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Les droits des consommateurs européens bafoués par Google ? Le géant du web se défend.

Google est accusé de tromper les consommateurs européens
30 juin 2022 à 05:50 - mise à jour 30 juin 2022 à 10:57Temps de lecture4 min
Par Sandro Calderon

Google est accusé de ne pas respecter les droits de millions de citoyens européens. La charge vient du BEUC, le Bureau européen des unions de consommateurs, qui reproche au géant du web de mettre la main sur les données personnelles des internautes de manière trompeuse, dans son propre intérêt et en ne respectant pas le règlement européen sur la protection des données (RGPD).

Qui n’utilise pas Google ? Chaque jour, nous sommes des millions, des dizaines de millions d’Européens à utiliser l’un ou l’autre des services du géant du web : le moteur de recherche de Googler YouTube, Android, Google Maps. Pour accéder à certains services, comme Google Play Store ou Gmail, il faut d’abord se créer un compte. Et c’est là que les problèmes commencent. Car nous donnerions alors à Google nos données personnelles sans nous en rendre vraiment compte, voire " à l’insu de notre plein gré ".

Lors de la création d’un compte Google vous devez choisir des "paramètres de personnalisation".
Lors de la création d’un compte Google vous devez choisir des "paramètres de personnalisation". © Tous droits réservés

La création d’un compte Google

Faisons l’expérience. Essayons de créer un compte Google. D’abord, sur une première page où on vous promet " Tout Google en un seul compte ", il faut se créer une adresse mail et un mot de passe. Vous devez ensuite fournir quelques données personnelles (nom, âge, sexe). Puis arrive l’étape où vous devrez donner " vos paramètres de personnalisation ". Le moment est important. Car, en réalité, vous décidez à quelles données Google aura accès et comment il va les traiter. Mais là où il ne faut qu’une étape pour donner un accès total à ses personnelles, il en faut 5 pour exprimer son refus.

Lors de la création d’un compte Google, il faut franchir 5 étapes pour refuser de donner accès à ses données personnelles.
Lors de la création d’un compte Google, il faut franchir 5 étapes pour refuser de donner accès à ses données personnelles. © Tous droits réservés

C’est cette procédure qui est dénoncée par le BEUC. Sébastien Pant est attaché de presse au Bureau européen des unions de consommateurs : "Lorsque les consommateurs créent un compte chez Google, ils sont injustement dirigés vers le système de " surveillance " (ndlr : Google parle de "personnalisation") que le géant du tech privilégie au détriment de la confidentialité. C’est-à-dire qu’il est beaucoup plus facile d’accepter toute la surveillance, le pistage de Google à travers tous les divers produits et services qui sont liés au compte que de les refuser."

Il est beaucoup plus facile d’accepter toute la surveillance que de la refuser

"Et donc à l’opposé, pour essayer de protéger sa vie privée, il faut passer par cinq différentes étapes avec des options, des termes qui ne sont pas clairs qui induisent en erreur ou qui sont carrément trompeurs. Par exemple, Google utilise des termes qui font penser que l’utilisateur serait perdant s’il n’acceptait pas les paramètres de Google qui mènent à surveiller l’utilisateur à travers son compte."

Google défendrait ses propres intérêts

Lors de la création de votre compte, Google assure que " vous contrôlez les données recueillies ainsi que leur utilisation ". Autrement dit, vos intérêts sont protégés. Alors que pour le BEUC, ce serait tout le contraire. " Le compte en lui-même permet à Google de surveiller tout ce qu’on fait à travers ses différents produits et services, c’est-à-dire où on va, ce qu’on aime, ce qu’on n’aime pas, avec qui on communique, tout ça dans le but de mieux nous cibler avec des publicités", affirme Sébastien Pant. Selon des chiffres communiqués par le BEUC, les revenus de Google en 2021 ont atteint 256,7 milliards d’euros, dont 80% proviennent de la publicité.

Une stratégie que l’organisation faîtière des organisations de consommateurs qualifie de capitalisme de surveillance. "Google réalise son chiffre d’affaires en amassant des quantités impressionnantes de données sur ses utilisateurs dans le but d’alimenter sa machine de surveillance commerciale, détaille Sébastien Pant. Elle a un seul but : grâce à ces données massives, elle permet à d’autres entreprises qui vendent toutes sortes de produits, que ce soient des aspirateurs ou des polices d’assurance, de toujours mieux cibler leurs produits auprès des consommateurs. Le gros problème, c’est que tout ce système est mis en place au détriment de la confidentialité et notre vie privée."

Sébastien Pant, du BEUC : « Google réalise son chiffre d’affaires en amassant des quantités impressionnantes de données sur ses utilisateurs. »
Sébastien Pant, du BEUC : « Google réalise son chiffre d’affaires en amassant des quantités impressionnantes de données sur ses utilisateurs. » (Photo by DENIS CHARLET / AFP)

Le BEUC riposte

Pour défendre les droits des citoyens européens, le BEUC et une dizaine d’organisations nationales de défense des consommateurs, ont lancé une action commune ce jeudi 30 juin. Elles ont déposé des plaintes ou ont envoyé des lettres auprès de leurs autorités nationales de protection des données dans le but de mener rapidement une enquête au niveau européen et que des amendes soient imposées à Google si le RGPD n’est pas respecté.

En attendant de connaître le résultat de cette action, Sébastien Pant donne un conseil aux internautes : "Le plus simple, si on a le choix, c’est de faire confiance à des produits, des services, des navigateurs qui respectent davantage la vie privée que Google.

"Et si l’utilisateur n’a pas le choix, comme c’est souvent le cas quand on a un téléphone Android, il vaut mieux essayer de refuser tout suivi dans les paramètres du compte. Mais je rappelle que notre action vise à faire changer les choses afin que Google permette de façon simple, rapide et en une étape unique de refuser toute surveillance à travers le compte Google ".

Cela dit, il faudra peut-être s’armer de patience. En 2018, le BEUC avait déjà porté plainte contre Google pour son système de géolocalisation. A ce jour, les autorités de protection des données ne se sont toujours pas prononcées sur cette première action.

La réponse de Google

Nous avons interrogé Google après l’action du BEUC. Dans sa réponse écrite, le géant du web affirme que lors de la création d’un compte, les options proposées aux utilisateurs " sont clairement présentées et simples à comprendre ", que ces options sont développées " selon les lignes directrices des autorités de protection des données ". Enfin, Google dit accueillir " favorablement l’opportunité d’échanger avec les associations de protection des consommateurs et les autorités de protection des données européennes ".

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