Les curieux calculs du bon docteur Destexhe

Philippe Walkowiak

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28 févr. 2019 à 11:26 - mise à jour 28 févr. 2019 à 11:26Temps de lecture2 min
Par Philippe Walkowiak

 

C’est certainement un paradoxe pour le MR : c’est au moment où il dirige la coalition fédérale sans doute la plus à droite depuis 60 ans, qu’il voit naître en son sein une dissidence à … sa droite !

L’exception Destexhe

En 1995, Alain Destexhe a été attiré au PRL par la volonté de Jean Gol qui allait décéder quelques mois plus tard. Depuis ce moment, il a plutôt été isolé au sein du parti, notamment par rapport à Louis Michel. Il a aussi erré entre plusieurs communes bruxelloises, peinant à trouver un ancrage local et se fâchant régulièrement avec ses collègues libéraux. Malgré cela, il reste un faiseur de voix (3ème score libéral au Sénat en 2007 alors que le parti le place assez loin sur la liste, 6ème libéral en Parlement bruxellois en 2009, 4ème en 2014 avec 6702 voix) et surtout progressivement une voix atypique au sein du parti, qui permet de capter un électorat plus à droite, préoccupé par les questions de migration.

Destexhe avait besoin du MR pour assurer sa carrière et le MR avait besoin de lui pour garder une partie de son électorat ; c’est sans doute pour cela que le parti lui pardonne son " exclusion à vie " du Conseil de l’Europe, pour pudiquement " écart de conduite " dans des contacts avec l’Azerbaïdjan.

Pari risqué

Malgré une conjoncture difficile pour le MR, Alain Destexhe aurait eu une place " éligible " sur les listes régionales bruxelloises. Visiblement, l’ex-médecin de MSF voulait plus. Il se lance dans un créneau étroit, déjà occupé par le Parti Populaire et la Droite. De plus, Alain Destexhe depuis un quart de siècle sous les ors des parlements n’incarne pas vraiment l’anti-establishment. Visiblement, il table sur l’apparente popularité des idées de Theo Francken sur la migration pour tenter de capter un électorat … comme les Bouchez, Ducarme, Galant, Clarinval au MR !

Aux élections provinciales d’octobre dernier, les voix additionnées à la droite du MR (PP et La Droite) peinent à dépasser les 5% en Wallonie. La situation est encore plus difficile à Bruxelles où la " liste Destexhe " devra en outre affronter … la N-VA dont il se réclame et qui espère séduire des électeurs francophones.

Mais surtout, il reste au docteur Destexhe très peu de temps. Toutes les listes doivent être déposées pour le 30 mars  dans les six circonscriptions fédérales et les douze régionales (dont onze en Wallonie). L’homme est seul. Il n’a officiellement pour seul soutien que le ex-député PP André-Pierre Puget… 93(!) voix de préférence aux dernières communales dans sa ville de Dinant.

Alain Destexhe est cohérent avec lui-même mais il place son désormais ex-parti dans une position délicate. Chez les libéraux, on croise à présent les doigts pour qu’il y ait le moins de listes Destexhe possible qui pourraient faire perdre çà et là les quelques petits pourcents nécessaires pour un siège … et plomber quelque peu la campagne du MR. Mais était-ce peut-être cela le premier objectif ou le seul calcul d’Alain Destexhe ?

 

@PhWalkowiak

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