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Belgique

Les nouvelles ambitions climatiques de la Belgique : encore plus de réduction des émissions de gaz à effet de serre

Les nouvelles ambitions climatiques de la Belgique : encore plus de réduction des émissions de gaz à effet de serre
11 déc. 2020 à 14:48 - mise à jour 11 déc. 2020 à 15:076 min
Par Jean-François Noulet

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les vingt-sept États membres de l’Union européenne se sont accordés sur une réduction d’au moins 55% de leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport au niveau de 1990. Cela pourrait permettre d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour la Belgique qui, jusqu’à présent avait pour objectif une réduction de 35% de ses émissions de gaz à effet de serre, l’effort supplémentaire à fournir sera important.

Un effort conséquent pour la Belgique

L’Accord de Paris, conclu en 2015 lors de COP21 prévoit de limiter la hausse du réchauffement global " en dessous de 2 °C ". L’objectif est de limiter l’augmentation des températures à 1,5 °C. Pour parvenir à ce but, il est prévu que les Etats revoient leurs plans tous les 5 ans. 2020 est donc une année charnière. C’est la raison pour laquelle les 27 Etats membres de l’UE ont planché, la nuit dernière pour se mettre d’accord sur de nouveaux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Longtemps sans position claire sur le sujet, la Belgique s’est finalement ralliée au clan des Etats qui souhaitaient une baisse d’au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. C’est un grand changement pour la Belgique qui, désormais, aura des objectifs plus stricts à atteindre. Jusqu’à présent, l’Europe avait attribué à la Belgique un objectif de 35% de réduction des GES, sans que la Belgique ne soit réellement capable de définir les moyens d’avancer dans cette direction.

Le nouvel objectif européen, de -55%, est un objectif global, pour toute l’Union européenne. L’Europe répartira, entre les pays, l’effort à fournir en fonction de la capacité de chaque pays et en fonction de critères qu’elle définira. Certains Etats devront contribuer plus que d’autres. On ne sait donc pas encore exactement à quel niveau se situera l’effort à fournir par la Belgique. Il devrait se situer quelque part entre les 35% de réduction des émissions de GES d’aujourd’hui et l’objectif européen de -55%.

Des ambitions belges qu’il sera compliqué de concrétiser

Du côté des ONG qui militent pour des objectifs climatiques ambitieux, voir l’Europe et en particulier la Belgique vouloir prendre le chemin d’une réduction plus drastique des émissions de gaz à effet de serre est une bonne chose, même s’il faut rester prudent. "Il ne faut pas être naïfs. On sait très bien que la Flandre émet une série de conditions et ne dit pas oui à tout prix. On sait très bien que la position belge n’a pas tellement changé dans le fond et que la question de la répartition va être un nœud très tendu pour l’année 2021 et peut-être plus, si on ne trouve pas d’accord rapidement", réagit Rebecca Thissen, chargée de recherche en justice climatique au CNCD.

Car effectivement, l’effort que fournira la Belgique pour réduire davantage ses émissions de GES devra être réparti entre l’Etat fédéral et les trois régions, Wallonie, Flandre et Bruxelles. Jusqu’à présent, l’histoire a montré que cette répartition était une pomme de discorde entre les régions, aucune région, en particulier la Flandre, ne voulant payer plus que les autres, par crainte d’y perdre. Il a fallu plusieurs années, près de 8 ans, pour parvenir à répartir le précédent effort de -35% de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Toutes les régions ont probablement leur part de responsabilité pour expliquer le délai extrêmement long pour parvenir à un accord belgo-belge. Mais de toutes les régions, c’est la Flandre qui freine le plus, notamment parce qu’elle possède encore une industrie très polluante. L’industrie pétrochimique, par exemple, pèse lourd dans l’économie flamande. "C’est pour ça aussi qu’ils sont tellement frileux. Ils ne veulent pas voir la transition comme une opportunité pour l’emploi et le pouvoir d’achat de leurs citoyens", explique Rebecca Thissen, du CNCD.

La Flandre renâcle déjà

Pour que la Belgique, via le gouvernement d’Alexander De Croo, puisse adhérer au nouvel objectif européen de réduction des émissions de GES à -55%, il fallait l’accord de toutes les entités fédérées belges. La Flandre avait accepté de soutenir cet objectif de -55%, mais en y mettant des conditions. La Flandre, région riche, craignait que les objectifs européens soient répartis sur base du PIB par habitant, auquel cas cela lui coûterait cher. Elle voulait d’autres critères comme le rapport coût/efficacité. Sur ces points, l’Europe n’a pas encore tranché, ce qui inquiète déjà la Flandre. La ministre régionale de l’Environnement, Zuhal Demir (N-VA), déclare, ce vendredi, via Twitter ne pas être satisfaite que la demande flamande n’ait pas été rencontrée. "La Flandre se retrouve sans garanties claires sur la mise en œuvre des ambitions européennes accrues. Ce n’est pas une bonne chose", écrit la ministre.

Une déclaration qui laisse présager des discussions compliquées entre les entités fédérées belges. Il se dit cependant que l’objectif du gouvernement serait d’aboutir à un accord entre les régions et l’État fédéral d’ici un an.

L’isolation et la mobilité : les points faibles de la Belgique

Certains observateurs se demandent où la Belgique parviendra à trouver le moyen de réduire davantage ses émissions de gaz à effet de serre, alors qu’elle peine déjà à rencontrer les objectifs actuels. " Cela promet de belles discussions. Ceux qui connaissent un peu le dossier sourient ", nous dit un interlocuteur proche des milieux industriels, mais qui souhaite rester anonyme. Et, se demandant comment financer les efforts à venir : "Où le Fédéral trouvera-t-il encore des fonds de tiroir ?", poursuit notre interlocuteur.

Là où la Belgique a le plus de marge de manœuvre, mais cela coûtera de l’argent, c’est du côté de l’isolation des bâtiments et de la mobilité. "Les deux secteurs les plus problématiques en Belgique, c’est le transport et l’isolation des bâtiments. Ce sont les deux leviers sur lesquels on doit agir. Soit : un plan massif de rénovation des bâtiments, en tenant compte des personnes les plus précarisées qui vivent dans des passoires énergétiques et qui devront bénéficier de l’amélioration ", nous dit Rebecca Thissen, du CNCD. Elle préconise aussi "un plan de mobilité massif qui rend les transports en commun non seulement accessibles, mais aussi vraiment diversifiés et répartis de manière égale sur tout le territoire, donc pas seulement dans les grandes métropoles".

Autant de politiques qui nécessiteront des moyens financiers importants, surtout si l’on veut agir vite, par exemple pour rénover rapidement le parc immobilier et le rendre performant énergétiquement. Du côté des ONG, on a des pistes, comme celle de réaffecter des budgets. "Comme illustration, la Belgique, à l’heure actuelle, dépense à hauteur de 3 milliards d’euros par an en subsides fossiles. Cela veut dire que tout ce qui est alloué aux énergies fossiles représente cette somme-là en termes d’argent public, notamment à cause du système des voitures salaires. Cet argent devrait être complètement réorienté pour être cohérent avec les objectifs qu’on s’est fixés avec l’Accord de Paris et avec une transition vers une société bas carbone ", explique Rebecca Thissen

D’autres, plus pessimistes, estiment déjà qu’après les discours politiques optimistes européens actuels, il faudra prendre " des mesures courageuses et impopulaires, des mesures difficiles à faire avaler", nous dit une source proche des milieux industriels qui pense, par exemple, à un renforcement important des normes énergétiques pour les bâtiments, aux frais des propriétaires.

Ce qui est certain, c’est que pour atteindre les nouveaux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et parvenir à limiter le réchauffement climatique, il faudra du changement. Le changement fait peur. "C’est une question de volonté politique et de vision à long terme. Il y a des études qui montrent que la Belgique en tant que pays serait un des pays européens qui bénéficierait le plus d’une transition organisée et planifiée rapidement. A l’heure actuelle, si la Belgique mettait en place tout ce qu’il faut pour répondre aux objectifs de l’Accord de Paris, en termes d’emploi, par exemple, on serait vraiment dans les premiers gagnants de l’Union européenne", ajoute Rebecca Thissen, chargée de recherche en justice climatique au CNCD.

Au Sommet européen, la Belgique a affiché ses ambitions climatiques. A elle de prouver qu’elle se prépare. Elle sera attendue lors de la COP 26 qui aurait dû se ternir en novembre à Glasgow et qui a été reportée d’un an, crise du Covid oblige. La Belgique sera aussi attendue au tournant par la Commission européenne qui risque de lui taper sur les doigts si elle n’atteint pas les objectifs fixés.

Duplex depuis Schuman dans notre journal de la mi-journée :

Climat : l'Europe relève ses ambitions

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