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Les émissions d'azote, le deuxième défi de la Flandre après le Covid

Les émissions d'azote, le deuxième défi de la Flandre après le Covid
10 mars 2021 à 11:57Temps de lecture3 min
Par Joyce Azar

C’est un dossier sensible et épineux : la problématique des émissions d’azote a refait surface au nord du pays. Les débats politiques qui en découleront risquent de s’enflammer, car des mesures urgentes et conséquentes vont devoir être prises.

"Après le coronavirus, la lutte contre les émissions d’azote est le plus grand défi auquel la Flandre doit faire face". C’est ce qu’affirme la ministre flamande de l’Environnement, Zuhal Demir (N-VA).

Si le problème ne date pas d’hier, il est longtemps resté enfoui sous terre. Jusqu’à il y a quelques semaines… Un juge a en effet décidé d’annuler un permis qui avait été octroyé pour l’extension d’un élevage de poules à Kortessem (Limbourg). Ce genre d’annulation n’est pas inhabituelle chez nous, mais le motif avancé constitue, lui, une première en Belgique. Ce motif, c’est la production d’azote qu’une telle extension engendrerait. L’azote, qui provient des déjections des volailles, risque en effet de nuire à une réserve naturelle qui se trouve juste à côté de l’élevage.

Les dangers de l’azote

L’azote en soi n’est pas vraiment nocif, puisque 80% de l’air qu’on respire en est constitué. Mais il peut se transformer en oxyde d’azote, des particules fines qui, comme on le sait, sont mauvaises pour notre santé.

Dans le secteur de l’agriculture, c’est l’ammoniac, un dérivé de l’azote, qui cause un réel souci environnemental, puisqu’il empêche de nombreuses plantes de verdir, ce qui perturbe l’écosystème et engendre une diminution de la biodiversité.

Le problème aussi, c’est que la Flandre est l’une des plus mauvais élèves – si pas la plus mauvaise élève d’Europe – en matière de gestion de l’azote. Pas moins de 80% des zones naturelles du nord du pays en renferment un niveau trop élevé dans leur sol. La région enfreint ainsi la directive européenne de conservation des habitats naturels.

Panique à bord

La situation posait donc déjà souci en Flandre. Et l’arrêt judiciaire rendu fin février vient désormais semer la panique dans différents secteurs, dont celui de l’agriculture. Il constitue en effet un précédent judiciaire qui pour beaucoup ouvre la boîte de Pandore. De très nombreux projets pourraient désormais se voir suspendus en raison de la production d’azote qu’ils engendreraient.

On parle ici d’exploitations agricoles, mais aussi de nouvelles routes ou de nouvelles fabriques.

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé aux Pays-Bas, il y a deux ans, et c’est aussi pour ça qu’aujourd’hui, la Flandre tremble. Un arrêt de justice assez similaire avait été pris chez nos voisins néerlandais, et avait eu un impact énorme. Pas moins de 18.000 projets avaient été privés de permis, ce qui avait mené à une crise politique et à de multiples manifestations des agriculteurs. Et c’est justement ce genre de scénario cauchemardesque que le nord du pays veut aujourd’hui absolument éviter.

Un dossier qui traîne

Si le problème est de longue date, pourquoi la Flandre a-t-elle tant tardé à prendre les choses en main ? La raison est simple : le gouvernement flamand sait que le secteur agricole risque de sérieusement en pâtir, vu qu’il est à lui seul responsable de plus de 60% de la production d’azote en Flandre. Les autorités veulent donc tout faire pour tenter de l’épargner.

Depuis 2014, le gouvernement flamand planche sur une approche programmatique de l’azote. Dans l’attente d’un résultat, l’ancienne ministre de l’Environnement avait établi un règlement temporaire. Mais celui-ci n’a pas été suffisant pour limiter la production d’azote. On en voit d’ailleurs le résultat aujourd’hui.

Quelles mesures pour sortir du pétrin ?

Quelle que soit la politique adoptée, elle sera loin d’être évidente. La problématique confronte en effet prospérité et économie, d’un côté, à la protection environnementale de l’autre.

Pour la ministre de l’Environnement Zuhal Demir, les règles définitives devront être suffisamment fondées scientifiquement, et devront également fournir une sécurité juridique aux entrepreneurs et aux agriculteurs.

La seule certitude aujourd’hui, c’est que personne n’a de solution miracle – d’autant que celle qui serait réellement efficace engendrerait un véritable bain de sang pour le secteur agricole. On avance donc avec des pincettes. Zuhal Demir travaille sur plusieurs scénarios, et promet de présenter des propositions dès cet été. Les discussions qui s’en suivront s’annoncent d’ores et déjà houleuses, et les décisions qui vont devoir être prises risquent de prendre du temps à tomber, et de coûter très cher, aussi bien aux secteurs concernés, qu’au gouvernement flamand.

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