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Regions Liege

Les normes en métaux lourds menacent les maraichers en région liégeoise

Olne: trop de plomb dans le sol pour les agriculteurs
13 janv. 2022 à 15:112 min
Par Marc Mélon avec C. Adam

Il y aurait trop de plomb dans les sols à Olne, en Province de Liège. Les agriculteurs locaux ont d'ailleurs reçu un avis défavorable de l'Afsca. Mais ils se sentent impuissants. Impossible de traiter leurs terres. Ils vont devoir stopper la vente de leurs produits.

On ignorait absolument cette pollution

Depuis 2015, Jérôme Debruxelles et Frédéric Bronne sont maraichers à Olne. Jusqu'au mois d'octobre, l'an dernier, tout allait bien pour leur production de légumes. Un jour, ils ont reçu la visite d'un contrôleur de l'Afsca, et les problèmes sont apparus: "On reçoit la visite d'un contrôleur de l'Afsca qui vient chercher un échantillon de chou frisé. Ce monsieur passe sa grille, et il nous dit: la région est polluée, il y a une pollution en plomb et en cadmium" explique Frédéric Bronne. "Nous, on ignorait absolument qu'il y avait cette pollution. Elle est due apparemment aux industries de la Vallée de la Vesdre et de la Meuse qui exploitaient du plomb et du zinc et qui rejetaient dans les fumées du cadmium, donc c'est une pollution atmosphérique".

Les agriculteurs vont devoir stopper la vente de leurs légumes.
Les agriculteurs vont devoir stopper la vente de leurs légumes. RTBF - Erik Dagonnier

Un projet de vie qui s'effondre

Pour les producteurs, la stupéfaction est totale. Et depuis le 1er janvier, Jérôme et Frédéric ont décidé de ne plus vendre leurs produits: "On ne peut plus travailler dans ces conditions" confie Jérôme Debruxelles. "A chaque dépassement de normes, via des analyses de légumes, on est tenu de détruire les légumes incriminés s'il y a un dépassement de la norme en cadmium ou en plomb".
 
Pour Jérôme et Frédéric, c'est un projet de vie qui s'effondre: "Les premières semaines, on ne se levait même plus, on a pleuré toutes les larmes de notre corps. C'est un projet de vie. On y a investi tout notre temps, tout notre argent. Donc c'est clair que ça nous fait un coup incroyable" regrette Jérôme Debruxelles.

Pour tous les clients, ça a été un coup de massue

Dans cette région rurale, les voisins et les clients ne comprennent pas: "Moi j'ai mon potager et je suis cliente ici, je dois être intoxiquée à mort, ce n'est pas possible autrement" témoigne Anne-Marie Franckart. "Pourtant je suis debout, je suis bien vivante, je me mêle encore de ce qui ne me regarde pas, comme d'habitude. Mais ça a été un coup de massue pour nous. Pour tous les clients, ça a été un coup de massue, c'est clair."

Anne-Marie Franckart, cliente et riveraine.
Anne-Marie Franckart, cliente et riveraine. RTBF

De son côté, l'Afsca est claire: pas question de jouer avec la santé. "On ne rigole pas avec des contaminants de type métaux lourds, et on n'est pas du tout sur une piste d'assouplissement de ces normes" explique Jean-Sébastien Walhin, porte-parole de l'Afsca. "C'est inconcevable pour un consommateur qui lui, tous les soirs, dans son assiette, mange des légumes."

Pour la ministre de l'Environnement, il y a des solutions

Pour ces sols pollués, l'Afsca renvoie vers la Région, où Céline Tellier est ministre de l'Environnement: "Ce qui est important, c'est de pouvoir accompagner les maraichers, les agriculteurs" déclare-t-elle. "Il existe des solutions sur le plan vraiment agronomique, sur le plan technique, pour ne prendre aucun risque pour la santé des consommateurs, et en même temps, pouvoir continuer l'activité agricole, ici en l'occurence, des circuits-courts, que nous voulons continuer à soutenir au niveau de la Wallonie".

Car le circuit-court alimentaire semble menacé. "Au niveau des circuits-courts alimentaires, ça pourrait être une catastrophe" déclare Renaud Keutgen, du réseau Aliment-Terre. "Il faut savoir ce qu'on veut. On demande quand même un positionnement politique. La Région wallonne inscrit ça dans son plan de relance. Il faut prendre des positions pour être clair et voir si on soutient réellement les circuits-courts, et au-delà, les effets que ça peut avoir au niveau agricole de manière générale."

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