RTBFPasser au contenu

Regions

Les photos orgasmiques de Polette "peuvent choquer" : le Jury d’éthique publicitaire avertit l’opticien low-cost de Bruxelles

Les photos de la collection "Orgasmic" de l’opticien Polette ont fait l’objet d’une plainte.
18 janv. 2022 à 07:10 - mise à jour 18 janv. 2022 à 12:123 min
Par Karim Fadoul

Une femme vraisemblablement nue mimant un orgasme. Une autre, les jambes écartées masquant ses parties intimes avec une paire de lunettes. La troisième montre une main qui se glisse dans une culotte orangée. Les photos qui illustrent la collection "Orgasmic" de l’opticien low-cost Polette ont fait l’objet d’une plainte auprès du Jury d’éthique publicitaire (JEP).

Celui-ci a tranché et a récemment émis un avis de réserve : "Les affiches concernées sont susceptibles de provoquer des réactions négatives auprès d’une partie du public." Le Jury ne demande pas le retrait des posters mais "en appelle à la responsabilité de l’annonceur".

Sexiste

Polette, c’est, on l’a dit, un fabricant de lunettes à bas coûts. Tout se fait en ligne mais l’enseigne, lancée en France, dispose de plusieurs showrooms en Europe dont un à Bruxelles, rue du Marché aux Herbes, dans le centre-ville. Le magasin où l’on peut effectuer des prises de mesures et des essais ne désemplit jamais ! Le concept de Polette fait souvent grincer des dents pour sa politique tarifaire très agressive mais aussi son manque de suivi des clients, selon les professionnels de l'optique.

Cette fois-ci, Polette fait grincer des dents concernant une de ses lignes de lunettes qui se veut "un hommage à l’origine de tout", une "célébration de ce qui est des plus naturels mais toujours sujet à la censure et au tabou": le plaisir sexuel féminin. Le cadre des lunettes de la collection "Orgasmic" s’inspire de la forme de la vulve.

Mais voilà : le message a été mal perçu par une plaignante qui parle d’une "utilisation déplacée du corps nu de la femme et c’est très sexiste".

Aborder la question de la censure

Ce n’est pas le cas pour l’annonceur. Dans sa réponse au Jury d’éthique publicitaire, il indique : "Cette collection a pour but d’aborder la question de la censure et du tabou par rapport au plaisir sexuel féminin et à son imagerie dans un monde moderne qui n’a toujours pas accepté la sexualité féminine comme une chose naturelle, normale et réelle, au même niveau que la sexualité masculine, qui inonde les médias contemporains sans que personne n’y voie d’inconvénient".

Une provocation assumée qui se veut comme un renversement des habitudes.

Polette et ses lunettes à prix très bas

On n'est pas des pigeons !

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Le JEP confirme : "Même si ce message avec des valeurs féministes n’apparaît pas directement quand on ne voit que les visuels concernés, ceux-ci représentent bien des femmes assumant le plaisir sexuel féminin et non des femmes en position de soumission ou représentées en tant qu’objets sexuels". Aucune représentation dévalorisante donc.

Il n’empêche : "Les posters dans le point de vente de l’annonceur sont visibles de la voie publique et de nombreuses personnes, qui n’ont pas nécessairement connaissance de la volonté de l’annonceur de supprimer les tabous sociétaux relatifs à la sexualité féminine, peuvent être choquées par ces représentations du corps nu de la femme pour faire la promotion de lunettes."

Les affiches peuvent provoquer des réactions négatives auprès d’une partie du public. Le JEP en appelle à la responsabilité de l’annonceur. "L’annonceur est libre concernant la suite qu’il donne à cet avis." Les affiches ont finalement été retirées, même si elles restent visibles sur le site Internet de l'enseigne et ses réseaux sociaux.

Jurisprudence 

"Le JEP préfère généralement trancher", ajoute par ailleurs auprès de la RTBF Sandrine Sepul, directrice du Conseil de la Publicité. "Soit de dire: il n'y a pas d'infraction. Soit: demander l'arrêt ou la modification de la campagne. L'avis de réserve est assez peu utilisé. Mais c'est indispensable dans ce type de dossier, quand on est sur le tangente."

En publiant cette décision sur son site Internet, le JEP souhaite également que celle-ci fasse jurisprudence, pour le secteur de la publicité en Belgique.

Sur le même sujet

20 janv. 2022 à 17:59
3 min

Articles recommandés pour vous