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Les représentations médiatiques de "la femme asiatique" : entre stéréotypes persistants et revendications militantes

Ghost in the Shell (Rupert Sanders, 2017).

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23 sept. 2022 à 09:02Temps de lecture3 min
Par Lilia Vanbeveren*, une chronique pour Les Grenades

Cet article est le résumé d’un mémoire, ce travail de recherche universitaire est publié en partenariat avec le master Genre.

Différentes interrogations et combats actuels traduisent un réel progrès sociétal en faveur de l’inclusion et de la reconnaissance de la multiplicité des identités. Dans ce contexte, cet article s’intéresse à l’exemple spécifique de "la femme asiatique" et de sa représentation publique – culturelle et médiatique – au sein du cinéma occidental actuel.

L’"identité féminine asiatique" : une représentation biaisée ?

Mais d’abord, qu’est-ce qu’une femme asiatique ? Une vaste question qui recouvre autant de définitions que de personnalités humaines.

Certain·es observateur·rices constatent que, derrière l’appellation "anodine" et banalisée de femme asiatique, se cache en vérité une méconnaissance de la diversité des cultures composant l’Asie, ainsi qu’une étiquette (in) volontairement généralisante cristallisant des stéréotypes et fantasmes populaires. Parmi ces clichés récurrents – régulièrement cités – une femme assignée comme étant asiatique serait :

"douce et invisible" ; "pareille aux autres femmes asiatiques et interchangeable" ; "souple et soumise (au lit)" ; une "masseuse ou une prostituée docile et lascive, au service des hommes et au vagin plus serré que celui des autres femmes" ; une "geisha" ou encore "une femme tigre".

Les femmes asiatiques n’échappent donc pas – comme la majorité de leurs consœurs – à une objectivation, une marchandisation, une érotisation, une fétichisation ou encore une hypersexualisation de son corps. Subordonnée aux hommes (et à leurs désirs), elle est en outre ponctuellement présentée comme étant servile et timide.

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Il n’est guère surprenant, de ce fait, que dans les représentations culturelles et médiatiques (cinéma, photographie, publicité…), elle soit associée, tantôt à une "jeune fille (polie), soumise et craintive", tantôt à une "femme (exotique), tentatrice et cruelle".

Mystères de Londres (Alexander Hall, 1934).
Mystères de Londres (Alexander Hall, 1934). © Tous droits réservés
Mémoire d’une geisha (Rob Marshall, 2005).
Mémoire d’une geisha (Rob Marshall, 2005). © Tous droits réservés

La (re) visibilisation culturelle et médiatique des femmes asiatiques : une avancée contemporaine ?

Plurielles sont les analyses journalistiques, mais aussi universitaires et scientifiques, explorant le lien entre culture, média et identité des femmes asiatiques. Certaines recherches se penchent notamment sur le cinéma et ses influences sur la perception et la construction identitaire des femmes et de la communauté "asiatiques".

Par exemple, des films récents comme Crazy Rich Asians (du réalisateur Jon Chu, sorti en 2018) mettent en avant leur distribution entièrement "racisée", se servant de ce casting asiatique comme d’un argument marketing et une façon de visibiliser la communauté asiatique.

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D’autres encore, des productions hollywoodiennes à grands budgets (blockbusters), destinées à un large public, surfent sur la tendance des (ré) adaptations en se réappropriant des mangas iconiques japonais. Des réalisations cinématographiques qui permettent – d’après ces créateur·rices – de visualiser et de célébrer des œuvres de la culture japonaise, mais qui recourent fréquemment à des acteurs et actrices caucasien·nes pour incarner des personnages d’origine asiatique (un procédé que l’on nomme whitewashing).

Pour n’en citer que deux, on peut évoquer les très controversés, par les critiques et le public, Ghost in the Shell (Rupert Sanders, 2017) et Alita Battle Angel (Robert Rodriguez, 2019).

Crazy Rich Asians (Jon Chu, 2018).
Crazy Rich Asians (Jon Chu, 2018). © Tous droits réservés
Alita Battle Angel (Robert Rodriguez, 2019).
Alita Battle Angel (Robert Rodriguez, 2019). © Tous droits réservés

En conclusion, et dans un contexte actuel d’exacerbation du racisme anti-asiatique dû à la pandémie de COVID, la (re) visibilisation et la (re) visitation occidentales contemporaines de la représentation des femmes asiatiques constituent-elles une amélioration sociale et militante, fruits des revendications et aspirations de ce siècle ? Ou reflètent-elles au contraire un nouvel outil de pouvoir stigmatisant, une forme de repli communautaire ou encore un asianwashing opportuniste servant le marketing et le merchandising ?

La réponse, loin d’être unique, se situe probablement entre ces divers raisonnements : l’important étant d’expliciter, de considérer et de respecter les points de vue de chacun·e.

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*Lilia Vanbeveren se présente comme une idéaliste rêvant à un monde plus ouvert, créatif et sensible où chacun.e pourrait s’épanouir librement selon ses valeurs.

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