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Economie

Les Etats-Unis augmentent leurs taux directeurs. La banque centrale européenne va-t-elle faire de même ?

Le marché matinal

La réserve fédérale américains lance un nouveau cycle de hausse des taux d’intérêt ?

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27 janv. 2022 à 08:383 min
Par Marie-Laure Mathot avec Michel Gassée

La Réserve fédérale américaine l’a annoncé hier soir, elle va commencer à remonter ses taux directeurs, mais ce sera en mars. Elle confirme donc le virage marqué de sa politique monétaire. Le moment est opportun, dit-elle, parce que l’inflation s’est durablement installée aux États-Unis, 7% sur un an, c’est encore plus qu’en Europe, et que le marché de l’emploi américain est suffisamment solide pour, entre guillemets, encaisser une hausse des taux, voire plusieurs.

Chez nous, est-ce qu’il faut s’attendre à ce que la Banque centrale européenne décide elle aussi de remonter ses taux d’intérêt ? Vu le contexte économique, qui n’est pas très différent en Europe de ce qu’il est aux États-Unis et vu l’inflation autour de 5,5%, la BCE devrait en théorie envisager très sérieusement de remonter elle aussi ses taux d’intérêt… mais elle risque de ne pas le faire.

C’est bien ce qui inquiète Sylviane Delcuve, économiste senior chez BNP Paribas Fortis. "Ma crainte aujourd’hui, c’est que la Banque centrale européenne n’ait une autre analyse que la Fed. On entend bien aujourd’hui aux États-Unis que la priorité est de réduire le taux d’inflation, alors qu’on entend bien, dans les paroles de Christine Lagarde à la BCE, qu’elle est convaincue que l’inflation sera temporaire. On verra, je n’en sais rien non plus."

Comment vendre une hausse des taux d’intérêt quand l’économie est en train de ralentir ?

"Mais par contre, elle va probablement vite être confrontée aux signaux de ralentissement de l’économie européenne. Et là, comment vendre une hausse des taux d’intérêt quand l’économie est en train de se ralentir, parce que l’économie européenne est frappée de plein fouet par le variant Omicron, qui crée énormément d’absences dans les entreprises ? C’est donc en train de frapper l’économie au niveau de l’industrie et au niveau des services. Et ça, c’est un peu ma crainte."

Pour relancer ou favoriser la relance de l’économie quand il y a un ralentissement de la croissance, la baisse des taux d’intérêt directeurs est en effet un des outils utilisés classiquement.

"Normalement, au départ, c’est ça le rôle d’une banque centrale, confirme Sylviane Delcuve. C’est de monter les taux d’intérêt quand on veut freiner l’économie ou quand on veut freiner l’inflation. Et quand les vents tournent et que l’économie a besoin d’un coup de pouce, c’est très bien de pouvoir donner un petit effet de levier en diminuant les taux d’intérêt. Le problème, c’est que quand vous n’avez pas de marge de manœuvre, quand ils sont à zéro, et on l’a bien vu en Europe, on a vécu quelque temps avec des taux d’intérêt négatifs, c’est extrêmement compliqué et ça ne marche pas."

Et on est toujours avec ces taux d’intérêt au plancher. Peut-être l’Europe est-elle en train de commettre la même erreur qu’en 2015-2016. À l’époque, la BCE n’avait pas réussi à remonter ses taux directeurs alors que la Réserve fédérale américaine, elle, avait profité de la bonne santé de l’économie américaine pour remonter les siens une dizaine de fois en quelques années.

"La Banque centrale européenne n’est jamais parvenue à faire le même genre de choses parce que chaque fois que le patron de la Banque centrale européenne voulait parler d’une remontée des taux d’intérêt, parce que l’Europe était aussi en train de se porter mieux à ce moment-là, il se passait quelque chose qui faisait qu’on n’y arrivait pas", explique Sylviane Delcuve.

On n’avait pas d’autre moyen que de directement faire tourner la planche à billets."

"Soit il y avait un mauvais chiffre économique, soit il y avait quelque chose qui faisait qu’on n’y arrivait pas. Et donc, en fin de compte, là où les États-Unis ont été capables de se créer 2,5% de marge de manœuvre à ce moment-là, l’Europe est restée avec un taux directeur à 0 et on est arrivé jusqu’à l’époque du Covid avec un taux d’intérêt à zéro. Et donc, quand la crise du Covid est arrivée, on n’avait pas d’autre moyen que de directement faire tourner la planche à billets."

Il est vrai que les taux bas ne sont pas mauvais pour tout le monde. Les emprunteurs, ceux qui financent l’achat d’un bien immobilier avec un crédit hypothécaire sont ravis, et les États qui sont surendettés, en Europe pour la plupart, sont ravis aussi. La question étant évidemment de savoir jusqu’à quand la BCE pourra se permettre de garder ses taux directeurs au plancher sans susciter une réaction éventuelle brutale des marchés financiers, qui pourraient décider de faire exploser les taux à long terme pour les pays les plus faibles de la zone euro.

C’est le cas par exemple de l’Italie ou de la Grèce. Ça pourrait également toucher d’autres pays, peut-être la Belgique, donc il y a quand même une incertitude. Quand la politique monétaire n’est pas très claire et qu’elle est mal perçue par les marchés, ça peut, à un moment ou un autre, vous exploser à la figure, passez-moi l’expression. Et on sait que la Banque centrale américaine, elle, a déjà décidé qu’elle remonterait ses taux, mais en mars. La Banque européenne garde l’incertitude pour le moment ce qui n’est pas très bon.

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