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Les Girls In Hawaii rendent hommage à leur défunt manager au Botanique : "Il pouvait déplacer des montagnes"

Pierre Van Braekel, entouré du groupe Girls In Hawaii.

© Olivier Donnet

Un concert exceptionnel du groupe belge Girls In Hawaii, précédé de neuf mini-sets d'An Pierlé, Romano Nervoso ou Sharko, se tiendra au Botanique le 27 septembre, jour de la Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en hommage à son manager Pierre Van Braekel, décédé en juillet à l'âge de 58 ans, lors d'une balade à vélo. Nous avons parlé à plusieurs artistes à l'affiche pour évoquer quelques bons souvenirs.

L'événement "Tellement Dommage, Pierre" se déroulera le mardi 27 septembre, de 19 à 22 heures, sur la scène Parc du Botanique, à Bruxelles. Outre les 45 minutes de concert de Girls In Hawaii, se produiront aussi Ada Oda, An Pierlé, Antoine Hénaut, Françoiz Breut, Gérald Genty, Jawhar, Lo Bailly, Romano Nervoso et Sharko, enchaînant eux de courtes performances d'un quart d'heure. L'une ou l'autre collaboration sur les planches n'est pas exclue. La soirée est organisée au profit de l'asbl La Casa, association d'accueil pour enfants en difficultés, située à Braine-le-Comte et proche de Pierre et sa famille. L'accès au spectacle est en prix libre à partir de 10 euros. Plus de 500 places ont déjà été vendues.

Tellement d'hommages

Pierre Van Braekel était à l'origine de l'agence Nada ainsi que des labels 62TV Records et Trente Février. La longue et belle histoire avec les Girls a commencé par la réception d'un simple CD-R, disque enregistrable d'un autre temps, nous a relaté son collègue et ami Philippe Decoster, qui le connaissait depuis une quarantaine d'années. "Abnégation", "bienveillance", "humour", "passion", "professionnalisme" sont quelques mots saillants des hommages du secteur qui ont fleuri en ligne.

Réunis grâce à Pierre

"C'était important pour pas mal de gens de se réunir en sa mémoire et de vivre un moment musical", nous a expliqué Antoine Wielemans, chanteur du groupe Girls In Hawaii, dont le récent projet personnel était aussi "managé" par Pierre Van Braekel. "C'est chouette de vivre un moment en pensant à lui et de croiser plein de vieilles têtes qu'on n'a plus vues depuis longtemps, en se disant que ce qui nous réunit ce soir-là, c'est Pierre", commente-t-il.

Des titres qui ont un sens

"Je vais intégrer quelques reprises qui plaisaient à Pierre et aussi à Philippe", confie Giacomo Panarisi, chanteur aux traits maquillés de Romano Nervoso, qui prévoit un set façon "medley" punk. Même son de cloche chez David Bartholomé, incarnant lui Sharko : "J'ai prévu de faire des vieilles chansons de mon répertoire qui me rattachent à Pierre", anticipe-t-il.

Un découvreur de talents

"Pour moi, Pierre était bien plus qu'un agent. On se connaissait depuis 1997", resitue David. "Je l'ai rencontré au sortir du Concours Circuit (remporté à ce moment-là sous le nom de Nose Kitchen, ndlr). Il a attendu le troisième niveau de la compétition pour me dire tout le bien qu'il pensait de mon projet", s'esclaffe Sharko. "Je ne savais pas qui il était, mais je savais que ce grand gaillard me regardait depuis trois concerts sans rien dire. C'est au troisième qu'il m'a dit qu'il ferait bien un bout de chemin avec moi. On ne s'est jamais quittés depuis 25 ans", lâche le chanteur. "Ils étaient deux et puis trois à y croire très vite, lui était parmi les tout premiers, vraiment. Quand ça ne ressemblait encore à rien et qu'il voyait que ça ressemblait à quelque chose", se remémore-t-il.

Au-delà des attentes

Pour les Girls, la rencontre avec celui qui allait devenir leur manager remonte à leurs débuts, au tournant du millénaire. La collaboration a duré pendant deux décennies pour le groupe et se prolongeait parallèlement depuis deux ans pour Antoine Wielemans en solo. "Pierre avait été stressé en recevant les maquettes de mon projet. Il s'est dit : 'Si ça ne me plaît pas, ça va être compliqué à gérer'", rigole Antoine. "Bizarrement, sur ce projet-là, il était presque plus motivé que moi. Au début, je l'avais fait un peu pour moi, pour apprendre à composer en français. J'avais une forme de timidité, de pudeur. Je n'avais pas spécialement l'envie de faire beaucoup de concerts. Mais lui, c'est un manager, donc c'était l'envie inverse : rendre ça le plus visible possible. Il m'a poussé dans mes retranchements, et finalement, on aura fait cinquante concerts, trois clips, pas mal d'interviews. Ça a été au-delà de mes attentes", observe l'artiste par après.

Une force de conviction

"C'était sa force : quand Pierre était touché par un truc, que ça l'inspirait et qu'il y croyait, il était capable de déplacer des montagnes. Il n'avait plus que ça en tête pendant des semaines, des mois, des années. Il avait vraiment une force de conviction, une énergie complètement hallucinante", décrit Antoine, insistant sur son importance organisationnelle, sans ingérence artistique.

Comme un père

Le meneur des Girls In Hawaii souligne aussi les qualités humaines de leur compagnon de route. "Pierre avait une quinzaine d'années d'écart avec nous. On s'amuse à le dire souvent, ça a été clairement notre 'papa' à tous", compare le quadragénaire. "Le groupe a traversé pas mal de phases compliquées, de tensions, de remises en question, des moments très compliqués autour du décès de Denis (Wielemans, son frère cadet, premier batteur de la formation, ndlr). Il était très présent, avec un rôle de sagesse, de recul, de patience, même avec mes parents", admet-il.

Un départ soudain

"Les souvenirs, c'est bizarre, parce que c'est encore tellement vivant. Pierre était tellement présent, jusqu'au dernier jour, où il racontait encore son week-end au festival LaSemo au bureau le lundi matin. Ça a été quelque chose d'assez abrupt", glisse César Laloux, booker chez Nada, donc collègue de Pierre Van Braekel, et dont le groupe Ada Oda est aussi en booking dans l'agence. "Quand j'ai commencé le métier (de booker), c'est lui -et d'autres- qui m'a appris les bases", reconnaît le musicien vu autrefois avec BRNS. "Par la suite, on s'est forcément lié d'amitié, on était un peu plus que collègues", ajoute-t-il, saluant ses valeurs d'engagement et de fidélité.

Une tarte épargnée à Roméo Elvis

"Se prendre la tête avec Pierre, c'était très difficile", témoigne Giacomo Panarisi, qui a rencontré Pierre Van Braekel dans son adolescence et s'en était rapproché depuis quelques années en collaborant pour le booking de Romano Nervoso. "Une fois, j'avais envie de 'tarter la gueule' à Roméo Elvis", se rappelle le sanguin, racontant comment Pierre a arrangé les choses. L'idée était de prendre une simple photo avec le rappeur, en marge d'un concert où ils jouaient tous les deux, pour l'envoyer à son père, le chanteur Marka, que Giacomo connaît depuis longtemps. La demande de selfie est mal passée auprès de Roméo, qui était en train de manger. "Je croyais qu'il rigolait, mais je vois qu'il est sérieux et regarde son 'crew' en mode 'gangsta', je me demandais ce qu'il voulait", continue le Louviérois, confessant sa "montée de nerfs". Pierre a alors calmé le jeu et amadoué la star montante souvent sollicitée, si bien qu'un peu plus tard, Roméo Elvis était même trop amical au goût du rockeur, qui ne voulait pas non plus passer pour une groupie en quête désespérée d'une photo. "Je lui ai dit : 'Pierre, tu ne me fais plus jamais un coup pareil'", en rit-il encore. "C'était Pierre : il ne voulait aucune embrouille. Quand je m'énervais pour des conditions qui n'allaient pas dans les concerts, c'était toujours lui qui était là pour un peu calmer. C'était le mec qui ne faisait aucune embrouille avec personne et il avait totalement raison", se souvient Romano.

Le sauveur de Sharko déculotté

"Au mois de juillet (mois du décès de Pierre Van Braekel, ndlr), j'étais très fort dans mes souvenirs. J'en ai plein. Plein aussi qui ne sont pas spécialement rattachés à la musique", s'émeut David Bartholomé. "J'en ai un lié à un concert à Londres. Pierre était venu avec nous parce qu'il y avait des prospects pour des tourneurs anglais qui venaient au concert. À cette époque-là, je faisais une espèce de strip-tease un peu rock'n'roll où je me retrouvais en slip. Pendant que je chantais, pendant le strip-tease, j'ai jeté mon pantalon. Un gars l'a pris et est parti du club où on jouait", conte Sharko. Comme il n'avait qu'un seul pantalon, le pitre en petite tenue songeait déjà à la fin de soirée difficile et au retour impossible en Shuttle du lendemain matin. Pierre étant près de la scène, le chanteur l'a missionné pour courir récupérer le vêtement. "Pierre est parti hors du club, je ne l'ai pas vu pendant un long moment. Puis, à la fin du concert, je le revois. Et je savais qu'il n'était pas très bon pour parler anglais. Un très bon néerlandais, oui, mais pas l'anglais. Je me suis demandé : 'Mais comment a-t-il fait pour lui expliquer et récupérer mon pantalon ?' Pierre m'a dit qu'il courait dans la rue et qu'il a crié : 'The jeans of my singer !' Ça m'a fait rire", s'amuse David.

Une vision qui avait changé

Selon Antoine Wielemans, la vision et le fonctionnement de Pierre Van Braekel ont été bousculés par la pandémie de Covid et la mise à l'arrêt des concerts. "Il m'a dit qu'il n'avait plus envie d'essayer de signer absolument le gros 'next big thing'. En fait, il avait un âge où il pensait que son but, c'était de trouver des artistes qui le touchaient vraiment. Juste trouver un truc qui l'intéressait fondamentalement, puis d'œuvrer au développement. Accompagner quelqu'un dans tous les aspects, à partir du point zéro, comme il a fait avec nous, quelqu'un qui a juste enregistré quatre chansons dans sa chambre et qui n'a encore conscience de rien. Même à très petite échelle. Trouver des gens qui pourraient profiter de ses services d'accompagnement et de développement. Retourner à quelque chose de simple et local", dévoile son poulain.

Un remplacement difficile qui attendra

Girls In Hawaii est lancé sur l'écriture d'un nouveau disque, sans toutefois tirer de plans sur la comète. Des concerts quasiment en mode "best of", sans actualité fraîche, en sortie du confinement, ont permis à la bande de "redémarrer" et de partager une certaine énergie. "On a repris confiance en nous et conscience que le groupe continuait à intéresser beaucoup de gens", rapporte Antoine, pointant là un plaisir sans pression. Son expérience solo lui a permis de vivre quelque chose de différent et lui a en outre donné l'envie de retrouver le groupe et sa dynamique. "C'est une période particulière, pour nous. Apprendre à bosser sans Pierre, apprendre à être là-dedans sans lui, c'est complètement étrange comme période. Pendant les vacances, ça restait fort abstrait, parce qu'on avait l'habitude de faire une trêve. Mais là, à la rentrée, ne pas avoir Pierre derrière nous, ne pas voir ses mails, on n'a plus trop de management. On est de nouveau, pour la première fois, 'entre nous'. Ne pas avoir le 'papa Pierre' qui nous appelle tous les deux jours pour savoir si on avance, ça va changer beaucoup de choses. Je pense vraiment qu'on va se rendre compte petit à petit, sur la longueur, de son absence, de tous ces moments clés où il était là et où il était important", conclut-il, avouant qu'il est beaucoup trop tôt à ce stade pour assumer l'idée de remplacer leur complice de l'ombre.

Outre les 45 minutes de concert de Girls In Hawaii, se produiront aussi An Pierlé, Antoine Hénaut, Jawhar, Romano Nervoso et Sharko, enchaînant eux de courtes performances d'un quart d'heure.
Outre les 45 minutes de concert de Girls In Hawaii, se produiront aussi An Pierlé, Antoine Hénaut, Jawhar, Romano Nervoso et Sharko, enchaînant eux de courtes performances d'un quart d'heure. Simon Vanrie
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