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Les maisons de repos : les oubliées du déconfinement ?

Les maisons de repos : oubliées du déconfinement ?
09 juin 2020 à 07:52 - mise à jour 09 juin 2020 à 08:12Temps de lecture5 min
Par Olivier Corroenne

Après avoir été oubliées un temps lors du confinement, les maisons de repos, avec près de 5000 décès en leurs murs, seraient-elles maintenant les oubliées du déconfinement ?

En tout cas, en Région bruxelloise, plus qu’en Wallonie, il semblerait qu’il y ait des demandes d’assouplissement des règles déjà émises en la matière. Des propositions seront discutées cette semaine entre les différents acteurs du secteur.

Rendre visite dans la chambre même du résident, aller à la cafétéria voire au restaurant de la maison de repos, augmenter le nombre de visiteurs, réguler les animations … toutes ces demandes font partie de l’évolution du déconfinement dans les maisons de repos. Et les réalités vécues sont différentes selon les établissements. "Il y a des maisons de repos qui ont tout fait pour se protéger du virus, explique Jean-Marc Rombeaux, conseiller à la fédération des CPAS de Bruxelles et de Wallonie, et qui n’ont pas été touchées. D’autres ont connu des épisodes plus malheureux et ce sont peut-être celles-là qui, aujourd’hui, accordent plus d’importance à la perte du bien-être et du lien social. Celles-là désirent parfois plus de souplesse dans les mesures de déconfinement".


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Cette réalité montre bien les avis partagés qui animent les résidents, les familles, les personnels et les directions des maisons de repos. Mais le mouvement est en marche et les mesures déconfinement sont sur le point de changer.

Les maisons de repos : oubliées du déconfinement ?
Les maisons de repos : oubliées du déconfinement ? xavierarnau - Getty Images

Normes différentes en Wallonie et à Bruxelles

Actuellement, les visiteurs n’ont pas les mêmes droits de visite en Wallonie et à Bruxelles.

En Wallonie, 4 personnes peuvent rendre visite à leur proche, à Bruxelles, une seule. "Ça doit bouger !", demande Vincent Fredericq, secrétaire général de Femarbel, la fédération des maisons de repos privées, s’inscrit dans une logique d’évolution du déconfinement. 

Il faut que cela change ! Certaines familles revendiquent le droit de rendre visite en chambre. Mais il faut respecter des principes clairs de sécurité sanitaire et d’organisation.

"Quand on sait qu’un temps de visite de 20 minutes, en ce temps de crise, représente 50 minutes pour le personnel, il faut aussi prendre cela en compte et laisser, de toute façon, le choix final aux directions en concertation avec les organisations syndicales. Ce n’est pas simple. Il faut aussi responsabiliser les visiteurs. En Wallonie, il faudrait également élargir le cadre des visites. Tout cela est en discussion cette semaine dans les deux Régions. Mais dans aucun cas nous ne voulons revenir à la situation d’avant. Ce serait trop imprudent !"

Les maisons de repos : oubliées du déconfinement ?
Les maisons de repos : oubliées du déconfinement ? SolStock - Getty Images

Changements réclamés en Région bruxelloise !

Les changements semblent simples mais les réalisations compliquées dans ce secteur qui accueille les personnes les plus fragilisées face au Covid-19.

Par exemple, la réouverture des restaurants. Comment faire ? Une section pour les résidents qui ont connu une période Covid, une autre section pour les autres ? Les animations au sein des établissements ? Avec des personnes venant de l’extérieur ? Comment ?

En tout cas, Patricia Kirkove, médecin coordinateur de la Maison Vésale à Bruxelles en a une bonne idée. Elle plaide pour plus de liberté pour les résidents tout en respectant les normes sanitaires : Il ne faut pas déconfiner pour déconfiner !"

Il est important de donner aux résidents de la normalité, de la vie. Il y a actuellement un risque de surmortalité lié aux prochaines conditions météorologiques de canicule. Il y a aussi le syndrome de glissement, cette perte de sens de la vie. Il est important de rouvrir !

Particia Kirkove plaide, comme les cinq maisons de repos du CPAS de Bruxelles pour des mesures d’ouverture, à savoir, la possibilité d’une relation sans séparation en plexiglas avec une distanciation physique d’1,5m ou encore une augmentation du nombre de visiteurs actuellement limité à 1 personne à Bruxelles. "Nous sommes aussi pour les sorties encadrées pour les résidents pour qui c’est possible et ensuite, un peu plus tard, des sorties non encadrées. Il faut également faire revenir des gens dans les maisons de repos avec des animations avec des personnes de l’extérieur. Il faut permettre la présence de plus d’une personne dans le salon du coiffeur qui est un lieu de lien social. Dans tous les cas, il va falloir retrouver un équilibre entre sécurité et humanité. Malheureusement, le risque zéro n’existe pas mais nous avons l’avantage de l’expérience et nous disposons maintenant d’outils – les tests notamment – pour réagir rapidement. Il faudra bien entendu évaluer les changements de 15 jours en 15 jours".

Les maisons de repos : oubliées du déconfinement ?
Les maisons de repos : oubliées du déconfinement ? SolStock - Getty Images

Maintenir des normes strictes

Cette position d’ouverture n’est pas partagée par le docteur Jean-François Moreau, président de l’AFRAMECO, l’Association francophone des médecins coordinateurs et conseillers en Maisons de repos et de Soins.

Qui fera le choix de mettre les personnes âgées des maisons de repos en danger ? Il ne faut pas oublier qu'un tiers des maisons de repos a été atteinte par le virus. Les deux tiers restants sont en attente.

" Il y a eu 5000 morts dans les maisons de repos. Qui prendra la responsabilité de risquer 10.000 morts supplémentaires ? Je suis pour un maintien des mesures relativement strictes. Dans les maisons de repos réside la population la plus vulnérable. Il lui faut un statut particulier jusqu’au moment où l’on trouve un traitement, un vaccin ".

Mais, on le sait, un vaccin n’est pas attendu avant la fin de de cette année, voire début de l’année prochaine alors, faudra-t-il attendre aussi longtemps pour assouplir les mesures de confinement des résidents dans les maisons de repos ? Réponse du Dr. Moreau : "Il n’y a pas d’autre alternative. Si un individu peut faire un choix par lui-même, se déconfiner et prendre le risque de mourir, dans une collectivité, on ne peut pas faire ce choix parce que cela met la collectivité en danger". La position est tranchée et l’AFRAMECO souligne qu’elle réalise actuellement une étude sur le syndrome du glissement des résidents dans les maisons de repos. Seulement 1% des institutions a répondu ….

Les maisons de repos : oubliées du déconfinement ?
Les maisons de repos : oubliées du déconfinement ? Luis Alvarez - Getty Images

" Il était temps ! "

"Il était temps !", c’est le cri du coeur d’Anita Gancwajch, directrice du secteur Maison de repos du CPAS de Charleroi. Elle estime que la nouvelle circulaire de Christie Morreale, la ministre de la Santé de la Région wallonne, vient à point nommé. Elle vient d’ailleurs de changer tout récemment les règles de visite au sein des neuf établissements qu’elle dirige. Jusqu’ici, une seule personne bien identifiée pouvait rendre visite au résident. Dorénavant, ce sont quatre personnes qui pourront rendre visite à leur proche.

On est sorti de la crise ! La circulaire est bien faite. Elle laisse la possibilité aux maisons de repos de s’adapter.

Demain ça va changer dans les maisons de repos même si les avis divergent ! Le mouvement de déconfinement poursuit son chemin à son rythme, un rythme propre à la population la plus vulnérable du pays. Les discussions avec les ministres concernés sont prévues très prochainement. Il y a fort à parier qu’il y aura du mouvement dans ce secteur dans les jours qui viennent.

Les maisons de repos : oubliées du déconfinement ?
Les maisons de repos : oubliées du déconfinement ? Sladic - Getty Images

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