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Un jour dans l'histoire

Les origines de l’Ordre de la Jarretière

Un Jour dans l'Histoire

Les origines de l’ordre de la jarretière

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En ce week-end de jubilé de platine pour la Reine Elizabeth II, Un Jour dans l’Histoire se penche sur l’un des principaux emblèmes de la monarchie britannique : l’Ordre de la Jarretière, le plus élevé des ordres de chevalerie au Royaume-Uni. Avec Jean-Marie Moeglin, historien du Moyen Âge, nous partons à la découverte de cet ordre au nom si cocasse, qui rassemble l’élite de l’aristocratie d’Outre-Manche.

Le roi Edouard III

Remontons au milieu du 14e siècle, au début de la Guerre de Cent Ans qui oppose la France et l’Angleterre. Jean Le Bel, chroniqueur liégeois et chanoine de Saint-Lambert, rédige un ouvrage consacré à cette guerre qui ne porte pas encore son nom actuel. Dans ses écrits, l’ecclésiastique prétend que le roi d’Angleterre Edouard III est coupable du viol de la comtesse de Salisbury, pourtant épouse de son ami proche William Montagu, 1er comte de Salisbury.

En réalité, cette histoire est une invention du chroniqueur, pourtant admirateur du souverain anglais. Fortement inspiré des récits de la Table Ronde, et du triangle amoureux entre le roi Arthur, la reine Guenièvre et Lancelot du Lac, le récit se veut en réalité un parallèle avec l’actualité de l’époque : Edouard III a renoncé à conquérir la couronne de France, il n’est pas le grand roi conquérant qu’était le légendaire Arthur. Avant de tomber dans l’oubli, l’histoire connaît une série de modifications qui en font un récit chevaleresque emprunt d’amour courtois, ôtant toute notion de viol.  Comment ce crime inventé est-il devenu une amourette à l’eau de rose ? Qu’en est-il de l’enchevêtrement entre la fiction et la réalité ?

Ce sont à ces questions que Jean-Marie Moeglin, qui a publié l’ouvrage Edouard III, le viol de la comtesse de Salisbury et la fondation de l’ordre de la Jarretière aux Presses Universitaires de France, répond pour nous.

"Honi soit qui mal y pense"

L’Ordre de la Jarretière est instauré par Edouard III lui-même, vers 1348. Il choisit comme devise, en français dans le texte :"Honi soit qui mal y pense". Son sens est encore aujourd’hui énigmatique. On entend souvent qu’elle doit, tout comme le nom de l’ordre, son origine à une anecdote cocasse. Lors d’un bal, la jarretière d’une dame tombe au sol, le roi la ramasse, et pour faire taire les moqueries déclare cette phrase qui signifie à pu près "que ceux qui s’en moquent soient détestés".

Mais là encore, l’histoire est erronée. Car au 14e siècle, la jarretière est un attribut vestimentaire masculin, les femmes n’en porteront que plus tard. C’est au 15e siècle, lorsque l’on tente de trouver une signification à ce nom étrange et à cette devise qu’on ne comprend pas, que le mythe du bal prend forme. Bien entendu, cette dame d’abord inconnue, fini par prendre l’identité de la comtesse de Salisbury, qui est devenue au fil des récits successifs non plus la victime d’un viol, mais la maîtresse passionnée du roi, pour qui il est même allé jusqu’à créer l’ordre le plus prestigieux d’Angleterre et le plus anciens ordres de chevalerie encore en activité au monde.

La fiction a donc pris le pas sur les faits historiques au cours des siècles, jusqu’à ce qu’au 17e, des historiens tentent de remettre de l’ordre dans cette vérité alternative, et vont souligner les incohérences entre les différents récits. Actuellement, on sait donc que les origines de la création de l’Ordre de la Jarretière sont floues. On ne connaît pas la date de création avec précision, et on ignore les raisons qui ont poussé Edouard III a le fonder et à le baptiser de la sorte.

Chevaliers et dames de la Jarretière, en 2019
Chevaliers et dames de la Jarretière, en 2019 © Patrick van Katwijk

La reine Elizabeth II est, comme l’ensemble des monarques anglais qui l’ont précédée, à la tête de l’Ordre qui se réunit annuellement dans la chapelle Saint-Georges de Windsor. Elle est seule habilitée à y adouber un nouveau membre. Parmi ses chevaliers et dames compagnons, on compte les membres éminents de la famille royale, comme le prince Charles et son épouse Camilla, ou le prince William. Mais également de hauts dignitaires de la noblesse, ainsi que des personnalités politiques ou culturelles anoblies. Récemment, c’est l’ancien Premier ministre Tony Blair qui recevait cet honneur. Quelques souverains étrangers ont également été introduits, comme le roi d’Espagne, la reine du Danemark, l’ancien empereur du Japon ou le roi des Pays-Bas. Chez nous, le dernier souverain à y avoir été adoubé est Baudouin. Ni Albert II ni Philippe n’ont eu les honneurs de la Jarretière.

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