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Les réseaux sociaux vont-ils détruire la démocratie ?

Déclic - Le Tournant

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Les réseaux sociaux sont-ils vraiment compatibles avec la démocratie ? C’est la question que pose le podcast "Déclic – Le Tournant" de cette semaine. Au début des années 2010, poser cette question aurait paru tout à fait incongru. À l’époque, les réseaux sociaux (Facebook et Twitter surtout) étaient vus comme une formidable opportunité de revitalisation démocratique. Douze ans plus tard, le pessimisme domine et les inquiétudes se font de plus en plus vives. Nous en avons parlé avec deux philosophes spécialistes de ces questions.

Pour Antoinette Rouvroy, juriste et philosophe, spécialiste des nouvelles technologies et chercheuse à l’Unamur, il convient toujours de se rappeler, quand on parle des réseaux sociaux, que l’on parle de plateformes privées dont le but est de faire du profit et qui répondent donc à une fonction-objectif : "Comme ce sont des plateformes dont le business-modèle fonctionne à la publicité, l’enjeu est de maximiser l’engagement et les interactions. Pour ce faire, les plateformes ont tout intérêt à favoriser les discours qui suscitent le plus de réactions épidermiques et donc la viralité des contenus. L’enjeu n’est pas du tout de favoriser un débat apaisé, sur des idées mûrement réfléchies". Premier problème pour notre espace de débat public.

L’audience plutôt que la vérité

Deuxième problème, pointé par Antoinette Rouvroy, le rapport que ces réseaux ont à la vérité : "Ce qui donne du crédit sur les réseaux sociaux, c’est l’audience. C’est ça qui vous donne de la visibilité, vous place au cœur du réseau et donc vous donne du pouvoir. Or ce qui donne cette visibilité à un contenu, c’est moins son rapport avec une vérité empirique, attestable dans la réalité… non, ce sont des critères purement quantitatifs. Et quand on réagit à un tweet, quand même on le reposte… ce n’est pas forcément que l’on est d’accord, c’est parfois pour dénoncer ou pour se moquer d’un contenu jugé grotesque, absurde, outrancier… mais tout ça lui donne encore plus de visibilité et donc de crédit". Pas simple dès lors de construire des débats démocratiques de qualité quand ce sont les passions épidermiques qui dominent et que la vérité est, en quelque sorte, démonétisée.

Le philosophe de l’UCLouvain, Mark Hunyadi, voit dans cette évolution la fragilisation des bases mêmes de nos démocraties : "Une valeur fondamentale de la démocratie c’est ce que j’appellerais la recherche coopérative de la vérité. C’est pour ça que la démocratie a été instaurée. Cette coopération elle se fait par la discussion… c’est ce que mettent d’ailleurs en scène nos parlements… magnifique image architecturale de ce que discuter veut dire".

 

Sauver l’esprit humain

Or, pour Mark Hunyadi, dans le système numérique tel qu’il est structuré actuellement, "le caractère coopératif est nié ! Parce que l’intérêt des géants qui gèrent les plates-formes numériques c’est de nous subdiviser en profils de consommateurs… et non de créer du commun ou de susciter le sens de l’intérêt général si nécessaire à nos démocraties". Pour lui, c’est même l’esprit humain qu’il convient aujourd’hui de défendre contre une forme de privatisation par les géants du numérique. Le philosophe estime dès lors que ce n’est pas par le biais des droits individuels qu’il faut assurer cette défense mais plutôt en faisant de l’esprit humain "un patrimoine commun de notre humanité".

Pour aller bien plus loin sur cet enjeu, n’hésitez pas à écouter les 45 minutes du PODCAST "Déclic – Le Tournant". Vous y trouverez notamment des pistes de solutions concrètes pour sauvegarder les valeurs fondatrices de nos démocraties.

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