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Les dinosaures de Jurassic World sont au cinéma mais leurs squelettes sont en Belgique et ils se font scanner

Les dinosaures de Jurassic World sont au cinéma mais leurs squelettes sont en Belgique et ils se font scanner. Photo d'illustration.
11 juin 2022 à 10:00Temps de lecture5 min
Par Eric Boever avec Lucie Dendooven

Ils sont partout ! Les dinosaures ont envahi nos villes, du moins leurs panneaux publicitaires. La sortie au cinéma du nouvel épisode de Jurassic World relance l’intérêt pour ces mystérieux animaux dont la disparition ne s’explique toujours pas. Cette nouvelle "dinomania" est l’occasion de se rappeler qu’une des plus belles collections mondiales de squelettes de dinosaures se trouve chez nous, ce sont les iguanodons de Bernissart. 25 gigantesques squelettes qui font la fierté du Musée des Sciences naturelles, à Bruxelles. Des paléontologues sont justement en train de scanner leurs crânes pour affiner notre connaissance de ces ancêtres vieux de 125 millions d’années. Nous leur avons rendu visite.

25 squelettes de dinosaures découverts par hasard dans un charbonnage du Hainaut

La scène est surprenante : un employé du Musée des Sciences naturelles est en train de promener une sorte de fer à repasser au-dessus d’un crâne de dinosaure, l’appareil émet des rayons bleutés et le résultat numérique se retrouve sur un écran. Nous sommes dans un labo du musée où une équipe scientifique est en train de scanner plusieurs squelettes des fameux iguanodons de Bernissart, découverts par hasard par des mineurs en 1878.

Une incroyable découverte que raconte Pascal Godefroit, paléontologue : "Jusqu’en 1878, on savait que les dinosaures avaient existé mais c’était à peu près tout, on avait bien découvert par-ci par-là des ossements isolés et des fragments de squelettes mais jamais davantage. On ne savait donc pas très bien à quoi ils pouvaient ressembler. Et puis, tout à coup, voilà que des mineurs tombent par hasard à 300 mètres sous terre sur un véritable cimetière de dinosaures. Des squelettes entiers et articulés comme on n’en avait jamais vu dans le monde. On les a trouvés dans un périmètre très restreint, une soixantaine de mètres de diamètre et, chose étonnante, ils étaient empilés les uns au-dessus des autres sur quatre niveaux différents."

« Ils sont morts lors d’une catastrophe mais on ignore toujours laquelle »

Une certitude, il n’existe plus de dinosaures aujourd’hui. Par contre, on ignore toujours ce qui a causé leur disparition, mais pour Bernissart, on a une petite idée, comme l’explique Pascal Godefroit : "on pense que les iguanodons découverts dans le Hainaut en 1878 sont morts de façon catastrophique lors de quatre épisodes distincts, ce qui expliquerait leur position."

"En fait, les iguanodons sont de grands herbivores, ils mesurent jusqu’à douze mètres de haut et, malgré leur lourdeur, ils peuvent atteindre 25 kilomètres/heure, la vitesse d’une trottinette électrique. Ils ont besoin de beaucoup de nourriture végétale. Or, à l’époque, il y a 125 millions d’années, nous pensons que la région de Bernissart abritait un grand lac ou des marécages et que la végétation y était abondante, on le sait grâce aux nombreux fossiles trouvés sur place. Cela expliquerait la présence de nombreux iguanodons dans la région."

"Ce qu’on ne comprend toujours pas, c’est pourquoi et comment ils sont morts et se sont retrouvés entassés dans une véritable fosse commune. Une hypothèse serait qu’un événement géologique soudain s’est produit, un tremblement de terre ou autre, et qu’il a provoqué l’effondrement rapide des berges en quatre étapes, des chutes successives qui auraient entraîné les animaux vers les profondeurs du lac. C’est alors que les cadavres auraient été recouverts de boue, ce qui expliquerait qu’ils aient été protégés des prédateurs et charognards et que les squelettes nous parviennent dans un état de conservation exceptionnel."

La même semaine, on découvre d’autres squelettes aux USA, c’est la ruée vers l’os !

Si Hollywood l’avait imaginé, la coïncidence paraîtrait irréaliste, et pourtant : "quelques jours à peine autour de la découverte des 25 iguanodons de Bernissart, d’autres squelettes sont mis à jour dans le Wyoming, dans l’ouest des Etats-Unis. Il s’agit aussi de squelettes de grande taille, complets et articulés comme chez nous, mais appartenant à d’autres espèces de dinosaures comme les diplodocus ou les brontosaures."

En une semaine de 1878, la paléontologie effectue donc un pas de géant vers la connaissance des dinosaures mais avec des réactions différentes des deux côtés de l’Atlantique. "Aux Etats-Unis, la découverte provoque une véritable ruée vers l’os, les musées affrètent des équipes de chercheurs pour tenter de trouver d’autres gisements. Chez nous, c’est plus calme, on ne cherche pas ailleurs mais on explore la fosse de Bernissart pendant trois ans jusqu’en 1881. Au total, on en retirera 165 tonnes d’ossements."

"Pour conserver les ossements, on utilise une recette digne d’une sorcière"

Des ossements qui se trouvent au fond d’un puits de charbonnage. "C’était nouveau et totalement inédit. On ne s’en rend pas compte mais c’était un défi colossal, il a fallu imaginer des techniques pour extraire les os à 300 mètres sous terre et les ramener à la surface sans les abîmer car s’ils paraissaient solides, ils étaient en fait très fragiles. De nombreux ossements contenaient un minéral qu’on appelle la pyrite, du sulfure de fer qui se désagrège au contact de l’air, et donc les os sortis de terre avaient tendance à se décomposer très vite."

"Pour empêcher cette détérioration, les scientifiques de l’époque ont utilisé une mystérieuse recette mélangeant notamment de la peau d’animal, de l’arsenic et même des clous de girofle, bref une mixture digne d’une sorcière, on ne comprend toujours pas comment cela a pu fonctionner mais peu importe, cela a permis de stabiliser et de conserver les squelettes et nous les faire parvenir, ce qui est tout bonnement exceptionnel."

144 ans après leur sortie de terre, les iguanodons passent au scanner

Revenons au début de cet article, dans le labo du Musée des Sciences naturelles où des techniciens balayent le crâne d’un dinosaure sous tous ses angles, le logiciel se chargeant de reconstituer et d’assembler les différents morceaux pour former une copie digitale de chaque animal. Pascal Godefroit explique l’intérêt de scanner les iguanodons : "cela fait longtemps qu’on n’avait plus démonté les squelettes. Par exemple, le petit montenisaurus, on ne l’avait plus examiné de près depuis cinquante ans. Or, les techniques ont fortement évolué depuis lors. En le démontant et en le scannant, on a d’ailleurs eu des surprises, on a découvert des détails étonnants qui n’avaient jamais été relevés jusqu’ici, comme la disposition de certains os. Bon, ce ne sont pas des éléments majeurs et cela reste invisible pour le grand public mais pour les paléontologues, ce sont des progrès inattendus."

On va donc soumettre l’ensemble des 25 iguanodons au scanner. "Nous allons faire une étude profonde de l’ensemble des squelettes pour apporter de nouveaux indices sur leur anatomie mais aussi sur leur place dans le grand groupe des dinosaures. De plus, le scan nous permettra d’imprimer des copies de certains éléments en 3D, ce qui permettra de remplacer des os devenus trop fragiles sur les spécimens exposés dans nos vitrines."

Plus besoin de traverser l’océan pour examiner un orteil d’iguanodon

La numérisation des squelettes facilitera aussi les échanges internationaux entre chercheurs. Plus besoin pour un Américain de venir à Bruxelles pour examiner un orteil d’iguanodon, il pourra se faire envoyer le fichier et imprimer la copie en 3D. Une opération de scannage qui s’étend d’ailleurs à tous les autres éléments du musée, des insectes aux coquillages en passant par toute la faune mondiale, ce qui représente des millions de manipulations et qui s’étend sur plusieurs années.

Faut-il pour autant s’attendre à voir les copies de dinosaures alimenter un parc d’attractions basé sur des reconstitutions en résine. Pas question, répondent les paléontologues du musée. Pour cela, il faut aller en Allemagne où un tel Jurassic park existe ou dans des expositions itinérantes comme la Belgique en a déjà vu défiler ces dernières années.

Sinon, il reste évidemment le cinéma et le nouvel opus de Jurassic World. En sortant du cinéma, n’oubliez pas que les vrais dinosaures se trouvent en partie chez nous, derrière les majestueuses vitrines du Musée des Sciences naturelles à Ixelles. Ils ne bougent pas mais leur immobilité depuis 125 siècles est parfois aussi impressionnante, voire émouvante, que les effets spéciaux sur grand écran.

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