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Santé & Bien-être

Les femmes belges sont les plus impactées dans leur quotidien par des problèmes de santé, notamment menstruelle

Les femmes belges sont les plus impactées dans leur quotidien par des problèmes de santé, notamment menstruelle
25 janv. 2022 à 18:24 - mise à jour 25 janv. 2022 à 21:494 min
Par Johanne Montay et Lisa Rouby

Comment se portent la santé et le bien-être des femmes en Belgique ? Le "Hologic Global Women’s Health Index", la plus grande étude sur la thématique, vient de livrer ses résultats. 116 pays ont été sondés, parmi lesquels le nôtre, à propos de la santé globale de la gent féminine : maternité, traitements, soins, ou encore violence domestique.

En Belgique, 1005 Belges de 15 ans et plus ont été interrogés. Il n’y avait pas que des femmes (511) ; 494 hommes également, entre le 19 août et le 19 septembre 2020.

Une conférence pour débattre sur les résultats du rapport est organisée le mercredi 26 janvier à Bruxelles.

Où en sont les femmes belges ?

Si la Belgique fait plutôt figure de bonne élève en matière de prévention, il y a en revanche de nombreuses femmes impactées dans leurs vies quotidiennes par des problèmes de santé. On fait aussi face à une hausse des maladies chroniques, ce qui s’annonce comme l’un des challenges que le système de santé belge devra relever.

En Belgique, la plupart des décès sont causés par le cancer, les maladies neurovasculaires et cardiaques, et enfin la démence. Toutes ces maladies sont influencées par d’autres facteurs tels que l’asthme ou le diabète, dont l’apparition varie fortement selon des indices socio-économiques tels que l’éducation ou les revenus. Le risque associé au diabète ou à l’asthme est plus élevé lorsqu’il est associé à d’autres éléments tels que l’obésité, ou le tabac, que l’on retrouve davantage dans les classes socio-économiques les moins élevées.

Notre pays fait figure d’exception, puisqu’il fait partie des pays parmi lesquels les femmes sont le plus handicapées dans leur vie quotidienne en raison de problèmes de santé. 16% des 15-39 ans, 21% des 40-59 ans, et enfin 35% des femmes de plus de 60 ans sont concernées. S’il est logique de voir sa mobilité réduite en raison de divers problèmes de santé liés à l’âge, les chiffres restent quand même assez significatifs, notamment chez les femmes plus jeunes.

L’un des points qui pourrait expliquer ces chiffres, et sur lequel le rapport insiste fortement : la santé menstruelle. En effet, ce domaine a besoin de beaucoup plus d’attention et de sensibilisation.

Zoom sur la santé menstruelle

C’est tout ce qui est relié de près ou de loin au cycle menstruel des femmes. La précarité menstruelle par exemple, avec la nécessité à un accès facile et abordable aux protections hygiéniques. Les infections urogénitales (mycoses, vaginoses, infections urinaires, etc.), qui sont souvent difficiles à soigner, notamment pour les personnes les plus vulnérables. Mais il existe aussi des phénomènes encore très peu connus des médecins eux-mêmes tels que le syndrome du choc toxique, le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), ou encore la gestion de la douleur.

L’une des principales maladies liées à la santé menstruelle, et qui sort peu à peu de l’ombre ces derniers temps : l’endométriose.

Des étagères remplies de protections sanitaires.
Des étagères remplies de protections sanitaires. AFP et Belga

L’endométriose, c’est quoi ?

Cette maladie, c’est une partie clé du mal-être des femmes en Belgique selon Hologic, qui a publié le rapport. Laura Lequeu, fondatrice du site "Toi, mon endo", et d’une asbl destinée à soutenir les jeunes filles atteintes par la maladie, a été invitée à s’exprimer durant la conférence qui se tiendra demain.

Elle explique la maladie sur son site : "Tout au long du cycle menstruel (un cycle menstruel commence le premier jour des règles et se termine le premier jour des règles suivantes), l’endomètre (tissu qui tapisse la paroi interne de l’utérus) s’épaissit afin d’accueillir un éventuel embryon. Si en fin de cycle, il n’y a pas eu de fécondation, alors, l’endomètre se désagrège naturellement par le biais de saignements". Or, l’endométriose se caractérise par la présence de cet endomètre en dehors de l’utérus, où il est supposé être. Cela crée donc "des foyers d’endométriose", très douloureux.

L’endométriose est également la première cause d’infertilité chez les femmes.

Quatrième édition de la marche mondiale contre l’endométriose, le 25 mars 2017 à Paris.
Quatrième édition de la marche mondiale contre l’endométriose, le 25 mars 2017 à Paris. AFP et Belga

Emilie Fenaille, présidente de l’ASBL Endométriose Belgique, explique que les femmes atteintes d’endométriose font face à de nombreux défis au quotidien. "La gestion de la douleur tout en devant continuer à gérer leur quotidien, l’incompréhension des proches, des collègues, ou même de certains soignants, l’attente d’un diagnostic ou d’un suivi et d’un traitement adéquat, le regard qu’elles peuvent porter sur leur propre corps suite aux nombreuses modifications subies par les maladies et ces traitements chirurgicaux et hormonaux… C’est un vrai combat quotidien".

Toutefois, des solutions sont possibles pour mieux vivre avec la maladie, à commencer par faire attention à son alimentation, mais aussi à travers le yoga, l’huile de CBD, ou encore des appareils d’électrostimulation, qui sont "d’une grande aide pour certaines douleurs".

"Il faut parfois simplement ne pas hésiter à aller voir son spécialiste afin de discuter des solutions les plus adéquates en matière de traitement (ou trouver un spécialiste un avec qui on est en accord si ça n’est pas encore le cas)".

Il faut une meilleure information et sensibilisation auprès des médecins et du personnel soignant

De la part de l’État belge, Emilie Fenaille espère bientôt une meilleure reconnaissance de la maladie, "surtout en ce qui concerne les remboursements des nombreux soins reçus".

Mais elle désire également "une meilleure information et sensibilisation auprès des médecins et du personnel soignant (hôpitaux, services d’urgence, médecins traitants, médecine du travail) car les prises en charge sont parfois catastrophiques et peuvent faire des dégâts autant physiques que psychologiques".

Une vie "dans la douleur"

Christine (prénom d’emprunt) est atteinte d’endométriose depuis sa jeunesse. Aujourd’hui âgée d’une quarantaine d’années, elle fait partie de ces 21% de femmes qui ont entre 40 et 59 ans, et qui sont handicapées dans leur vie quotidienne en raison de problèmes de santé. Diagnostiquée il y a seulement quelques années, elle avoue : "Je dois gérer ma vie dans la douleur".

La douleur provoque parfois des vomissements, des convulsions

 

Toute sa vie est impactée. "Les relations sociales c’est très compliqué. On dépend de la douleur et si j’ai trop mal je ne vais pas bouger. Ou peut-être que je vais bouger et que je vais faire une crise et vouloir rentrer. J’adore voyager, mais il faut toujours réserver en last minute en fait. Il faut tout planifier en fonction du cycle et de l’endométriose" se désole-t-elle.

Souvent, elle est esclave de la maladie : "la douleur provoque parfois des vomissements, des convulsions".

En attendant, Christine espère voir le gouvernement belge réagir : "il faut débloquer des centaines de milliers d’euros pour la recherche, quand on voit le nombre de femmes atteintes".

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