Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Tori et Lokita", un retour aux sources pour les frères Dardenne

Tori et Lokita

© Cinéart

Avec "Tori et Lokita", Luc et Jean-Pierre Dardenne s’attaquent à la problématique des mineurs non accompagnés en Belgique. Résultat : un thriller social qui a remporté le Prix du 75e festival de Cannes.

Tori et Lokita

L'affiche de "Tori et Lokita"

Tori, jeune garçon, et Lokita, grande adolescente, ont quitté ensemble le sol africain pour débarquer en Belgique dans l’espoir d’un avenir meilleur. Tori a obtenu des papiers, Lokita tente de se faire passer pour sa grande sœur dans l’espoir de régulariser sa situation au plus vite. En attendant, les deux jeunes se serrent les coudes pour tenter de trouver de l’argent pour rembourser leur passeur. De fil en aiguille, ils vont se retrouver pris dans les filets de mafieux sans scrupule…

Après des films pas complètement aboutis ("La fille inconnue", "Le jeune Ahmed"), les frères Dardenne reviennent ici à la radicalité de leurs débuts : comme dans "La promesse" ou " Rosetta ", ils ne quittent pas leurs deux protagonistes d’une semelle, et signent un thriller social très prenant. Esthétiquement, leur style reste brut de décoffrage, sans fioriture, sans recherche de la "belle image" ; leur cinéma vise le réalisme et l’efficacité. Et si Joely Mbundu semble parfois un peu chercher ses marques pour incarner Lokita – rôle particulièrement difficile -, Pablo Schils crève l’écran dans celui de Tori. Avec ce 12e long-métrage, loin de se reposer sur leurs lauriers, les cinéastes les plus récompensés de toute l’histoire du festival de Cannes ont réussi à retrouver une nouvelle énergie, avec un résultat assez éclatant à l’écran.

Tori et Lokita

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Sundown

L'affiche de "Sundown"

Neil (Tim Roth) et sa femme Alice (Charlotte Gainsbourg), couple de Londoniens fortunés, passent leurs vacances avec leurs enfants dans une somptueuse villa dans la banlieue d’Acapulco. Mais ce bien-être est interrompu lorsqu’Alice reçoit un coup de fil lui annonçant le décès d’un proche ; elle doit rentrer en Angleterre par le premier avion. A l’aéroport, son mari prétexte l’oubli de son passeport pour rester à Acapulco. Mais au lieu de retourner dans son luxueux logement, il demande au taxi de le déposer dans un hôtel bien plus modeste, au cœur des quartiers populeux de la ville…

Pourquoi cet homme taciturne a-t-il décidé de mentir à sa femme et de larguer les amarres ? Le cinéaste mexicain Michel Franco ne répondra que tardivement à cette question, et laisse le malaise s’installer. "Sundown" est à la fois le portrait d’un homme qui a choisi de se laisser dériver, et de la face cachée d’une ville touristique, bien loin des clichés véhiculés par les agences de voyages. Dans un rôle tout en intériorité, le charismatique Tim Roth impose une fois de plus sa présence. "Sundown" est à la fois frustrant et envoûtant, car le spectateur se perd dans Acapulco comme le personnage principal du film…

Sundown - avec Tim Roth

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Kompromat

L'affiche de "Kompromat"

L’action se déroule en 2017 en Sibérie. Mathieu Roussel (Gilles Lellouche) dirige une antenne de l’Alliance française. Parmi les activités de cet organisme culturel, Roussel propose un soir un spectacle de ballet. Lorsque les deux danseurs miment un baiser, un murmure de désapprobation parcourt la salle, remplie de hauts dignitaires russes… Peu de temps après, le ressortissant français est arrêté chez lui et emmené en prison. Motif officiel de son arrestation : il serait un dangereux pédopornographe. En réalité, Roussel est victime d’un "kompromat", un dossier à charge monté de toutes pièces par les services secrets russes.

Pour bâtir ce thriller politique, Jérôme Salle ("Largo Winch", "L’Odyssée" sur le Commandant Cousteau) s’est librement inspiré de faits réels. La première partie du film, qui décrit la machination qui s’abat sur cet inoffensif fonctionnaire français, est intéressante car bien documentée. La deuxième l’est hélas beaucoup moins, car le film se transforme alors en une course-poursuite qui lorgne un peu trop vers les thrillers anglo-saxons (la série " Jason Bourne " avec Matt Damon n’a pas fini de faire des petits…) L’originalité initiale du projet se délite, et "Kompromat" souffre alors d’invraisemblances trop manifestes pour encore convaincre.

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