RTBFPasser au contenu

Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Ouistreham", Juliette Binoche dans la peau d’une femme de ménage

"Ouistreham", avec Juliette Binoche
12 janv. 2022 à 07:21 - mise à jour 12 janv. 2022 à 07:453 min
Par Hugues Dayez

En 2010, la journaliste française Florence Aubenas publiait "Le Quai de Ouistreham", résultat d’une enquête : pendant plusieurs mois, elle s’était fait passer pour une femme de ménage et avait partagé le quotidien de ces "agents d’entretien" dans un port de Normandie.

Ouistreham

L'affiche de "Ouistreham"

Pendant des années, Juliette Binoche a tenté de convaincre Aubenas d’accepter qu’on porte ce récit à l’écran. La journaliste a accepté, et a suggéré que ce soit le romancier Emmanuel Carrère qui réalise ce film.

plus d'infos sur le livre de Florence Aubenas

Dans l’adaptation qu’il a écrite avec Hélène Devynck, Carrère a fait du personnage principal non plus une journaliste, mais une romancière parisienne réputée, Marianne Winckler, incarnée par Juliette Binoche. Dans "Ouistreham", Marianne débarque dans cette petite ville de Normandie, où accostent les gigantesques ferries qui partent vers Portsmouth. Elle parvient à se faire engager dans l’équipe des femmes de ménage qui ont, en tout et pour tout, une heure et demie – le temps de l’escale – pour nettoyer le ferry de fond en comble. Elle affronte les réalités d’un travail dur, précaire, peu valorisé ; elle découvre le monde des "invisibles". Mais jusque quand le subterfuge de Marianne va pouvoir tenir ?

Le livre d’Aubenas est le récit sensible d’une plongée au sein d’une collectivité. Dans le film, Carrère a imaginé que Marianne se lie d’amitié avec Christèle, une jeune maman qui peine à joindre les deux bouts… Et pose la bonne question : comment cette amitié va-t-elle résister au mensonge de Marianne ?

Car en réalité, la démarche de cette intellectuelle peut être diversement appréciée : soit on considère qu’elle donne de la visibilité à ceux qu’on appelle les "invisibles", soit on estime que "jouer à la pauvre quand on est riche" est un procédé moralement sujet à caution. Pour Binoche, c’est clairement la première option qui domine, ce qui explique qu’elle s’est donnée corps et âme au projet. Pour Carrère, il laisse le spectateur seul juge, et c’est le grand mérite de son film – par ailleurs très bien interprété par Binoche et des actrices non professionnelles, dont de nombreuses véritables femmes de ménage, ce qui ajoute un caractère d’authenticité non négligeable à "Ouistreham".

 

Ouistreham

Le 12/01 en salles

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Adieu Monsieur Haffmann

L'affiche de "Adieu Monsieur Haffmann"

1941. Mr Haffmann (Daniel Auteuil), bijoutier juif bien installé à Paris, voit l’étau nazi se resserrer sur lui et sa famille. Il envoie femme et enfants se réfugier en province, et décide de céder, le temps de la guerre, sa boutique et ses appartements à son ouvrier, François Mercier (Gilles Lellouche). Marché conclu. Voilà donc Mercier et sa femme Blanche (Sara Giraudeau), couple modeste, qui s’installent dans les appartements de l’ancien patron qui a pris la fuite… Mais peu après leur installation, les Mercier voient avec stupéfaction revenir Mr Haffmann, qui n’a pas réussi à passer en zone libre. Une seule solution : cacher le bijoutier dans sa propre cave. La situation se complique quand, pour faire des affaires, Mercier va faire commerce avec un officier allemand.

A l’origine, "Adieu Mr Haffmann" est une pièce de théâtre de Jean-Philippe Daguerre, qui a remporté un énorme succès public et quatre Molières en 2018. Pas étonnant que le cinéma s’en empare : c’est un formidable scénario, un vrai suspense psychologique où les rapports de pouvoir entre maître et valet s’inversent, une réflexion sur les notions de courage et d’intégrité…

Fred Cavayé – qui avait déjà adapté un scénario italien, "Le jeu" – signe un film efficace, qui joue bien sur le huis clos divisé en trois espaces (la cave, la boutique, l’appartement) sans constamment "aérer" la pièce avec des extérieurs inutiles. Daniel Auteuil trouve son meilleur rôle depuis… Depuis quand, déjà ? Et Gilles Lellouche joue bien ce personnage de Français moyen, partagé entre l’ambition et la crainte. Quant à Sara Giraudeau (révélée par l’excellente série " Le bureau des légendes "), elle apporte la sensibilité nécessaire à son personnage. "Adieu Mr Haffmann", ce n’est pas du grand cinéma d’auteur, mais c’est du bon cinéma français. C’est déjà pas mal.

Adieu Monsieur Haffmann - Bande-annonce Officielle HD

La bande-annonce

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Lingui, les liens sacrés

L'affiche de "Lingui, les liens sacrés"

Dans les faubourgs de N’djaména, au Tchad, Amina, mère célibataire, vit chichement en vendant quelques produits artisanaux. Son équilibre fragile vacille lorsqu’elle apprend que sa fille unique de quinze ans, Maria, est tombée enceinte et refuse de garder l’enfant, tout comme elle ne veut pas révéler l’identité du père. Pour Amina, commence un parcours douloureux dans un pays où l’avortement est illégal, et où son profil de mère célibataire l’a déjà éloigné de sa propre famille…

A travers cette relation fille-mère, le cinéaste Mahamat-Saleh Haroun (auteur d’"Un homme qui crie", primé à Cannes) dresse en creux un portrait de la condition féminine au Tchad, étouffée par une culture du patriarcat et des diktats religieux. Son film est assez linéaire, parfois un peu trop démonstratif, mais a le mérite de décrire avec justesse une réalité peu explorée par les médias européens.

LINGUI - LES LIENS SACRES / Bande-annonce

La bande-annonce

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

La séquence JT

Sur le même sujet

14 mai 2022 à 06:39
1 min
19 janv. 2022 à 10:00
3 min

Articles recommandés pour vous