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Catastrophes naturelles

Les incendies progressent à toute vitesse en Gironde : un véhicule à l’origine des feux qui encerclent la dune du Pilat ?

14 juil. 2022 à 14:24 - mise à jour 14 juil. 2022 à 14:31Temps de lecture5 min
Par Anthony Roberfroid avec Damien Roulette et Quentin Warlop

La Gironde en proie aux flammes, la région – où il fait actuellement 39 °C - n’avait pas connu de tels incendies depuis 32 ans. Ces dernières heures, la surface ravagée par deux incendies qui touchent le sud-ouest de la France a quasi triplé, près de 2800 hectares de pins ont déjà été ravagés.

Malgré la présence de près de 1000 pompiers venus des quatre coins de la France, les deux incendies se propagent rapidement à cause de la sécheresse qui touche le sud du pays, ce qui ne facilite pas la tâche des hommes du feu puisque les incendies progressent vite.

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Le premier incendie, situé à La Teste-de-Buch, près de la célèbre dune du Pilat, a déjà dévoré 1250 hectares.

L’un des pompiers qui dirige les opérations nous explique comme il est compliqué d’intervenir : "Actuellement, nous sommes dans une situation défavorable car nous faisons face à un feu qui court en cime, c’est-à-dire que c’est la tête des pins qui se propage. Le premier incendie se situe en zone dunaire où se trouvent de nombreux campings, de nombreux points sensibles à défendre. Nous avons des difficultés à pénétrer dans ces zones", précise l’homme du feu.

Sous près de 40 °C, il fait chaud et les pompiers trinquent. La difficulté, c’est la disposition des arbres. Impossible de passer un gros véhicule ou une jeep car les pins sont très proches les uns des autres.

Un pompier travaille à l’extinction d’un feu de forêt au pied de la dune du Pilat, près de La Teste-de-Buch, dans le sud-ouest de la France, le 13 juillet 2022. – Un incendie en cours depuis l’après-midi du 12 juillet 2022 a brûlé 1500 hectares de pinède
Un camion de pompiers traverse un feu de forêt au pied de la dune du Pilat près de La Teste-de-Buch, dans le sud-ouest de la France, le 13 juillet 2022. – Un incendie en cours depuis l’après-midi du 12 juillet 2022 a brûlé 1500 hectares de pinède près de
Un pompier travaille à l’extinction d’un feu de forêt au pied de la dune du Pilat, près de La Teste-de-Buch, dans le sud-ouest de la France, le 13 juillet 2022. – Un incendie en cours depuis l’après-midi du 12 juillet 2022 a brûlé 1500 hectares de pinède
Un pompier travaille à l’extinction d’un feu de forêt au pied de la dune du Pilat, près de La Teste-de-Buch, dans le sud-ouest de la France, le 13 juillet 2022. – Un incendie en cours depuis l’après-midi du 12 juillet 2022 a brûlé 1500 hectares de pinède

L’autre incendie est plus à l’intérieur des terres, dans une zone peu habitée à Landiras, à une quarantaine de kilomètres au sud de Bordeaux, où 1550 hectares ont déjà brûlé. Et les caractéristiques de ce deuxième feu sont différentes : "Le second feu se propage dans des pins qui ont plus de 20 ans et où il n’y a pas de discontinuité de la couverture végétale. Le feu se nourrit donc très vite et se répand à grande vitesse", ajoute le secouriste

Le ministre français de l’Intérieur français Gérald Darmanin s’est rendu sur place hier : "Tout laisse à penser que le feu continue de progresser malgré le travail de 1000 sapeurs pompiers. Dix avions, dont des canadairs et des Dash travaillent beaucoup pour éteindre ces feux mais le vent et la sécheresse contribuent à la destruction de la biodiversité".

Gérald Darmanin a également mis en cause l’entretien des forêts. Il a ensuite insisté : neuf feux sur dix sont d’origine humaine. La cause probable de l’incendie semble être accidentelle, une panne de camion serait probablement à l’origine des feux a indiqué, hier, la préfète de la Gironde, Fabienne Buccio.

Depuis mardi après-midi, 6500 personnes ont été évacuées. On ne compte actuellement aucun blessé ou d’habitation touchée. Nombreux sont ceux à avoir vu leurs vacances gâchées alors que certains profitent habituellement de la région pour passer leurs soirées et une partie de la nuit sur la bute du Pilat.

La dune du Pilat entourée par les feux de forêts

Alexandre, un touriste belge venant de Mettet, y est d’ailleurs monté pour observer ce spectacle de désolation : "C’est une catastrophe. On est arrivés hier à midi, le feu a ensuite pris de l’ampleur. On voyait la fumée depuis la maison et on s’est dit qu’au lieu de regarder ça à la télévision, nous voulions voir cela en vrai, depuis le haut de la dune".

Nos journalistes sur place ont également décidé de monter au-dessus de la dune du Pilat : vingt minutes d’ascension et puis, cette vue. D’un côté, la mer. De l’autre, les pins, en feu. Des colonnes de fumée et avec dès la nuit tombante, plus de vent et donc une reprise de feu à plusieurs endroits.

La dune du Pilat est entourée de grandes forêts de pins.
La dune du Pilat est entourée de grandes forêts de pins.
La dune du Pilat est entourée de grandes forêts de pins.

Le feu qui s’éteint sur plusieurs kilomètres. Pour Abderhaman, un habitant de la région, c’est une départementale toute proche qui pose problème : une route sur laquelle bon nombre pratiquent le camping sauvage.

Ce serait l’une de ces voitures qui serait à l’origine des feux : "Le long de cette piste, il y a toujours des gens qui font du camping sauvage et cela n’a jamais été contrôlé ou arrêté. Certains maires se sont opposés à fermer définitivement certains chemins forestiers privés. D’autres l’ont proposé mais cela n’a pas été fait. C’était pour éviter ces drames-là mais au final, on y est. Une fois de plus, c’est malheureux mais c’est l’être humain. On n’agit pas tant que l’on n’a pas subi les conséquences de la nature ou d’un dégât".

Pas de maîtrise des incendies avant plusieurs jours

Les pompiers se battent encore à cette heure pour lutter contre les incendies mais ils estiment ne pas pouvoir prendre le dessus rapidement. Certains pompiers évoquent une quinzaine de jours avant l’incendie soit circonscrit. D’autant qu’on annonce du vent à près de 50 km/h, ce qui pourrait encore perturber le travail des pompiers. Le vent, les chaleurs extrêmes couplées à la végétation aride fait un cocktail détonant et inquiétant.

La chaleur est étouffante, suffocante. Force est de constater que les incendies sont très actifs en cette période. Les feux ont déjà brûlé 15.000 hectares de forêt en 2022, c’est autant que sur toute l’année 2021.

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"C’est très impressionnant", explique David Dehenauw, chef du bureau du temps à l’IRM, l’Institut Royal Météorologique de Belgique.

Et les prévisions ne sont pas réjouissantes selon l’expert : "On n’est pas encore sortis des problèmes, puisque quand je regarde les prévisions pour la région de la Gironde, ça continue avec une chaleur accablante et même des températures de 39 degrés aujourd’hui. Et la situation va encore s’aggraver en début de semaine prochaine, sans précipitation jusqu’à au mois lundi et probablement plus loin aussi. Donc, pour une bonne partie de la semaine prochaine, peu ou pas de précipitations et le vent continue".

De fortes chaleurs mais aussi des vents violents vont alimenter les feux dans les prochaines heures. Et le mercure pourrait encore monter : "J’ai vu dans les prévisions, pour la région de Bordeaux, qu’il n’y a pas vraiment une baisse de vitesse de vent prévue les prochains jours non plus et les températures vont monter même à des valeurs entre 40 et 45 degrés dans cette région-là. Donc, on pourrait s’attendre à des températures de l’ordre de grandeur de 40 degrés non seulement dans l’Aquitaine, mais aussi la région de Biarritz à la Vendée pour lundi prochain. Après, on va quand même voir des températures moins accablantes, avec des valeurs de 30 degrés, même si c’est toujours beaucoup. La situation sur le terrain, avec peu ou pas de précipitations, ce n’est pas très prometteur. Les problèmes vont donc continuer.", précise l’expert météorologique.

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Depuis 1947 en France, les canicules augmentent en intensité mais aussi en fréquence. Une hausse qui se matérialise par des températures atteignant plus de 40° : "Parmi les 10 vagues de chaleur les plus intenses en France en température moyenne, la journée la plus chaude de l’épisode date de juillet 2019. Et on peut se souvenir de ça aussi en Belgique, parce qu’ici, donc en juillet 2019, on a connu pour la première fois des températures de plus de 40 degrés en Belgique. Et en France, cela a même battu légèrement la canicule d’août 2003, dont tout le monde se souvient."

Une canicule qui a marqué les esprits mais qui a surtout amené l’Europe a se prémunir face à ces épisodes de chaleur : "Cette canicule de 2003 a provoqué un système d’alerte pour les services météo nationaux en Europe. L’IRM a fait des alertes dans le système avec le système actuel, donc avec des codes jaune, orange et rouge, et ça date de 2004. Donc, ces genres de canicules qui sont très importantes ont provoqué et engendré des systèmes d’alerte européens et tous les pays y contribuent."

Vers la fin du tourisme dans le sud de la France ?

Ces épisodes de chaleurs sont de plus en plus fréquents, ce qui pose aujourd’hui la question des vacances dans le sud de la France pour les Belges. Les touristes du plat pays vont-ils, à terme, éviter le sud de l’Hexagone pour ne pas souffrir de la chaleur ?

Cette probabilité n’est pas au goût du jour pour David Dehenauw, mais le tourisme pourrait prendre une autre forme dans les prochaines années : "Je ne pense pas que la chaleur va desservir le tourisme, mais ça va être un tourisme qui est différent du tourisme qu’on connaît actuellement, et c’est déjà en cours. Je pense que beaucoup de gens s’inquiètent, non seulement des incendies de forêt, mais aussi de la sécheresse, parce que tout est lié", conclut l’expert.

Dossier de la rédaction

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