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Les moins de 16 ans atteints par le coronavirus ont 30 fois plus de risques de myocardite par rapport aux non-contaminés

02 sept. 2021 à 15:00 - mise à jour 02 sept. 2021 à 15:06Temps de lecture6 min
Par Lavinia Rotili

Selon une étude du Center Disease Control and Prevention (CDC) publiée sur son site ce 31 août, il existe un lien entre le coronavirus et le fait de contracter une myocardite, une inflammation du muscle cardiaque appelé le myocarde. Ce genre d’inflammation peut entraîner une hospitalisation pour bilan et suivi médical et, dans les cas les plus graves, une insuffisance cardiaque et le décès.

L’étude du CDC, réalisée sur une base de données issues de 900 hôpitaux américains pour une période allant de janvier 2019 à mai 2021, montre que l’association entre la myocardite est le coronavirus est réelle. Or, pour bien comprendre, il faut relativiser ce risque de myocardite : il reste assez rare chez les patients, et ce, indépendamment du fait d’avoir été ou non infectés par le coronavirus. Ce que l'étude nous apprend, en revanche, c’est que ce risque augmente tout de même de près de 16 fois, en moyenne, si on a contracté le Covid-19.

+42,3% d’hospitalisations pour myocardite en 2020

Cette nouvelle étude montre qu’entre 2019 et 2020, dans les 900 hôpitaux concernés, on est passé de 3205 hospitalisations pour myocardite à 4560 en 2020. Cela correspond à une augmentation de 42,3%. Elément intéressant relevé par l’étude : les pics d’hospitalisations pour myocardite observés entre avril et mai 2020 et entre novembre 2020 et janvier 2021 correspondent au pic d’hospitalisations pour coronavirus.

En plus de cela, l’étude a essayé de comprendre le lien existant entre le coronavirus et cette inflammation cardiaque. Ainsi, les auteurs ont analysé les données relatives aux patients atteints par le Covid-19 entre mars 2020 et janvier 2021. Résultat : ceux-ci présentaient, en moyenne, 15,7 fois plus de risque de développer une myocardite par rapport aux patients qui n’avaient pas été contaminés au Covid-19. Ce risque a été calculé notamment en fonction de la classe d’âge. Le constat est interpellant.


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Chez les patients âgés de 16 à 39 ans, le risque de développer l’inflammation était 7 fois plus élevé pour ceux qui avaient contracté le coronavirus. Ce risque monte à 30 fois pour les individus âgés de plus de 75 ans et de moins de 16 ans. Aussi, l’étude affirme que parmi les patients atteints de myocardite, 41,7% avaient pour antécédent le fait d’avoir eu le coronavirus et ce, indépendamment du sexe. La plupart d’entre eux (89,6%) ont développé le coronavirus et la myocardite au cours du même mois.

Si d’autres études, l’une aux Etats-Unis, l’autre en Israël, avaient déjà montré l’association entre coronavirus et myocardite, on montre ici une augmentation de risques assez importante chez les plus jeunes. C’est là la vraie nouveauté et, comme l’admettent les auteurs de l’étude, cela nécessite des analyses plus approfondies.


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Pour expliquer cette donnée, les chercheurs émettent une hypothèse : selon eux, "cette découverte pourrait s’expliquer en partie par des différences liées à l’âge dans la détermination des cas de Covid-19, puisque les jeunes adultes atteints d’une forme plus légère de la maladie pourraient être moins susceptibles que les adultes plus âgés de recevoir un diagnostic de coronavirus." Ils estiment dès lors que cette classification d’âge pourrait biaiser les facteurs de risque et, en partie, expliquer ces différences de classe d’âge.

De l’autre côté de l’Atlantique, et plus particulièrement chez nous, les constats de l’étude américaine sont similaires à ceux du terrain en matière de myocardite chez l’enfant. "Les résultats de l’étude correspondent à nos observations cliniques en Belgique. L’augmentation de risques liés à la myocardite en lien avec le coronavirus est significative", explique le Pr. Stéphane Moniotte, Chef de département de Pédiatrie aux Cliniques universitaires Saint-Luc (UCLouvain), Vice-président de l’Académie de Pédiatrie et spécialiste en cardiologie pédiatrique.

Attention avant de parler de causalité

Si l’étude américaine montre qu’une association entre le Covid-19 et la myocardite existe, elle reste prudente sur la possibilité d’établir un lien de cause à effet qui ne peut pas être démontré à partir de simples données d’observation.

"Bien que le mécanisme exact de l’infection par le SRAS-CoV-2 pouvant conduire à une myocardite soit inconnu, la physiopathologie est probablement similaire à celle d’autres virus. Parmi les personnes atteintes de Covid-19 et de myocardite, certains diagnostics de myocardite pourraient représenter des cas de syndrome inflammatoire multisystémique, en particulier chez les enfants âgés de moins de 16 ans", détaillent les chercheurs, tout en admettant que ces questions méritent une analyse plus poussée.


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Une même prudence que l’on retrouve du côté du Pr. Stéphane Moniotte : "A ce stade, nous ne savons pas expliquer pourquoi le risque de myocardite augmente en cas de Covid. En revanche, nous avons compris que l’infection du coronavirus favorise le développement d’une inflammation importante et donc, d’une réaction immunitaire conséquente. Nous croyons donc que quand le corps entre en contact avec le Covid-19, il produit des substances inflammatoires qui font qu’une inflammation comme la myocardite se développe."

Difficile donc de savoir pourquoi la myocardite se développe davantage chez les enfants, "mais une explication pourrait être liée au fait que les enfants sont potentiellement plus sensibles puisque leur système immunitaire est moins mature. Aussi, il est possible que cela soit lié au fait que, de manière générale, les enfants sont moins vaccinés, mais beaucoup testés", poursuit le professeur.

Quel lien entre la myocardite et la vaccination ?

Autre élément intéressant : le mot myocardite parle à certains d’entre vous puisque le risque de développer cette infection est souvent évoqué par les antivaccins comme une raison de ne pas recevoir leur dose. Or, encore une fois, la nuance est de mise.

"Nous observons que suite à l’administration de vaccins à ARN Messager (ndlr : les vaccins Pfizer et Moderna), un certain nombre de personnes développent une myocardite comme effet secondaire, admet le Dr Stéphane Moniotte, mais, concrètement, on compte environ 6 cas de myocardite sur 100.000 personnes vaccinées. Et chez les personnes vaccinées qui contractent le coronavirus, on passe à 18 cas sur 100.000 personnes, ce qui est effectivement plus élevé".


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Le vaccin présente donc bel et bien un risque de développer une myocardite, mais le diminue par rapport à une personne qui attraperait le Covid faute d'avoir été vaccinée. 

"De plus, une myocardite post-vaccin est, en général, assez bénigne : elle ne se manifeste pas sous des formes sévères et reste facile à traiter et sans beaucoup de conséquences, ajoute le chef de service. Sans compter qu’après un vaccin, la myocardite apparaît, dans 80% des cas, dans les quatre jours qui suivent la deuxième dose. Fait intéressant, ces cas de myocardite post-vaccin sont plus fréquents chez les garçons".

En cas de vaccin, on sait tout de même mieux surveiller son corps et assurer une prise en charge rapide. A cela, ajoutez qu’une myocardite après le Covid peut se développer dans des formes plus sévères.

"Dans tous les cas, nous continuons de recommander la vaccination aux jeunes. C’est également mon cas, en tant que médecin de patients jeunes et qui présentent des maladies cardiaques. Et ce, malgré le risque de myocardite suite à la vaccination, puisque ce risque reste moins important chez un individu vacciné que chez une personne contaminée par le coronavirus. Nous insistons sur l’importance d’informer les parents et les enfants, mais nous estimons que la vaccination reste la meilleure solution", explique le docteur.


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En effet, selon les données du CDC que relaie le chef de service, vacciner 100.000 jeunes âgés entre 12 et 17 ans, équivaut à prévenir 5700 cas d’infection par le Covid, 215 hospitalisations, 71 admissions en soins intensifs et deux décès. Cela pourrait provoquer une 60 de myocardites – sur 100.000 vaccinés, donc, et en forme légère — chez des garçons. Chez les filles, on descend à 10 cas de myocardite. Aussi, à ce stade, signale le professeur, aucun décès lié à une myocardite n'a été constaté dans les services de pédiatrie belges.

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