RTBFPasser au contenu
Rechercher

Un jour dans l'histoire

Les paris dans le football : histoire d'une pratique bien belge

Un Jour dans l'Histoire

L'histoire des paris dans le football

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

L’histoire des paris footballistique en Belgique mêle le sport, l’économie et la politique. Nicolas Buytaers nous raconte ce match fort disputé, en compagnie de Xavier Breuil, docteur en histoire et auteur du livre Les paris dans le football.

Parier sur des compétitions sportives, c’est une pratique vieille comme le monde, ou presque. Dès l’Antiquité, nos ancêtres misaient sur les jeux olympiques ou les combats de gladiateurs. Lorsque le football est créé en Angleterre, en 1870, il ne faut pas attendre longtemps pour que les paris voient le jour autour de ce nouveau sport. C’est n’est cependant qu’en 1922 que les premières sociétés de paris sportifs sont créées. On ne dit d’ailleurs pas "paris", mais plutôt "concours de pronostics". Il ne s’agit plus de miser seul sur un résultat, mais bien de mutualiser la mise gagnée entre tous les parieurs.

En Suède ou en Suisse, c’est même des sociétés étatiques qui voient le jour pour contrôler les abus et prendre le monopole de paris sportifs. Chez nous, c’est d’abord le modèle libéral anglais qui se met en place. Dans les années 30, il existe une cinquantaine de sociétés de paris sportifs. Il faut dire que le succès est là. Ce sont toutes les couches de la société qui sont intéressées par la pratique grisante. On trouve même une irréductible minorité de femmes.

La Belgique prend par la suite l’exemple du modèle suédois, particulièrement dans le domaine du football. La Justice a déjà dû intervenir pour interdire les paris, devenus problématiques notamment parmi les supporters d’un club en particulier : le Standard de Liège. En pariant, les fans du ballon rond des années 20 ont un seul objectif : gagner suffisamment d’argent que pour s’acheter un billet pour les matchs joués à l’extérieur. Le tribunal considère que les paris sportifs sont assimilables aux jeux de hasard, alors interdits par le Code civil (sauf si une partie des gains vont à des œuvres de bienfaisance).

Mais cela n’empêche pas les supporters de continuer à miser dans les travées des stades de foot, en toute illégalité. Il faut attendre 1925, et l’entrée en vigueur de la loi autorisant les paris mutuels (PMU) sur les courses de chevaux, pour que de facto soient autorisés ceux sur les matchs de football. Des tas de firmes privées se mettent à organiser les paris, mais aussi des sociétés à but humanitaire. Ainsi, la Ligue nationale contre le Cancer organise elle-même ses propres paris footballistiques pour financer ses actions.

La presse belge, qu’elle soit de tendance libérale, socialiste, catholique ou communiste, propose des pronostics et donne des conseils sur les meilleurs paris à réaliser, dans l’espoir de fidéliser le lectorat et d’augmenter les ventes. Les parieurs commencent à s’organiser en club afin de mutualiser leur mise. Il existe même un syndicat des joueurs pour défendre leurs intérêts. En 1937, une "Union belge des Amateurs de Concours" voit le jour. Son but est d’influencer sur la législation sur les paris sportifs, et défendre les joueurs en cas de problèmes et de contestations.

Parier sur des matchs de foot devient une industrie terriblement rentable. Tant et si bien que les politiques s’intéressent énormément à ces sommes d’argent colossales qui sont rapidement gagnées. Les gouvernements successifs des années 1920-2030 vont tenter de prendre le contrôle de la machine. Le gouvernement Spaak tente, par exemple, de taxer lourdement les paris footballistiques en leur infligeant une dîme encore plus élevée que celle des paris sportifs.

Face à cette menace potentielle pour ses finances, l’Union belge de Football fait une demande spéciale : celle d’avoir le droit de gérer elle-même son calendrier sportif. C’est un coup de génie, car cela soumet les sociétés de paris à son bon vouloir. C’est désormais l’Union belge qui impose aux parieurs quand et comment jouer.

En 1978, tout le marché des paris sportifs est chamboulé par l’arrivée d’un nouveau jeu importé par la Loterie Nationale : le Lotto. Le succès croissant du jeu de hasard inquiète l’Union belge de Football, qui y voit un concurrent très sérieux. Or, les gains liés aux paris mutuels sont devenus sa première source de revenu, lui rapportant des millions chaque année. Voulant contrecarrer ce succès naissant, l’Union négocie avec la Loterie le lancement d’un autre jeu, le Toto. Lancé en 1980, le jeu est pourtant un échec, car le public est focalisé sur le Lotto. Le Toto n’aura duré que 5 ans.

Les concours de pronostics ont contribué à faire naître une véritable passion populaire pour le ballon rond. Générant énormément d’argent, et de tensions politiques, les paris footballistiques permettent aujourd’hui à de nombreux clubs de foot d’être sponsorisés par les sociétés qui les initient.

Articles recommandés pour vous