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Grandeur nature

Les Périgords : le noir, le vert, le blanc, le pourpre et les autres

10 mars 2022 à 11:20Temps de lecture10 min
Par Dirk Vanoverbeke

Le Département de la Dordogne, appartenant à la plus grande région de France, la Nouvelle-Aquitaine, réunit à lui seul les " quatre " Périgord : le Noir pour le vert sombre de ses noyers, ses chênes verts et des châtaigniers ; le Blanc pour ses blés ; le Vert pour ses prairies et ses vergers et le Pourpre pour le vin de ses vignobles.

La Dordogne (9000 km2 pour 400.000 habitants) est une terre de paysans fiers de leur terroir et de leurs produits savoureux. A quelques heures en TGV Bruxelles – France, c’est le pays de la noix, de la truffe, du foie gras, des vignobles de Bergerac, du Pécharmant et du moelleux Monbazillac. C’est aussi le Département qui regroupe, dans l’Hexagone, le plus grand nombre de communes labellisées " Les plus beaux villages de France " et pas moins de 80 châteaux. C’est aussi une terre chargée d’histoire, de bastides érigées au Moyen Age et de châteaux fortifiés et son territoire concentre le plus grand nombre de sites préhistoriques. Il n’est guère étonnant qu’elle soit à ce point appréciée par les touristes parmi lesquels les Belges ne sont pas les moins nombreux.

Au pays des châteaux, les jardins sont rois

L’équipe de " Grandeur Nature " a choisi de s’élancer dans son périple en Dordogne par la découverte d’un des nombreux joyaux du Périgord Noir : les jardins suspendus de Marqueyssac. Surplombant la rivière Dordogne, une des plus belles rivières d’Europe, classée réserve mondiale de biosphère par l’Unesco et les prestigieux châteaux de Castelnaud – et son fameux musée de la " Guerre au Moyen Age " – et de Beynac, ces jardins à la française accueillent 200.000 visiteurs par an. Ils fêteront le 24 mars prochain le 25e anniversaire de leur ouverture au public. Biologiste, Jean Lemoussu, au nom prédestiné, est le chef jardinier d’une équipe de 6 à 10 personnes (en pleine saison) qui veillent jalousement à l’entretien et la santé des 150.000 buis centenaires taillés à la main et tout en rondeur.

" Ce jardin du XIXe siècle a été complètement restauré en 1996. C’est un jardin mono spécifique dans lequel les buis sont taillés de façon très particulière. L’avantage du buis, c’est qu’il est très facile à modeler. "

Marqueyssac, c’est 15 hectares de parc et de jardins et 6 kilomètres d’allées, bordées de chênes verts, au feuillage très sombre, si typiques du Périgord Noir. " Plus précisément, nous sommes ici dans le Sarladais, à quelques kilomètres de Sarlat, la ville qui détient le plus grand nombre de monuments historiques classés. Les paysages du sarladais sont très particuliers, façonnés par les collines et traversés par la rivière Dordogne, tout en rondeur et en douceur. " Le chef jardinier nous emmène dans un des tunnels de buis de Marqueyssac : "Ces buis n’ont jamais été taillés depuis leur plantation au XIXe. Les arbres atteignent une dizaine de mètres de haut. C’est assez exceptionnel. "

Le tunnel de buis débouche sur une large esplanade, ornée d’un kiosque à l’ancienne. Le point de vue sur les collines au pied desquelles coule la Dordogne est féerique : " Il s’agit d’un des uniques endroits plats de Marqueyssac qui alterne ailleurs les petits espaces et les sentiers tortueux. L’ambiance rompt complètement avec celle des jardins. C’est ici qu’au XIXe siècle, devaient s’organiser de fastueuses réceptions. C’est d’ailleurs ici aussi que se déroulent nos animations."

L’un des autres atouts de Marqueyssac, c’est sa " Via Ferrata des Rapaces ", un parcours acrobatique aménagé au flanc de la falaise qui surplombe la vallée de la Dordogne. Le parcours de 200 mètres est accessible dès l’âge de 8 ans, de mi-avril à mi-novembre : pas question d’importuner les oiseaux troglodytes qui y ont trouvé refuge, parmi lesquels un des neuf couples de hiboux Grand-Duc ayant élu domicile en Dordogne.

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La Dordogne a perdu ses gabariers mais a conservé son charme

La rivière Dordogne, longue de 500 kilomètres, serpente en Dordogne et en façonne le paysage. L’équipe d’Adrien Joveneau a choisi de l’observer de plus près, en embarquant au bassin nautique de Trémolat – à mi-chemin entre Bergerac et Sarlat – sur le bateau de Patrick Cecchetto, un pécheur professionnel. Trémolat est connu des cinéphiles pour avoir accueilli le tournage du film " Le Boucher " de Claude Chabrol, avec Jan Yanne et Stéphane Audrant. Mais trêve de cinéma. Patrick Cecchoto extrait sa rame de l’eau : " J’exerce mon activité, sept mois par an, sur vingt kilomètres de rivière. A côté de ce travail, je propose l’Echappée du Pêcheur " : j’emmène une dizaine de personnes sur ce bateau, le " Roucayral ", pour leur faire découvrir l’histoire de la rivière et de ses bateliers, sa faune et sa flore et le maniement de la pêche aux engins et aux filets. Dans cette rivière sauvage, aux berges non bétonnées, cohabitent essentiellement le brochet, le sandre, la perche, le barbot, l’ablette, le goujon et le silure, " notre requin d’eau douce " qui est arrivé dans les années’90 et est très présent ici. Mais les pêcheurs, ici, ne peuvent pas vivre uniquement de la pêche : " La pêche n’est plus ce qu’elle était. Quand j’ai débuté en 1990, j’ai fait la connaissance d’un vieux papy qui me racontait ses pêches miraculeuses de l’époque. A l’entendre, ses prises débordaient du bateau. Et je vous le jure : il n’était pas Marseillais. Aujourd’hui, je pêche sept mois sur douze et le reste de l’année, je redeviens agriculteur, histoire de laisser le poisson en paix et lui permettre de se reproduire. " Le " Rouquayral " passe sous un pont de la ligne de chemin de fer Bergerac-Sarlat, construite en 1843 : " Le chemin de fer a mis fin à l’activité des très nombreux gabariers qui, jusque-là, assuraient le transport des barriques de vins notamment sur la Dordogne.

Trémolat est à portée d’arquebuse du confluent où se jettent la Dordogne et la Vézère, une terre de grottes – dont la célèbre grotte de Lascaux découverte en 1940- et de gorges. Micheline Morissonneau, la responsable communication du Comité Départemental du Tourisme (CDT) de Dordogne et du Périgord, précise : " La vallée de la Vézère compte 15 sites préhistoriques classés au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979. "

Périgueux, la capitale et Brantome, la médiévale

L’équipe de " Grandeur Nature " débarque, après cette échappée dans la Dordogne, à Périgueux, chef-lieu et préfecture du Département de la Dordogne. Mais pas seulement. Au cœur des quatre Périgord, la capitale périgourdine est dominée par la fameuse cathédrale romano byzantine Saint-Front, vénérée par les archéologues du monde entier. Elle fut restaurée par l’architecte Abadie à qui l’on doit la basilique du Sacré-cœur. C’est à l’ombre de ses murs que se déroulent les échoppes de maraîchers, lors du marché dominical. Son histoire très riche a laissé quelque 53 monuments historiques répertoriés. Périgueux, c’est aussi sa rivière : l’Isle-, ses nombreuses venelles et les façades Renaissance des hôtels particuliers. Vesunna, son site musée gallo-romain conçu par Jean Nouvel, présente les origines romaines de Périgueux sur les vestiges d’une vaste demeure qui propose d’exceptionnelles collections archéologiques.

Après Périgueux, on met le cap sur Brantôme, dans le Périgord Blanc, à une demi-heure de voiture où l’équipe d’Adrien Joveneau a fixé rendez-vous à Pierre Peron, guide conférencier de l’Office de Tourisme Périgord Dronne Belle. Brantôme, la Venise du Périgord est une ville riante qu’éclaire la Dronne, une cité chargée d’histoire et une terre de pèlerinage où les frères Bénédictins s’établirent jusqu’en 1790 dans une magnifique abbaye. Elle barre la colline dans laquelle les moines ont creusé quelques caves. Sous le nom de plume de Brantôme, Pierre de Bourdeilles, abbé et seigneur de la ville fut l’auteur du premier ouvrage libertin de la littérature française " La vie des dames galantes ". Brantôme, cette ville où se faufile la Dronne en léchant le jardin public, offre un décor médiéval ciselé et onirique, baigné dans la nostalgie d’antan.

Mais les richesses du Périgord ne se résument pas à ses villes de pierre ocre, merveilleux garde-meubles de l’histoire, il est aussi le terroir de la ruralité, liée à la terre depuis l’abandon des forges et des petits métiers. Harrison Barker, voyageur anglais du XIXe siècle, journaliste de formation, a raconté son périple en Périgord à pied et en bateau lors des étés 1892 et 1893. Dans son livre " Two summers in Guyenne, chronicle of the wayside and waterside”, il relate sa longue randonnée et, passant par Brantôme, écrit : " Il y a quelque chose dans l’aspect de ces lieux qui rappelle l’esprit de Shakespeare, de Spencer et de tous les poètes et conteurs du XVIe siècle. Vous êtes dans leur monde et le XIXe siècle n’a rien à faire ici. "

Son périple a été traduit en français sous le titre " Chemins de terre " : il suffit de poser ses pieds dans les pas du voyageur anglais pour découvrir la vraie nature, les moulins, les dolmens, les villages blottis autour des églises romanes. " Un guide de ses randonnées est disponible dans toutes les agences de tourisme. Une manière idéale de découvrir la région au plus près !

Le Périgord déroule les produits de sa terre, une terre autrefois peuplée de paysans et d’amoureux de la bonne chère. Il est vrai qu’ils n’avaient qu’à se baisser pour faire provision de châtaignes, de noix, de pommes, de coings, de fraises, de cèpes et d’une variété infinie d’autres fruits et légumes. C’est en Périgord que l’on prépare la mique et que l’on perpétue la tradition du chabrot (faire chabrot, c’est tremper son vin dans le bouillon).

Au restaurant " Chez Boco de Liens ", toujours à Brantôme, on ne fait pas chabrot. Mais on y mange bien et on y mange vert. Xavier Lignac et son équipe se fournissent auprès des producteurs locaux et proposent leurs spécialités dans des bocaux en verre. Avec un mot d’ordre : le zéro déchet. Xavier Lignac a voulu réagir à ses précédentes expériences en restauration où, à la fin du service, il fallait sortir des poubelles en pagaille. Dans son restaurant, tout est recyclé, même la pulpe du concombre qui a servi à composer le gaspacho, les déchets verts vont au compost d’une association, les caisses de bière, les cageots de légumes, les boîtes d’œufs récupérés ou réutilisés.

La truffe de mojito en quête d’or noir

Mais le seigneur incontesté des produits périgourdins, c’est la truffe, son diamant noir. Ce met raffiné des gastronomes se négocie autour des 1500 euros le kilo.

" Cherche Mojito, cherche ". Le chapeau vissé sur sa chevelure blanche, le visage souriant et débonnaire, Narcisse Perez invite son Lagotto Romagnol à dénicher les précieuses pépites noires tapies dans les racines d’un chêne truffier, dans sa truffière de 20 hectares située à St Croix de Mareuil, à quelques kilomètres de Brantôme. Mojito est un chien d’eau italien, originaire de Romagne, descendant de lointains ancêtres destinés, à la Renaissance italienne, à rapporter le gibier d’eau. Mojito dispose d’un odorat remarquable et d’une concentration à toute épreuve pour déterrer le précieux champignon. " Dans la nature, tous les arbres sont associés à des champignons, visibles ou invisibles. On implante le porte-graine, le mycélium de la truffe dans les racines d’un chêne truffier sur ce terrain calcaire et on attend six ou sept ans. Avec l’espoir qu’il en produise. Vous savez, la culture de la truffe n’est pas une science exacte. Le chêne vert a besoin de beaucoup de lumière pour en produire. Il faut donc le tailler régulièrement. Et puis, la truffe du Périgord réclame un ensoleillement généreux. Vous n’en trouverez pas en forêt. "

Narcisse Perez est le premier truffier en Europe à s’être lancé dans le bio il y a une trentaine d’années : " Plutôt qu’une machine ou une tondeuse, ce sont mes moutons qui tondent la truffière. Autre avantage : ils vont déposer leurs fientes qui vont enrichir le sol et permettre l’installation des insectes. Ils vont, avec les fourmis et les vers de terre, creuser des galeries qui vont creuser des galeries, travailler le sol et faire remonter le calcaire. N’oubliez pas que la truffe a besoin d’oxygène pour se développer. " Mojito poursuit ses recherches entre les chênes verts et vient de remonter à la surface une petite truffe. Narcisse la hume avant de la déposer dans son panier. " Une bonne truffe, c’est celle qui a du nez et une couleur noir violacée. "

On pensait avoir fait le tour des riches produits de bouche périgourdins. Il restait pourtant une dernière surprise de taille, en guise de pousse-café : son cognac. Nous voici à Saint-Aulaye, un petit village de 1400 âmes, au nord-ouest de Ribérac, à quelques pas de la frontière avec la Charente. C’est là, qu’après 40 ans d’abstinence, l’unique cognac issu des vignes du Périgord a ressuscité en 2014. Sa production est modeste, ses trente hectares de vignes ne représentent qu’une goutte de cognac dans l’océan charentais. Il a droit à une appellation contrôlée et vieillit dans d’anciens fûts de Monbazillac, dans les caves du château de Saint-Aulaye. Et, croyez-nous, il vaut le détour.

La fin du voyage a sonné. La dernière étape nous mène au Moulin de Duellas, un patrimoine meunier occupé pendant plus d’un siècle par la même famille, productrice de farine, puis distributrice d’électricité grâce à la force hydraulique apportée par la rivière de l’Isle. Dans cet écrin de verdure, les promeneurs pourront embarquer à bord de la gabarre, ce moyen de transport très répandu en Dordogne, avant l’arrivée du chemin de fer. C’est aussi à partir de Duellas que les passionnés de vélo et de nature pourront emprunter le vélo route longue de 86 kilomètres qui mène à Périgueux, capitale d’un Périgord qu’on ne se lasse pas d’admirer sous toutes les coutures, dans ses quatre couleurs, avec la vue, l’odorat, l’ouïe et le goût en perpétuelle alerte.


Les châteaux en fête

L’origine de la concentration exceptionnelle de châteaux en Périgord est légendaire. S’il est le pays des 1001 châteaux, c’est parce que le bon Dieu, voulant parsemer de châteaux le royaume de France, lançait à la volée, comme du blé, des poignées de châteaux. En passant par la Dordogne, il s’aperçut que sa besace était crevée, laissant s’échapper tours, courtines et poivrières. Avant de reprendre le chemin du Paradis, le Père éternel secoua le fond de son sac sur les coteaux pierreux de la Dordogne, de la Dronne et de la Vézère. Et tant et tant il en chut que nul pays ne se trouva plus riche en châteaux, manoirs et gentilhommières.

Le Comité Départemental du Tourisme a voulu faire découvrir cette richesse en programmant la deuxième édition de " Châteaux en fête ".

Du 16 avril au 1er mai prochain, des animations inédites seront organisées dans près de 80 châteaux, gentilhommières ou manoirs, dont certains ouvriront leur porte pour la première fois. Organisées par les propriétaires eux-mêmes, elles sont de natures différentes, pour plaire à tous les goûts : concerts, ateliers, théâtre, dégustations, conférences, activités pour enfants, …


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