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Les dix bourgmestres de la zone de secours Nage, entre rage et désespoir financier.

Le SOS de 10 communes en détresse, devant la presse

© RTBF

Les dix villes et communes qui composent la zone de secours Nage sont furieuses.

Vont-elles devoir sacrifier leurs missions locales pour pouvoir continuer à payer les services d'incendie? D’après leurs projections pour l’année 2023, Namur, Andenne, Gembloux, Eghezée, Assesse, Fernelmont, Gesves, La Bruyère, Ohey et Profondeville vont devoir combler, à elles dix, un déficit de la zone à hauteur de quatre millions et demi d’euros en raison, surtout, de l'indexation salariale et du renfort en personnel imposé par les normes de l’état. Il faut dire qu'à elles seules, les dépenses en personnel vont faire un bond de cinq millions et demi entre 2021 et 2023, en raison des indexations successives projetées par le bureau du plan. 

+ 5,5 millions de dépenses en personnel 

Et ce qui ne passe pas, c’est qu’à y regarder de plus près, le fédéral les abandonne dans cet effort obligé. Il n’a pas respecté, disent-elles, les engagements pris lors de la création des zones de secours, en 2015. Il était convenu, selon la loi, que le pouvoir fédéral financerait la moitié des charges de la zone. Or, aujourd’hui, expliquent-elles, le fédéral n’intervient qu’à hauteur de… 17% (les 83% restants étant à charge des communes soutenues par la Province). Cerise sur le gâteau, la dotation fédérale, l’année prochaine, ne sera indexée que de 177 euros.

Du déni et du mépris de la part du fédéral

"C’est un scandale sans nom, s’indigne le Bourgmestre socialiste d’Andenne Claude Eerdekens. Quand vous vous rendez compte qu’en fonction de lois fédérales, la zone de secours avec nos 10 communes va devoir dépenser 6 millions de plus en 2023 [1,5 million à charge de la Province, ndlr] et que Madame la Ministre de l’intérieur dans une grande générosité nous accorde 170 euros. Si ça c’est pas du foutage de gueule... Les communes vont mourir et quand elles seront mortes, elles ne sauront plus rien payer. Et il y aura une catastrophe généralisée".

A Namur, le Bourgmestre Maxime Prévot (Les Engagés) ne dit pas autre chose, même si les mots sont autres. "C’est du déni et du mépris de la part du fédéral… Du déni de son engagement initial d’assumer 50% des coûts. Et du mépris à l’égard des communes. On ne cesse de leur donner des pierres en plus dans le sac à dos, alors qu’elles sont déjà à l’agonie".

Des communes "à l'agonie"

Parce que toutes ces communes rappellent que depuis 2016, avec l’impact successif du tax shift, de la crise sanitaire, de la crise énergétique et de l’hyperinflation salariale qui se répand à tous les étages, elles n’ont cessé de voir dans le même temps leurs recettes fondre et les coûts augmenter.

Les dépenses de la zone de secours sont en grande partie des frais incompressibles, à moins de réduire le nombre de pompiers. Résultat : "Toutes les communes vont devoir réduire les sommes de transferts qu’elles opèrent, prévient Maxime Prévot. Diminuer toute une série de subsides, réduire leurs coûts de fonctionnement, limiter les remplacements de personnel, envisager de réduire ou d’annuler certaines missions qu’elles exerçaient jusqu’à présent. Pour éviter l’étape ultime qui est, le cas échéant, de toucher au personnel et envisager des licenciements".

La ministre "soutient la demande des autorités locales"

Contacté par nos soins, le cabinet de la ministre Cd&V de l’Intérieur Annelies Verlinden dit soutenir la demande des autorités locales : "Compte tenu de l’inflation vertigineuse et de la hausse des prix la ministre soutient la demande des autorités locales d’indexer la dotation aux zones de secours. C’est la raison pour laquelle elle a mis cette proposition sur la table du gouvernement. Ce point sera abordé dans les prochains jours dans le cadre des discussions budgétaires". Le cabinet rappelle aussi que la ministre a mis à disposition des zones de secours 129 millions d’euros supplémentaires, durant la législature. La dotation fédérale passe de 152 à 190 millions d’euros de 2020 à 2024.

 

 

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