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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "The Duke" ou comment la réalité dépasse la fiction

Jim Broadbent et Helen Mirren dans "The Duke"

"Based upon a true story", basé sur une histoire vraie : combien de films ne brandissent pas aujourd’hui cette mention comme argument promotionnel ? C’est vrai, donc c’est forcément plus émouvant. La comédie anglaise "The Duke" s’est servie d’un fait divers pour rappeler que le réel est parfois plus surprenant que le meilleur des scénaristes.

The Duke

L'affiche de "The Duke"

Londres, 1961. Un modeste chauffeur de taxi sexagénaire, Kempton Bunton, réussit un exploit hallucinant : voler nuitamment à la National Gallery un portrait du Duc de Welligton peint par Goya. Dès le lendemain, la police du Royaume est sur les dents… Et reçoit bientôt une étrange proposition : le tableau sera restitué si le gouvernement britannique consent à rendre l’accès à la télévision gratuit pour les personnes âgées. Chez lui, Kempton a beau se présenter comme un Robin des Bois des temps modernes, rien n’y fait : sa femme le prend pour un parfait cinglé…

Tout est savoureux dans "The Duke" : le scénario truffé de surprises, les dialogues spirituels en diable, le couple interprété par Jim Broadbent/ Helen Mirren… Sans oublier la réalisation élégante de Roger Michell. Inconnu du public francophone, Michell – qui a tiré sa révérence en septembre dernier, dans l’indifférence générale, fait partie de ces cinéastes britanniques comme Stephen Frears ou John Madden qui, sans être leurs propres scénaristes, parviennent à tirer le meilleur parti des scripts qu’on leur propose, et qui semblent aussi à l’aise dans le drame que dans la comédie. Michell, c’est "Coup de foudre à Notting Hill" avec Hugh Grant et Julia Roberts, "Morning glory" avec Harrison Ford et Diane Keaton ou encore "My cousin Rachel" d’après Daphné du Maurier, avec Rachel Weitz. "The Duke" constitue un magnifique chant du cygne. Farewell, Mr Michell, and thank you !

The Duke

Au cinéma le 20 avril

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The Northman

L'affiche de "The Northman"

Robert Eggers s’est constitué un large cercle de fans avec deux films : "The witch" (qui a révélé Anya Taylor-Joy, bien avant la série "The Queen’s gambit") et "The lighthouse" (avec Robert Pattinson et Willem Defoe). Avec "The Northman", Eggers quitte l’univers des modestes productions indépendantes pour s’aventurer sur le terrain des superproductions hollywoodiennes. Il choisit avec "The Northman" de revisiter la légende nordique d’Hamlet, jeune prince qui voit son père, le roi, assassiné par son frère. L’enfant parvient à s’échapper et, en grandissant, nourrit un seul objectif : tuer son oncle, venger ainsi son père, et retrouver sa mère.

Avec ce projet ambitieux, on sent Eggers partagé entre deux ambitions, D’un côté, respecter le cahier des charges d’un gros projet "mainstream" en offrant une intrigue truffée de batailles spectaculaires, à la manière d’un nouveau Ridley Scott. De l’autre, explorer l’univers onirique – voire cauchemardesque – des croyances des Vikings, avec moult sorcières et rituels envoûtants, pour satisfaire sa propension aux images à la fois belles et terrifiantes. Il en résulte un film hybride, moitié film d’auteur "arty", moitié "blockbuster"… qui risque à la fois de déconcerter ses fans de la première heure, et le grand public avide de film d’action.

The Northman

Dès le 20 avril 2022 au cinéma.

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Inexorable

L'affiche d'"Inexorable"

A la mort de son père, éditeur réputé, Jeanne (Mélanie Doutey), éditrice elle-même, décide de revenir vivre avec son mari Marcel (Benoît Poelvoorde) et sa fille dans la demeure familiale, immense château perdu au milieu de la forêt. Par un concours de circonstances, le couple héberge Gloria, une jeune fille un peu perdue, qui va bientôt se rendre indispensable et devenir la meilleure amie de leur fille. Mais quelles sont exactement les intentions de Gloria ?

Depuis son premier long-métrage "Calvaire", on connaît le talent du cinéaste belge Fabrice Du Welz pour créer des atmosphères visuellement oppressantes. Mais dans ce nouvel opus, hélas, rien ne fonctionne : on ne croit guère au couple Doutey/Poelvoorde, on ne comprend pas ses motivations pour s’installer dans ce château à l’abandon, on ne voit pas comment Gloria s’impose si facilement dans leur vie…

En réalité, le scénario semble un prétexte pour Du Welz pour rendre hommage à des grands maîtres du cinéma de l’angoisse : cela va du "Shining" de Kubrick au "Vertigo" d’Hitchcock en passant par "The Haunting" de Robert Wise… On devine l’envie du réalisateur de réinventer le genre, mais il accumule en réalité les clichés. Reste une belle photo (sur pellicule, et pas numérique) de Manu Dacosse, mais la plus belle direction photo du monde ne peut sauver un scénario bancal du naufrage.

INEXORABLE (2022) avec Benoît Poelvoorde

La bande-annonce

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20 avr. 2022 à 08:15
3 min

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