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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Nightmare Alley", portrait d’un imposteur par Guillermo del Toro

Cate Blanchett et Bradley Cooper dans "Nightmare Alley"

Couronné d’un Lion d’or à Venise et des Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur en 2018 pour "The shape of water", Guillermo del Toro revient avec un projet tout aussi ambitieux, l’adaptation d’un roman américain déjà porté à l’écran en 1947, "Nightmare Alley".

Nightmare Alley

L'affiche de "Nightmare Alley"

Dans l’Amérique de la Dépression, Stanton Carlisle (Bradley Cooper), homme solitaire qui traverse une mauvaise passe, se réfugie dans une foire itinérante. Entre deux stands de monstres, il sympathise avec une voyante (Toni Collette) et son mari Pete, une ancienne gloire du mentalisme. Les côtoyer donne des idées à Stanton, qui va séduire Molly (Rooney Mara), une jeune recrue de la troupe. Ambitieux et sans scrupule, l’aventurier va échafauder un spectacle de mentaliste pour berner la bonne société new-yorkaise. Il va croiser sur sa route le Dr Ritter (Cate Blanchett), vénéneuse psychiatre qui va l’entraîner dans des arnaques de plus en plus téméraires…

On retrouve dans "Nightmare Alley", tous les thèmes chers à del Toro : un intérêt marqué pour les "moutons noirs", les marginaux, une fascination pour l’imposture… Et un goût très sûr pour l’esthétique rétro. Comme "The shape of water", ce nouveau film est un régal pour les yeux, chaque plan est une composition raffinée, flirtant parfois avec l’épouvante – la passion du cinéaste mexicain pour les monstres est bien connue. Le talent particulier de del Toro, c’est de se lancer dans des superproductions avec une méthode artisanale : alors que la plupart de ses confrères se reposeraient sur un déluge d’effets numériques, l’ami Guillermo adore construire d’impressionnants décors "en vrai", à l’ancienne : sa gigantesque foire est impressionnante.

Enthousiaste et généreux, del Toro a aussi le défaut de ses qualités : "Nightmare Alley" est splendide, souvent envoûtant, mais sans doute un peu trop long (le film dure près de deux heures et demie), comme si son auteur, piégé par sa gourmandise et son appétit de réaliser des scènes impressionnantes, n’avait pas su resserrer le rythme de sa fresque au montage. C’est un péché qu’on lui pardonne volontiers, car Guillermo del Toro est un des rares réalisateurs d’aujourd’hui à faire encore du cinéma avec un grand C.

NIGHTMARE ALLEY Bande Annonce VF (2022)

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L’amour, c’est mieux que la vie

L'affiche de "L'amour, c'est mieux que la vie"

Trois vieux copains. Le plus âgé, Gérard (Darmon), sent sa fin proche. Ses deux potes (Ary Abittan et Philippe Lellouche) décident de contacter en secret la boss d’une agence d’escort girls, Sandrine (Bonnaire) pour faire vivre à Gérard une dernière belle aventure. Sandrine accepte le contrat, mais va se prendre au jeu, et tomber réellement amoureuse de Gérard… Mais avec la maladie qui progresse, comment vivre cette idylle ?

Claude Lelouch axe la communication autour de son film en annonçant urbi et orbi qu’il s’agit de son 50e long-métrage. Dans celui-ci, il pratique l’autocitation : ainsi, il fait de Sandrine la fille du cambrioleur incarné, il y a près de cinquante ans, par Lino Ventura dans "La bonne année" – ce qui permet à Lelouch de replacer des images de ce film, ainsi que de "L’aventure c’est l’aventure"…

A revoir les plans de ces deux films délicieux insérés dans ce pénible "L’amour c’est mieux que la vie", on ne peut s’empêcher de se demander : où le talent de Lelouch s’est-il évaporé ? A force de nombrilisme, le cinéaste d’"Un homme et une femme", au lieu de se remettre en question, d’essayer de renouveler son inspiration en travaillant avec d’autres scénaristes, se contente de ressasser ses vieilles rengaines et de resservir ses mêmes recettes : des improvisations avec ses acteurs – mais Ary Abittan n’est hélas ni Ventura ni Belmondo – , des sentences dignes du Café du commerce mais débitées comme s’il s’agissait de grandes maximes philosophiques, et un univers restreint de Parisiens friqués dont l’univers esthétique se limite à des week-ends dans des hôtels cossus de Deauville. Bref, ce 50e film est à l’image de son titre : prétentieux et inepte.

L'amour c'est mieux que la vie

AU CINÉMA LE 19 JANVIER 2022

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The Electric Life of Louis Wain (disponible en VOD)

L'affiche de "The Electric Life of Louis Wain"

Initialement prévu pour une sortie en salles chez nous cet hiver, ce nouveau film avec Benedict Cumberbatch est disponible dès ce mercredi sur les plateformes VOD.

Le nom de Louis Wain est quasi inconnu chez nous, mais en Grande-Bretagne, ses aquarelles de chats, reproduites sur des milliers de cartes postales, font partie de la pop culture au même titre que le bestiaire de Beatrix Potter.

La vie de Louis Wain ressemble à une tragicomédie. Orphelin de père, aîné de la famille, il doit subvenir aux besoins de sa mère et de ses cinq sœurs. Il va oser épouser la gouvernante de la famille, de dix ans son aînée, ce qui fera scandale. Inventeur farfelu, passionné par le pouvoir de l’électricité au point de lui inférer des pouvoirs quasi mystiques, Wain était avant tout un dessinateur virtuose, qui a réussi, par ses dessins, à imposer le chat comme animal domestique dans la bonne société anglaise à l’orée du XXe siècle. Peu doué en affaires, l’artiste profitera peu de sa célébrité et sombrera dans la folie et la solitude…

Benedict Cumberbatch incarne cet "original" avec le talent fou qu’on lui connaît, et le réalisateur Will Sharpe, plutôt que de réaliser un biopic sage et académique, essaye de nous faire partager l’imaginaire halluciné de Wain avec des compositions de séquences parfois délibérément kitsch. Le drame de l’artiste est ainsi raconté à travers une série de vignettes colorées qui créent un contraste original. Résultat, la dimension authentiquement poétique du film vaut le détour.

The Electrical Life of Louis Wain - Official Trailer | Prime Video

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