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Les petites histoires de Rodrigo : Joseph, ce vrai coq de Bruyère

26 avr. 2020 à 08:00Temps de lecture3 min
Par Rodrigo Beenkens

Redoutable et redoutée, la côte de la Redoute fut inaugurée lors de la cinquième et dernière victoire d’Eddy Merckx, en 1975. Joseph Bruyère y a construit ses deux victoires.


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Ce 18 avril 1976, on ne se fait pas trop d’illusions chez Molteni.
Eddy Merckx est fiévreux et Joseph Bruyère, qui a passé l’hiver à soigner une fracture du col du fémur, a abandonné trois jours plus tôt, victime de crampes après 80 km seulement, lors de la Flèche Wallonne. Autant dire qu’il n’a pas le moral le grand Joseph. Il est complètement découragé. 
Merckx demande à Bruyère de durcir la course dans la côte de Wanne. Le Liégeois en remet une couche dans Stockeu et dans la Haute Levée et seul Herman Van Springel est capable de prendre la roue du Wallon. Alors commence une marche triomphale vers Liège. Bruyère remorque Van Springel qu’il lâche irrémédiablement dans la Redoute. " Il faisait du surplace. C’est inoubliable ", confiera Bruyère à l’arrivée. À la radio, sur la RTB (sans F à l’époque), le célèbre Luc Varenne invite ses auditeurs à sortir de chez eux : " Venez encourager le petit (sic) Joseph, un Liégeois, en tête de la Doyenne ". Le peloton est parfaitement muselé par Merckx et Bruyère triomphe sur le boulevard de la Sauvenière avec classe et panache. La foule en délire accueille Joseph en héros. Elle devra attendre quatre minutes et quarante secondes pour voir Freddy Maertens enlever le sprint pour la deuxième place. " Avec tous ces gens qui me soutenaient, je ne sentais plus les pédales ", dira le vainqueur, ivre de bonheur, à la télévision, au micro de Théo MathyJoseph Bruyère est le premier Wallon à s’imposer après la guerre. Liège attendait la victoire d’un Liégeois depuis quarante-trois ans et le triomphe de  François Gardier en 1933 aux terrasses d’Avroy.


Grâce à une fête " assez arrosée " chez Gaston Rahier

Dans son livre consacré au champion liégeois, Didier Malempré rapporte ces propos de Bruyère. " Le soir de la Flèche, j’ai passé une soirée assez arrosée, organisée par une bande de potes pour engranger des bénéfices au profit du décathlonien malmédien Freddy Herbrand, qui avait besoin de financer sa préparation en vue des Jeux Olympiques 1976 de Montréal. On était allé chez Gaston Rahier, qui avait aussi invité Roger De Coster et Jean Thissen. On y avait beaucoup rigolé. J’avais, sans le savoir, appris à décompresser, à me défatiguer, pour autant que le mot existe ". Tous originaires de la région, Verviers était fière de ses champions. On les avait baptisé les quatre mousquetaires : le basketteur Alain Stollenberg, le footballeur Jean Thissen, le motocrossman Gaston Rahier et le cycliste Joseph Bruyère. 
 

Bruyère ne (Re)doute de rien
À peine remis d’une bronchite, Bruyère est, comme il y a deux ans, complètement passé à côté de sa Flèche Wallonne. Définitivement orphelin d’Eddy Merckx, le fidèle lieutenant a-t-il les épaule d’un capitaine ? Joseph en doute.
Ce 23 avril 1978, la course est lancée par Michel PollentierDéjà à l'attaque dans Stockeu, le champion de Belgique remet ça dans la Haute-Levée. Seul Joseph Bruyère le rejoint dans la côte du Rosier.
Derrière, les Raleigh de Hennie Kuiper et Henk Lubberding organisent la poursuite dans un groupe où figurent aussi le champion du monde Francesco Moser, Freddy Maertens, Ludo PeetersRoger De Vlaeminck et Barronchelli. Ces hommes se sont rapprochés à trente secondes. Sentant le danger, le grand Joseph accélère dans la Redoute et y lâche Pollentier qui utilise un trop gros braquet. Bruyère est survolté et…révolté. Il en a comme on dit " gros sur la patate ". Son rival s’est laissé pousser pendant cinquante mètres par un spectateur. " Quand le spectateur l’a lâché, il a perdu le rythme et moi, de rage, j’ai attaqué ". De Vlaeminck, Van Springel, Peeters, Kuiper et Moser demeurent menaçants mais, dans les Forges, Bruyère les repousse à une minute. Un avantage qu'il va gérer et même fructifier. Ce modèle d'équipier qui s'est épanoui aux côtés d'Eddy Merckx dont il était le fidèle et précieux lieutenant, remporte à 29 ans sa deuxième Doyenne en trois ans.C’est aussi sa première victoire sans Merckx. Depuis cet exploit, on ne recense que quatre victoires belges en 42 ans !
 

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