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Belgique

Les organisations dénoncent une politique des réfugiés qui durcit

Les organisations dénoncent une politique des réfugiés qui durcit
26 sept. 2013 à 15:35 - mise à jour 26 sept. 2013 à 15:493 min
Par Alain Lechien

Le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, créé en 1988, est une administration indépendante qui a pour mission d’accorder une protection aux étrangers qui risqueraient de subir une persécution dans leur pays d’origine. Il octroie le statut de réfugié ou celui de "protection subsidiaire" après avoir examiné chaque demande d’asile conformément aux normes internationales, européennes et belges. "C’est effectivement une administration très indépendante" commente Martine Vandemeulebroucke, coordinatrice Réfugiés pour Amnesty International. "Depuis la prise de fonctions de Maggie De Block, on sent un durcissement dans l’attitude et dans les instructions données à l’Office des Étrangers. Elle a clairement ‘dopé’ les retours volontaires et suscité une application stricte de la loi. Pour les Afghans, vu la situation dans ce pays, il y avait une sorte de moratoire : ils recevaient un ordre de quitter le territoire qui n’était pas appliqué. Mais les expulsions ont repris à présent. Même pour les personnes bénéficiant d’un droit de séjour pour raisons médicales, la situation s’est durcie : Maggie De Block ne s’est pas cachée pour admettre qu’elle avait introduit un ‘filtre’ qui sélectionne les personnes ‘vraiment’ malades. Le nombre de régularisations médicales est en baisse. Des personnes qui avaient obtenu un droit au séjour pour soigner un stress post traumatique par exemple. On estime qu’on peut les renvoyer chez elles après ce délai car elles pourront trouver les soins adéquats dans leur pays. Quand on parle de l’Afghanistan, c’est risible. Cette politique plus restrictive est assumée par Maggie De Block, soutenue par l’ensemble du gouvernement. Elle est sous le feu roulant des questions parlementaires de la N-VA à propos des questions de droit d’asile".

Femmes et enfants

En août dernier, le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU a insisté pour qu’on soit très attentif en particuliers aux problèmes des femmes et des enfants réfugiés. Mais la Belgique n’en tient pas compte. Martine Vandemeulebroucke : "Pour les Afghans par exemple, on ne leur donne pas de statut alors que certains enfants sont nés ici, et d’autre part on n’applique pas pour l’instant le rapatriement forcé, de sorte qu’on les laisse sans avenir et sans espoir. C’est pareil pour les Irakiens. L’attitude est différente en fonction du pays. En tout cas, il est politiquement plus indiqué de ne rien décider avant les élections…"

L’ex-président de la Ligue des Droits de l’Homme, Benoît Van der Meerschen, du Centre d'Action Laïque, commente les événements de mercredi : "Je ne sais pas qui a conseillé ces Afghans qui ont manifesté mais, d’expérience, je peux dire que c’est un mauvais choix tactique. Un décideur politique ne peut jamais perdre la face dès qu’une affaire de ce type devient un bras de fer médiatique. Toutes les affaires de ce type qui ont précédé l’ont montré. Alors que la cote de popularité de Maggie De Block est à son sommet en Flandre, elle ne va pas céder à quelques mois des élections".

Maggie De Block: "une politique plus humaine"

La porte-parole de la secrétaire d’Etat à l’Asile et l’Immigration insiste sur le fait que le CGRA est une institution indépendante, qui ne reçoit aucune instruction de Maggie De Block, et qui applique la législation et les conventions internationales en matière de réfugiés. Les candidats réfugiés reçoivent plus rapidement une réponse de l’administration. Il n’y a plus de crise de l’accueil : ceux qui y ont droit reçoivent une place dans le réseau, explique-t-elle. Puisqu’on a instauré un "filtre médical" et qu’on décourage les demandes multiples et non fondées, il y en a moins et elles sont traitées plus vite, poursuit la porte-parole de Maggie De Block : en cela la politique est plus humaine.

Sur le cas particuliers des Afghans qui manifestent ces derniers jours pour obtenir des papiers, arguant du fait qu’ils sont présents depuis longtemps sur le territoire, qu’ils parlent une des langues nationales et qu’ils ont des enfants, le cabinet de la secrétaire d’Etat répond que la langue ou la présence d’enfants ne sont pas des critères qui entrent en ligne de compte. Il n’y a aucun aspect électoraliste dans la politique menée par Maggie De Block selon la porte-parole: "Si la N-VA pose des questions, on y répond".

Les derniers chiffres du CGRA : - 30% de demandes d’asile

Les dernières statistiques du CGRA confirment cette baisse des demandes d’asile. 1311 demandes d’asile ont été introduites en Belgique au cours du mois de juillet 2013, soit une diminution de 29,8 % par comparaison avec le mois de juillet 2012. Parmi ces demandes, 448 (34,2 %) étaient des demandes multiples. Les principaux pays d’origine des demandeurs d’asile étaient la République Démocratique du Congo (8,4 % du total des demandes), la Guinée (7,2 %), l'Afghanistan (7,1 %), la Russie (6,4 %) et le Kosovo (6 %). La Syrie, l'Irak, le Rwanda, la Serbie et le Sénégal sont également dans le top 10 des pays d’origine.

Le CGRA a pris 1480 décisions au cours du mois de juillet, parmi lesquelles 320 décisions de reconnaissance du statut de réfugié et 143 décisions d’octroi du statut de protection subsidiaire.

PATB et A. L.

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