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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "The Lost Daughter", Olivia Colman et la face sombre de la maternité

Olivia Colman dans "The Lost Daughter"

Révélée d’abord par la télévision avec la série policière "Broadchurch", lauréate de l’Oscar avec le film " La favorite ", devenue populaire en incarnant la Reine Elizabeth dans les saisons 3 et 4 de "The Crown", Olivia Colman est devenue une des actrices essentielles d’aujourd’hui. La preuve encore avec "The Lost daughter", récompensé du Prix du scénario à Venise.

The Lost Daughter

L'affiche de "The Lost Daughter"

Pour son premier film derrière la caméra, l’excellente actrice américaine Maggie Gyllenhall a adapté elle-même un roman d’Elena Ferrante. Soit le portrait Leda, 48 ans, femme seule en vacances dans une île grecque et qui, quand elle croise une jeune maman déboussolée sur la plage, se remémore douloureusement ses propres failles de mère.

"Less is more" dit le dicton anglo-saxon. Sans dialogue inutile, par petites touches impressionnistes, Gyllenhaal dresse progressivement le portrait de cette femme discrète et de ses tourments, et introduit par des flash-back inventifs son passé tourmenté (Leda est alors incarné par Jessie Buckley, qui ne ressemble pas physiquement à Colman, mais grâce au talent narratif de la cinéaste, ce n’est pas perturbant pour le spectateur). Film allusif, truffé d’implicite, "The Lost Daughter" cultive un mystère d’abord envoûtant, et de plus en plus émouvant. Et Olivia Colman s’y révèle, une fois de plus, impressionnante.

The Lost Daughter | Official Trailer

La bande-annonce

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Spencer

L'affiche de "Spencer"

"Spencer" n’est pas à proprement parler un biopic de la princesse Diana, mais une évocation assez romancée signée par le cinéaste chilien Pablo Larrain, à qui on devait déjà "Jackie", un portrait de Jackie Kennedy incarnée par Natalie Portman. Dans "Spencer", c’est Kristen Stewart qui joue Lady Di, et le film raconte son isolement et sa révolte lors d’un réveillon de Noël de toute la famille royale dans la demeure de Sandringham.

Comme dans "Jackie", Larrain se concentre presque exclusivement sur les états d’âme de son personnage principal, tous les autres protagonistes font de la figuration (à part le toujours impeccable Timothy Spall, qui joue le chef du protocole). Physiquement, Kristen Stewart ressemble peu à Diana, mais fait tout son petit possible pour évoquer la détresse de son modèle, qui étouffe de plus en plus dans l’univers compassé du prince Charles. Mais ses efforts restent insuffisants pour convaincre : l’actrice américaine en Lady Di a tout d’une erreur de casting.

Si "Spencer" se regarde sans déplaisir, on reste perplexité devant la pertinence du projet, annoncé comme "un conte sur une tragédie" ("a tale about a tragedy", le scénariste Steven Knight (l’auteur de "Peaky Blinders") ayant visiblement pris plaisir à prendre d’énormes libertés par rapport à la véracité des faits. Bref, le film ne révèle rien qu’on ne savait déjà. Quant à Larrain, il se complaît souvent dans des grands mouvements de caméra pour exprimer l’isolement de son héroïne dans un décor trop grand pour elle ; procédé au départ pertinent mais un peu lassant à la longue

SPENCER - avec Kristen Stewart

Official Teaser Trailer

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Où est Anne Frank !

L'affiche de "Où est Anne Frank !"

Le cinéaste israélien Ari Folman avait subjugué le monde entier avec " Valse avec Bashir" en inventant une nouvelle forme de cinéma, le dessin animé documentaire sur ses souvenirs de jeune soldat plongé dans la guerre au Liban. Après un autre film d’animation, "Le congrès", intéressant mais inabouti, le voici qui répond de manière originale à une commande : faire un long-métrage d’animation à partir du journal d’Anne Frank.

Le point de vue de Folman est audacieux et original : par le biais de l’animation, qui permet toute licence poétique, donner chair à Kitty, l’amie imaginaire à qui Anne adresse son journal. Personnage fantomatique, Kitty traverse les époques ; elle observe l’étau qui se resserre autour de la famille Frank, mais elle assiste aussi à l’assaut des hordes de touristes qui affluent à la maison/musée Anne Frank au cœur d’Amsterdam pour prendre des photos souvenirs du fameux journal, mais qui restent indifférents aux sans-papiers qui grelottent dans les rues à deux pas du musée… "Où est Anne Frank !" s’interroge Folman : près de 80 ans après le drame, son journal est devenu un classique, une lecture obligatoire dans les écoles, mais qu’est devenu le message de son texte, la leçon de vie et de générosité qu’il contient ?

Tout n’est pas parfait dans le dessin animé de Folman. Mais son approche a le mérite de désacraliser un monument de la littérature devenu intouchable pour tenter de le transmettre aux nouvelles générations. Rien que pour cette raison, "Où est Anne Frank" mérite le détour.

 

 

OÙ EST ANNE FRANK ! d'Ari Folman

La bande-annonce

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La séquence JT

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