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Les œuvres d’art des Musées royaux des Beaux-Arts ne sont pas près de revenir au Palais de Justice de Bruxelles

Jean de Codt, le plus haut magistrat du pays, réclame le retour d’œuvres d’art au sein du Palais de Justice de Bruxelles. En 2010, après des vols et autres dégradations, les Musées royaux des Beaux-Arts en ont repris plusieurs dizaines pour les mettre à l’abri. Maintenant que le Palais est mieux sécurisé, le premier président de la Cour de cassation voudrait les voir revenir, elles, et beaucoup d’autres. Mais cela ne sera pas de sitôt.

Travaux de sécurisation

Jean de Codt le reconnaît bien volontiers. "Le Palais de Justice était ouvert à tout vent. On entrait ici comme dans un moulin. Et donc certaines œuvres d’art qui garnissaient le Palais de Justice ont pu être vandalisées voire volées".

Mais depuis, des travaux de sécurisations ont été menés. Alors le premier président de la Cour de cassation voudrait voir revenir au Palais de Justice les œuvres qui ont été reprises et bien d’autres encore. "Il est fait pour ça. Nous avons des murs immenses qui tout nu. Ils ne demandent qu’une chose c’est d’être habillé d’œuvres d’art. J’ai même envie de dire une profusion d’œuvres d’art, des statues, des tapisseries, des tableaux. Puisque maintenant le risque de vol a considérablement diminué, puisqu’il y a une surveillance 24 heures sur 24, pourquoi ne pas aller puiser dans ces réserves. Toutes ces œuvres n’ont pas été réalisées pour être gardées à l’ombre dans des caves".

Mépris et négligence

Michel Draguet, le directeur des Musées royaux des Beaux-Arts, partage cette philosophie mais tempère. "Dans un monde idéal, c’est la vocation du musée. Mais en même temps il y a des règles. Il y a notamment ce respect du patrimoine et son entretien. Alors certes, il souhaite voir revenir des œuvres du musée mais il n’a pas besoin de les voir revenir. Il y en a encore beaucoup. Et nombreuses sont celles qui sont endommagées. Il y a par exemple des scènes de batailles dont les visages ont été découpés pour faire des petits portraits. Il y a des œuvres qui ont été emmurées lors d’extension de bureaux, sans qu’on les dégage préalablement. C’est le cas d’une sculpture importante de Mathieu Kessels de 1825 qui a beaucoup inspiré Paul Delvaux et qui devrait être au musée en regard des tableaux du peintre. Mais on ne peut pas la présenter car elle est coincée quelque part dans le Palais. Donc des œuvres, ils en ont. Ils les ont très très mal traitées à travers le temps. C’est l’administration où on a le plus grand nombre de " pertes " aussi. Entre 30 et 50 œuvres qui ont " disparu ". A cause de la négligence, du mépris pour ce patrimoine qui a été mal géré. Je n’incrimine pas les personnes qui sont aujourd’hui à la Cour de cassation ou au Palais de Justice ou autre. Mais c’est un phénomène historique qui a perduré pendant trop longtemps ".

Ce n’est pas un drive-in où il faut mettre une carte et on repart avec cinquante tableaux.

Aujourd’hui, la loi n’impose plus aux Musées des Beaux-Arts de faire des dépôts. Ils font désormais des prêts qui peuvent être de longue durée mais qui imposent aussi une prise d’assurance pour celui qui en bénéficie. " Souvent les services publics rechignent à ça car ça coûte de l’argent. S’il n’y a pas de moyen à dépenser pour ça, il n’y a pas de raison qu’on fasse courir un risque à ce patrimoine qui, je le rappelle, n’appartient à aucun d’entre nous. Il appartient aux générations à venir. On doit le léguer ".

Pas question donc pour les Musées royaux des Beaux-Arts de prêter quoi que ce soit au Palais de Justice. En tout cas pour le moment. " Aujourd’hui, c’est non. Si demain, on me dit, qu’il y a un plan pour retrouver les œuvres, qu’on est prêt à casser des cloisons pour sortir des sculptures emmurées, qu’on est prêt à faire table rase du passé, nous collaborerons à ce travail. Mais ce n’est pas un drive-in où il faut mettre une carte et on repart avec cinquante tableaux parce qu’on veut développer un projet dans lequel le respect de ce patrimoine n’existe pas ".

​​​​​​​Les deux hommes ont prévu de se rencontrer ce mois-ci. Mais ce n’est, sans doute, pas encore cette fois qu’ils vont trouver un terrain d’entente.

 

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