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Les étranges affaires de l’Église: " Ils cuisinent, lavent et repassent. Qui veut héberger un sans-papiers ? "

08 déc. 2021 à 05:00 - mise à jour 08 déc. 2021 à 15:56Temps de lecture13 min
Par Emmanuel Morimont, David Leloup, Thierry Denoël (Vif), Marieke Brugnera et Ruben Brugnera (Knack)

L’Église catholique belge soutient-elle vraiment les plus démunis ? Une enquête du Vif, de Knack et du magazine #Investigation a mis au jour des pratiques pour le moins peu catholiques voire illégales au sein d’une association de lutte contre la pauvreté – l’Asbl Rafaël – dans laquelle l’Église et ses plus hautes sphères sont impliquées : conflits d’intérêts, abus de biens sociaux, exploitation économique… On découvre une Église qui finance l’achat de la maison de la directrice de l’asbl en pleine instance de divorce, puis une Église qui se fait offrir par l’asbl un bâtiment de plus de trois millions d’euros.

La genèse

Réginald Rahoens, le Père fondateur de l’asbl Rafaël.
Réginald Rahoens, le Père fondateur de l’asbl Rafaël. © Tous droits réservés

L’asbl Rafaël est l’œuvre de Réginald Rahoens. En novembre 1996, ce Père réussit un coup de génie. Il parvient à convaincre la Congrégation des Sœurs hospitalières du Très Saint Sauveur de lui céder un énorme bâtiment pour un prix dérisoire. C’est l’ancienne clinique Saint-Anne. Un immeuble de plus de 10 000m² au cœur d’Anderlecht.

Les Sœurs sont séduites par son projet. Dans leur délibération de donation, elles mentionnent l’objet social de son association à savoir "l’accueil et l’intégration des personnes migrantes et la population fragilisée et démunie". Il est clairement stipulé que la donation est faite dans un but social et chrétien. Le bâtiment ne pourra être revendu sans leur accord pendant 15 ans. De quoi donner une assise forte au projet du Père Rahoens.

Un cocon sûr pour des personnes vulnérables

Le centre Rafaël était un cocon sûr, en plein centre de la capitale, pour des personnes très vulnérables, " des jeunes, des mères célibataires, des familles avec enfants, des personnes âgées, des handicapés et des malades chroniques…, bref un mélange bigarré de personnes d’ethnies et de religions différentes", se souvient Mieke Vrints, une théologienne qui a travaillé avec l’asbl et a vu le projet grandir jusqu’à compter 300 résidents. Ces derniers ne payaient pas de loyer, mais une " contribution " pour les services communs et l’entretien. En 2017, l’asbl Rafaël a perçu 339.296 euros de contributions, soit – en comptant 300 résidents – une moyenne de 94 euros par mois par personne. Un tarif imbattable.

L’exode

Si notre fondateur pouvait voir ce qui est arrivé, il se retournerait dans sa tombe. " Marc Desmet, 67 ans, est furax. En 1995, ce Courtraisien a décidé de consacrer sa vie au projet Rafaël lancé par le prêtre Reginald Rahoens.

Aujourd’hui, il ne reste rien du projet initial : le site – actuellement en chantier – est désert. " Tout le monde a dû partir ", regrette Marc Desmet qui, en échange de son engagement auprès des démunis, était logé et nourri par Rafaël. L’Église va désormais aménager 52 logements sociaux ici. Le bâtiment doit s’autofinancer. Et pour cela, les plus pauvres des pauvres – ceux sans revenus n’ayant nulle part où aller – n’y auront plus leur place.

Ils nous ont laissé pourrir ici avec le bâtiment

 

Il est indéniable qu’une profonde rénovation du bâtiment de l’ex-clinique Sainte-Anne était nécessaire. Lorsque deux inspecteurs de l’urbanisme se sont rendus sur le site le 20 décembre 2016, ils ont constaté une violation flagrante des règles d’urbanisme bruxelloises dans l’ancien hôpital. Le nombre de logements créés dans l’énorme bâtiment était bien supérieur à celui qui avait été approuvé en 2004. Les problèmes d’urbanisme et de surpopulation remontent à l’époque de Rahoens, mais les habitants indiquent que sous Cosijns, la misère a augmenté. " Depuis qu’il est devenu président de l’asbl, il n’y a presque plus d’argent pour les réparations ", regrette Marc Desmet. Lors d’une visite des lieux, il nous montre des locaux moisis et des gouttières cassées. " Nous vivons ici dans la misère depuis dix ans. Plusieurs personnes sont tombées malades. Quelqu’un a même eu une infection fongique dans le sang. Ils nous ont laissé pourrir ici avec le bâtiment. "

En juin 2017, poussé dans le dos par la commune, le conseil d’administration opte pour une rénovation totale du bâtiment : 52 logements sociaux devront occuper la moitié du bâtiment. Le reste abritera un centre paroissial, une crèche, une banque alimentaire et un restaurant social. Cette rénovation – un chantier de 10 millions d’euros – est chapeautée par le projet Bethléem. Les 300 résidents devront quitter les lieux pour de bon. Et s’ils veulent réintégrer le bâtiment après travaux, ils devront payer un loyer. Bref, le centre Rafaël qui offre gratuitement un toit aux plus démunis tel que mis en place par le père Rahoens, c’est fini.

Pour les résidents, cette décision du CA est un coup de massue. " Le sol s’est dérobé sous mes pieds ", raconte un ancien habitant. " Nous ne pouvions plus dormir la nuit. Cet endroit nous a sauvés de la rue et maintenant ils veulent nous remettre à la rue ? ", s’indigne un autre résident.

Maintenant, ils prennent leur vie en main

Nous n’avons jeté personne à la rue ", rétorque Marie-Françoise Boveroulle. " Nous avons patiemment essayé, pendant 30 mois, de trouver un nouveau logement pour tous les résidents. " Même justification de Mgr Cosijns : " Nous avons mis ces personnes face à leurs responsabilités. Ils ont dû chercher pendant les trois dernières années et la majorité d’entre eux ont trouvé un endroit où il fait bon vivre. Maintenant, ils prennent leur vie en main. " Pour cela, Boveroulle a lancé plusieurs initiatives : " Avec la commune et l’association des locataires, nous avons mis en place un groupe de travail afin de trouver des solutions pour reloger les résidents. D’avril 2019 à septembre 2020, le service social de Cureghem a tenu des permanences dans le centre tous les jeudis matin. "

Des sans-papiers utiles

En juin 2020, il restait une centaine de personnes sur le site, dont une trentaine de sans-papiers. Pour reloger les personnes disposant d’un revenu, Boveroulle a lancé des appels via cathobel.be et dans la presse. Pour les sans-papiers, elle a posté des petites annonces. " Je cherche des habitats groupés qui seraient intéressés d’accueillir l’une ou l’autre personne sans papier ", sans quoi " ces personnes finiront dans la rue ", écrit-elle en juin 2020 sur un site spécialisé. Puis, dans une tirade qui suscite un certain malaise, elle souligne les avantages de la prise en charge d’un sans-papier : " Outre la qualité humaine de ces personnes, elles peuvent être aussi très utiles et peuvent s’occuper d’une personne âgée/malade, faire le ménage, travailler dans le jardin, faire les courses, cuisiner, faire de la blanchisserie (repassage ou autres), s’occuper d’animaux… "

Interrogée sur ce qui ressemble à une proposition de travail au noir en échange d’un toit, Marie-Françoise Boveroulle nous répond de manière surprenante : " Vous savez très bien qu’il y a des métiers en pénurie. " Puis elle nuance que plusieurs sans-papiers auraient " eux-mêmes proposé cela " pour augmenter les chances que des personnes privées acceptent de les héberger, " mais ça n’a jamais abouti "…

Le péché originel : le conflit d’intérêts

Potentiel conflit d'intérêts

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Le généreux projet du père Rahoens a-t-il été vidé de sa substance par les plus hautes instances de l’Église ? Comment en est-on arrivé là ? Pour comprendre, il faut remonter en 2010. Le père Rahoens, alors en phase terminale d’un cancer, veut s’assurer que l’Eglise poursuive l’œuvre de sa vie. Quand il décède, en juillet 2011, c’est Mgr Herman Cosijns qui reprend la présidence de l’asbl. Ce dernier vient tout juste d’être nommé secrétaire général de la Conférence épiscopale, la principale assemblée des évêques de l’Église catholique de Belgique, présidée alors par Mgr Léonard et, depuis fin 2015, par son successeur le Cardinal Jozef De Kesel.

Mgr Cosijns est aussi actif depuis 2008 au sein du Projet Bethléem qui vise à transformer des biens d’église en logements sociaux. Ce projet, lancé en 2006 par le Cardinal Danneels (prédécesseur de Mgr Léonard), a permis de créer 75 habitations dont la gestion est confiée à des agences immobilières sociales. Ces dernières perçoivent les loyers et en rétrocèdent une large proportion à l’Eglise. Au total, 700 personnes à revenus faibles ou moyens ont trouvé un toit grâce au projet Bethléem.

Avec l’arrivée de Mgr Cosijns, l’Église va progressivement prendre du poids au sein du conseil d’administration de Rafaël. En 2016, Marie-Françoise Boveroulle, coordinatrice du projet Bethléem, devient secrétaire de l’asbl.

Sous la présidence de Mgr Cosijns, l’asbl va connaître un déclin financier. Quand il en prend les rênes en 2011, elle affiche des fonds propres positifs de 161.000 euros. C’est la richesse nette de l’association. En 2019, huit ans plus tard, les fonds propres de Rafaël sont en négatif de 280.000 euros…

Aujourd’hui, l’asbl n’est plus qu’une coquille vide endettée depuis que son principal actif – l’ex-clinique Sainte-Anne estimée à 3,1 millions d’euros – a été gracieusement cédé à l’Eglise le 23 avril 2021. L’acte notarié est signé de la main d’Herman Cosijns et le bénéficiaire n’est autre que l’Archevêché Malines-Bruxelles. Ce dernier est représenté par Patrick du Bois de Bounam de Ryckholt, son administrateur délégué, connu pour avoir défrayé la chronique lors de la faillite de la Sabena.

On n’a pas l’argent pour rénover

Pourquoi ce cadeau de plus de trois millions à l’archevêché de Malines-Bruxelles ? " Parce qu’on n’a pas l’argent pour rénover, se défend Herman Cosijns, le président de Rafaël. Il faut l’emprunter. Et pour pouvoir faire un emprunt à la banque, il faut une garantie et il faut pouvoir s’appuyer sur un partenaire plus fort, comme l’archevêché. "

Possible, mais, derrière ce magnifique cadeau, se cache néanmoins un énorme conflit d’intérêts. Mgr Cosijns est secrétaire général de la Conférence épiscopale présidée par Mgr De Kesel, numéro un de l’archevêché de Malines-Bruxelles qui reçoit le bâtiment. Au final, c’est un peu comme si Cosijns avait donné l’immeuble à l’organisation de son chef. Et pour pimenter le tout, dans le projet Bethléem qui chapeaute l’opération, on retrouve parmi les administrateurs les deux signataires de l’acte notarié : Patrick du Bois et Herman Cosijns… Ce dernier réfute tout conflit d’intérêts : " Je ne suis pas dans l’archevêché et aucun membre de Rafaël ne fait partie de l’archevêché. " Aujourd’hui, c’est vrai. Mais, au début de son mandat de président de Rafaël, Herman Cosijns était encore membre de l’assemblée générale de l’Archevêché (jusqu’en mai 2012). C’est surtout au niveau de Bethléem et de la Conférence épiscopale que les liens d’intérêts se trouvent.

Pour Stéphane Rixhon, professeur de droit public et avocat associé au cabinet Oak Law, " on constate qu’il y a des liens et donc on peut considérer qu’il y a conflit d’intérêts ". Ils auraient dû à tout le moins signaler qu’il y avait ce problème potentiel ou effectif de conflit d’intérêts, le faire inscrire au procès-verbal, se déporter pour les délibérations et se déporter pour le vote. Le problème étant que la valeur de l’immeuble est très importante par rapport au patrimoine de l’asbl, donc il y a un réel appauvrissement de celle-ci.

Le chemin de croix

Un sans-papiers du centre Rafaël
Un sans-papiers du centre Rafaël RTBF

Le changement de philosophie chez Rafaël par rapport au projet initial s’est également fait ressentir lorsque le conseil d’administration, sous la houlette d’Herman Cosijns, a nommé une nouvelle directrice en juin 2017 : Anne Idago, une ancienne résidente. Elle a remplacé le prêtre congolais Charles Mbu.

 

Le prêtre Mbu lui avait demandé s’il voulait aider la banque alimentaire pendant son temps libre. " Le travail était léger et, lorsque je n’étais pas disponible, ce n’était pas du tout un souci ", raconte encore David qui ajoute : " Lorsque Anne Idago est devenue la nouvelle directrice, tout a changé. "

 

Nous travaillons comme des ânes

 

Alors que, sous le prêtre Mbu, ils travaillaient trois jours par semaine de 8h30 à 12h, sous Idago, huit " volontaires " – principalement des sans-papiers pris en charge gratuitement par Rafaël parce qu’ils n’avaient aucun revenu – devaient, selon David, travailler du lundi au vendredi, de 6h30 à 15h, " sans pause de midi. "

C’était un travail difficile ", renchérit son collègue Isaac (prénom d’emprunt). Ils disent avoir dû porter et charger des casiers, trier la nourriture, remplir les réfrigérateurs et distribuer les colis. " Nous travaillions comme des ânes, sans jamais de vacances. Même le week-end, vous pouviez être appelé pour un travail. Nous n’osions pas protester, précise Isaac. Tout le monde avait peur d’être expulsé du centre. " Selon David et Isaac, les menaces étaient claires. Ces " bénévoles " de la banque alimentaire devaient aussi parfois travailler à l’extérieur du centre : " Un jour, on a même dû faire le déménagement des parents d’Anne ", raconte Isaac. En juin 2019, des " bénévoles " de Rafaël sont allés récupérer, pendant trois jours, des meubles de l’ambassade d’Islande, qui déménageait. Un assistant de l’ambassadeur nous l’a confirmé.

C’est du travail illégal

Lorsque des personnes dans une position aussi précaire doivent travailler à plein temps sous la menace d’être jetées à la rue si elles refusent, il s’agit d’exploitation ", déclare Jan Knockaert de Fairwork Belgium, une organisation qui défend les droits des travailleurs sans papiers. Nous lui avons fait écouter les témoignages de David et Isaac. Il est formel : " S’ils disent vrai, il ne s’agit plus de bénévolat. C’est du travail illégal. Car même s’ils ne touchent pas un centime, si leur logement est lié au travail, il faut considérer cela comme une relation de travail. Du coup, toute la législation du travail s’applique – y compris aux personnes sans papiers –, comme le salaire minimum, les pauses, les congés légaux, les assurances… "

Le fruit défendu

Anne Idago est bien sous-agent d’assurances et a fait signer des polices obsèques à des sans-papiers.
Anne Idago est bien sous-agent d’assurances et a fait signer des polices obsèques à des sans-papiers. RTBF

Mais ce n’est pas tout. David nous apprend aussi qu’il dispose d’une assurance obsèques couvrant le prix de ses funérailles en cas de décès. Une assurance obsèques ? " Oui, Anne nous a fait signer un contrat. D’autres résidents ont fait de même", affirme-t-il. Contacté avec l’autorisation du sans-papiers, l’assureur Dela confirme : " Une police a été souscrite en 2017 pour 10.000 euros. " David aurait juste effectué trois dépôts de 98 euros et un de 49 euros Le jeune homme tombe des nues : " Je n’ai jamais fait le moindre paiement ", assure-t-il. Qui a payé, alors ? Et d’où vient l’argent ? Mystère : les paiements ont été effectués en liquide à un guichet bpost banque…

Nous avons obtenu une copie du contrat de David. Il est bien signé par Anne Idago qui, depuis août 2017, est enregistrée en tant que " sous-agent d’assurances " auprès de l’Autorité des services et marchés financiers (FSMA). Elle a donc touché une commission sur ce contrat. Après vérifications internes, l’assureur a identifié 20 polices d’assurance obsèques souscrites à l’adresse du Centre Rafaël, dont 14 ont été annulées et 6 sont toujours en cours. " Au total, Anne Idago aura perçu entre 5.683 et 7.418 euros de commissions sur ces 20 polices ", indique Marysia Kluppels, porte-parole de Dela (certaines sont encore sous la responsabilité d’Anne Idago et en cas d’arrêt des paiements, la commission sera récupérée par Dela). " Nous prenons cette affaire très au sérieux et avons lancé une enquête interne, poursuit la porte-parole. S’il s’avère qu’il y a vraiment un conflit d’intérêts, nous n’hésiterons pas à prendre les mesures juridiques nécessaires. " Pour Jan Knockaert, qu’un sans-papier souscrive une telle assurance est surréaliste : " Ces gens n’ont pas d’argent pour s’acheter à manger, mais ils dépenseraient 50 euros par mois pour une assurance obsèques ? ".

Quand l’Eglise finance un divorce

Marie-Françoise Boveroulle et Herman Cosijns siègent dans le conseil d’administration de Rafaël et celui de l’Eglise.
Marie-Françoise Boveroulle et Herman Cosijns siègent dans le conseil d’administration de Rafaël et celui de l’Eglise. RTBF

Il y a mieux encore… Lorsque nous interrogeons Mgr Cosijns sur un mystérieux poste de dépenses dans les comptes de Rafaël, il admet, après un long silence, que l’asbl a accordé, en 2019, au moment où les résidents doivent quitter le centre, un prêt de plus de 125.000 euros à sa directrice Anne Idago pour financer son… divorce. Rien que ça. Cosijns explique qu’il s’agit là d’un acte de charité : " Elle a cinq enfants et risquait d’être expulsée de sa maison par la banque. " Aurait-il utilisé l’argent des pauvres pour aider une amie ? " Non, le montant a été avancé par l’archevêché de Malines-Bruxelles ", lâche Cosijns.

Le grand financier de l’Eglise, Patrick du Bois de Bounam de Ryckholt, nous le confirme : c’est un " prêt de soudure " à une " personne extrêmement dévouée ", laquelle rembourse le prêt avec régularité. Ce qui interpelle tout de même, c’est le montant du prêt accordé, qui représente les trois-quarts des ressources de l’association. Anne Idago a refusé de nous rencontrer pour s’expliquer sur tous ces éléments. Elle s’est contentée de préciser, par mail, que le prêt de l’ASBL Rafaël lui a permis d’éviter la vente publique de sa maison.

Au-delà de tous ces petits arrangements entre amis et de ces abus de pouvoir présumés, " ce qui est arrivé au projet Rafaël est vraiment triste car de tels lieux font cruellement défaut à Bruxelles ", conclut la théologienne Mieke Vrindts. " De nombreuses familles avec enfants doivent attendre des années pour obtenir leur permis de séjour et n’ont souvent aucun endroit où aller. "

Selon elle, l’Église devrait jouer un rôle de pionnier moral et se demander toujours où sont les plus grands besoins. " Le logement social est certes très important. Mais pour offrir ce service, l’Église sacrifie ici un projet social encore plus urgent et pas encore organisé par les pouvoirs publics… "


Enquête à voir ce mercredi 8 décembre dès 20h20 sur la Une – RTBF dans l’émission #Investigation. Le deuxième volet de l'enquête concernera l'asbl Poverello. Un travail réalisé en collaboration avec Le Vif et de Knack. Un projet soutenu par le Fonds pour le Journalisme et le Fonds Pascal Decroos.


 

La réaction de Mgr Herman Cosijns à l’enquête.

Mgr Cosijns (asbl Rafaël) : " Nous n’avions pas d’autre choix… "

Le point de vue [des journalistes] sur le fonctionnement de l’asbl Rafaël ne correspond pas du tout à la réalité. Nous nous opposons formellement à ce reportage tendancieux avec des contre-vérités, qui veut délibérément présenter Rafaël sous un mauvais jour.

Comme cela a été souligné à plusieurs reprises, il n’a pas été question de travail forcé. Des résidents et des non-résidents ont parfois prêté main-forte, mais toujours et exclusivement sur une base volontaire, par exemple pour la distribution de nourriture (trois fois par semaine) et pour la collecte de meubles donnés à Rafaël par l’ambassade d’Islande.

Nous comprenons que certains résidents aient été désillusionnés et déçus par l’option de rénovation, mais nous n’avions pas d’autre choix en raison de la décision de la commune d’Anderlecht.

Il est totalement faux de dire que Mme Idago a fait pression sur les résidents pour qu’ils souscrivent une assurance obsèques.

L’Eglise veut être un signe d’espérance et de respect de la dignité de chaque personne, comme c’est le cas aujourd’hui au Béguinage de Bruxelles dans la prise en charge des personnes sans papiers.


UPDATE : 18h15 08/12

Ce mercredi 8 décembre, Herman Cosijns a réagi à nouveau vivement au contenu des révélations de l'enquête collaborative. Il affirme qu'il s'agit d'un "tissu de mensonges". Pourtant, dans le respect du contradictoire, chacune de ses positions ont été relayées dans le corps de cet article. Il tient enfin à préciser que "ce centre comprendra également une dizaine de logements pour hébergement d'urgence ou pour situation de transit... L'objectif social est donc maintenu, même si la structure de cet objectif social est différente".

 

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