriotisme qu’il s’agissait surtout. Et puis, fort heureusement, dans la lignée d’un film comme " Les sentiers de la Gloire " de Kubrick, les choses ont changé. Et Tardi est et reste l’auteur essentiel pour qui la guerre ne peut se voir, s’imaginer, qu’au-delà des grands sentiments, des grandes déclarations, à hauteur d’homme, à hauteur d’horreur, dans la profondeur boueuse du désespoir.

les taxis de la marne
les taxis de la marne bamboo

Avec cet album-ci, cependant, nous sommes en présence d’une troisième voie. Une voie résolument historique. Sans enjoliver les choses, sans se perdre dans le mythe de ce qui ne fut, tout compte fait, qu’un événement anecdotique de la première guerre mondiale, les auteurs ont décidé de replacer cet épisode des taxis de la Marne dans son contexte géopolitique.

La question posée, et analysée, est simple : comment, alors que la guerre allait irrémédiablement être perdue par la France, a-t-elle pu s’en sortir ? Quels furent les péripéties politiques, militaires, humaines, qui réussirent à enrayer les avancées des Allemands vers Paris ?

Et ce livre suit donc, pas à pas, jour après jours presque, le rappel du Général Gallieni, à la retraite, pour défendre Paris, son opposition avec celui qui, auparavant, avait été son second et était désormais son supérieur, le commandant en chef des armées Joffre.

Batailles d’influence, stratégies différentes, oppositions de conception quant au courage et à ses obligations, rencontres diplomatiques parfois musclées, tout, dans cet album, est parfaitement montré.

L’image qui ressort de tout cela, c’est, bien entendu, la présence, oubliée quelque peu par la grande Histoire, de Gallieni. C’est aussi ces états-majors pour qui l’élément humain des batailles n’avait aucune importance, aucun intérêt. C’est le tableau, également, d’un ensemble de vieilles ganaches soucieuses plus de leur propre gloire que du bien commun.

Les vraies horreurs de la guerre ne sont pas pour autant gommées dans cet ouvrage, bien évidemment. Mais elles n’en forment pas la trame essentielle. Bien sûr, on parle d’exécutions sommaires, on parle de milliers de morts inutiles, on parle de nécessités historiques à faire porter la responsabilité des défaites par d’incompétents soldats venus du sud !

Mais le propos de ce livre est autre, et c’est là, sans aucun doute, que réside son intérêt : c’est celui d’une analyse à la fois pointue et directement accessible de tout ce qui a amené Gallieni à réquisitionner les taxis parisiens pour conduire des renforts jusqu’à ce qui fut une des batailles essentielles de cette grande guerre, la bataille de la Marne.

C’est dire que le scénario est parfaitement construit, extrêmement fouillé au niveau historique. Le dessin, quant à lui, résolument classique, parfois même à la limite du " naïf ", est là pour construire la narration et la rendre tout de suite compréhensible. Et ce graphisme, simple, le fait à merveille, même si, par ci par là, il y a quelques erreurs de perspective.

En cette année où se continuent les commémorations de la guerre 14-18, cet album revêt un intérêt réel.

A lire, donc, en complément par exemple de " Putain de guerre " de Tardi, pour avoir une vue complète sur ce qui reste un des conflits les plus meurtriers des guerres dites " modernes " !

 

Jacques Schraûwen

Les taxis de la Marne : septembre 1914 : quand la France devait perdre la guerre (dessin : Plumail – scénario : Le Naour – éditeur : Bamboo

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