Les sans papiers qui avaient suspendu leur grève de la faim se sentent trahis

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08 oct. 2021 à 16:14Temps de lecture3 min
Par Marie-Paule Jeunehomme

Les sans-papiers, qui avaient suspendu leur grève de la faim le 21 juillet dernier attendent toujours des nouvelles de leur demande de régularisation… Aujourd’hui, ils se disent abasourdis.

Entre colère, et désespoir, ils dénoncent une rupture de confiance avec le secrétaire d’État Sammy Mahdi et l’Office des étrangers.

En cause : une note interne de l’Office des étrangers. Elle est signée de son directeur général Freddy Roosemond, elle signifie un refus de régularisation pour Nezha, une occupante du Béguinage. Nous en avons reçu copie.

La note détaille pourtant tous les nombreux éléments en faveur de sa demande de régularisation. Et surtout elle ne comporte aucun élément négatif, ni remarque en matière d’ordre public.

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Incompréhension

Tariq, un des porte-paroles des sans-papiers, ne comprend pas, il se réfère à l’accord passé juste avant de suspendre la grève de la faim, un accord non écrit, mais lors " des négociations avec l’Office des Étrangers, le cabinet du secrétaire d’État Samy Mahdi et les 4 négociateurs, ils ont mis en place, non pas des critères, mais des lignes de base pour les régularisations, mais ici, dit Tariq, ils n’ont pas respecté ce deal".

Et c’est d’autant plus interpellant, qu’en juillet, lors d’une visite au Béguinage, Freddy Roosemond avait rassuré Nezha sur son dossier, "Quand il est venu, je lui ai expliqué ma situation, que je suis là depuis 2009, que j’ai deux propositions d’embauche, que mon frère et ses enfants sont ici, tout le bénévolat que j’ai fait ici, les cours de néerlandais et de français que j’ai suivi, et il m’a répondu : Ah ce cas-là, ça veut dire que c’est positif " raconte Nezha, les larmes aux yeux, la voix qui se casse. "C’est ça qui me fait mal… au cœur… il est où l’humain ici… ça, ce n’est pas humain".

La confiance est rompue

Dans leur communiqué, les sans-papiers assurent que lors des discussions avec le cabinet de Sammy Mahdi et le directeur général de l’Office des étrangers, le cas de Nehza a été clairement présenté comme un cas de référence devant entraîner une régularisation sur base de l’article 9bis de la Loi de 1980.

"Si pour elle, c’est négatif, pour les 474 autres, ce sera la même chose, il y a même des occupants ici, qui disent : on relance la grève de la faim, enchaîne Tariq, tout le monde est angoissé, stressé. Pour tous, la confiance est rompue.

Cécile Deblic est bénévole, elle accompagne les sans-papiers du Béguinage depuis de longs mois. Pour elle, "cette note lève le voile sur un dysfonctionnement, sur le fait qu’un organisme comme l’Office des étrangers fonctionne complètement en roue libre et que tout est arbitraire. Et cela démontre au contraire à quel point les revendications des grévistes de la faim, étaient absolument légitimes, de demander que des critères clairs, objectifs et permanents (de régularisation) soient inscrits dans la loi, et que ces dossiers soient analysés par une commission indépendante ".

Des critères clairs, objectifs, permanents, et une Commission indépendante, c’est d’ailleurs ce que réclament de longue date les associations, c’est aussi ce que prônait Olivier De Schutter, Rapporteur spécial sur les Droits de l’Homme de l’ONU, début juillet, lors de sa visite au Béguinage.

Ce n’est pas une décision finale

Du côté de l’Office des étrangers, la porte-parole l’assure : "cette note interne, n’est pas une note cachée, c’est une pièce du dossier, et ce n’est pas une décision finale".

Pour la porte-parole de Sammy Mahdi, "il s’agit d’un avis défavorable, mais pas de la décision en elle-même. Les décisions sont toujours motivées, en détail, en tenant compte de tous les éléments cités par la personne concernée par la demande et de tous les éléments du dossier. Le gouvernement ne commente pas le traitement des dossiers individuels."

Et quand on demande qui prendra cette décision, puisque cette note est quand même signée par le directeur général de l’Office des étrangers, la réponse est : c’est le pouvoir discrétionnaire du secrétaire d’État".

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