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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "My Kid", un inoubliable portrait d’une relation père fils

"My Kid", de Nir Bergman

Le cinéaste israélien Nir Bergman est un auteur discret. Et pourtant, on lui doit la cocréation et la réalisation de "BeTipul", série vendue et célébrée dans le monde entier sous le titre "En thérapie". Il revient aujourd’hui avec une bouleversante étude psychologique, "My kid".

My Kid

L'affiche de "My Kid"

Aharon est un papa poule. Depuis des années, il a développé un lien fusionnel avec son fils Uri, autiste Asperger. Le temps a passé, Uri est devenu adulte, et sa mère Tamara veut convaincre son ex-mari Aharon de le conduire dans un centre spécialisé, où une place vient miraculeusement de se libérer. Mais Aharon renâcle ; il estime que son fils n’est pas prêt à ce changement, et redoute de le voir malheureux, isolé dans ce nouveau foyer. Sur un coup de tête, le père emmène son fils dans un voyage pour un nouveau départ Outre-Atlantique. Ce voyage improvisé va receler des bonnes et des mauvaises surprises…

Depuis "Rain man" avec Dustin Hoffman, le cinéma de fiction aborde régulièrement la problématique de l’autisme (cf. le magnifique "Hors normes" de Toledano et Nakache). L’originalité de Nir Bergman, épaulé par sa scénariste Dana Idisis (qui s’est inspiré ici de son père et de son frère), c’est de proposer un double portrait, et de montrer que si Uri a besoin de son père, l’inverse est tout aussi vrai : Aharon a profité du handicap de son fils pour lui-même se mettre en retrait du monde et abandonner ses ambitions professionnelles.

D’une grande finesse psychologique, solidement documenté, " My kid " jouit en outre d’un duo d’acteurs exceptionnels : face à Shai Avivi (Aharon), Noam Imber incarne Uri, ce garçon autiste, avec une troublante perfection. Distillant une émotion pudique et profonde, "My kid" est un des très grands moments de cinéma de cette année.

MY KID Bande Annonce (2021) Drame

La bande-annonce

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Un héros

L'affiche du film "Un Héros"

C’était, pour de nombreux critiques, le film favori pour la Palme d’Or de dernier Festival de Cannes. Hélas pour lui, "Un héros" du réalisateur iranien Asghar Farhadi a dû se contenter du Grand Prix du jury, coiffé sur le poteau par l’improbable " Titane " de Julia Ducournau. Et pourtant, l’occasion était belle de couronner un des grands cinéastes d’aujourd’hui.

Comme dans son film "Une séparation", qui l’a révélé en 2011 sur la scène internationale, Farhadi part d’une situation presque banale pour construire très subtilement un drame implacable. Au centre de "Un héros", il y a un quadragénaire, Rahim, qui purge une peine de prison à cause d’une dette impayée. Profitant d’une permission de deux jours, il tente de convaincre son créancier de retirer sa plainte. Et devient le héros des médias parce qu’il a accompli un geste chevaleresque : il a tout fait pour rendre à son propriétaire un sac rempli d’espèces, au lieu d’en profiter lui-même… Mais cet acte généreux va compliquer sa situation au lieu de l’adoucir.

Avec un sens aigu de la narration, Farahdi construit un engrenage autour de son personnage principal, et dépeint avec tact tous les interdits de la société iranienne, la violence sous-jacente contenue dans ses rapports sociaux… Du grand art.

UN HÉROS Bande Annonce (2021) Asghar Farhadi

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Riders of Justice

L'affiche de "Riders of Justice"

La femme de Markus, militaire en mission en Afghanistan, meurt dans un accident de train, tandis que leur fille Mathilde survit au drame. Markus rentre au pays s’occuper de cette adolescente qu’il connaît mal, étant trop souvent éloigné du domicile conjugal. Ces retrouvailles difficiles sont troublées par l’arrivée d’Otto, qui frappe à la porte de Markus : lui aussi était à bord du train, et, statisticien passionné, il a réuni des preuves comme quoi il ne s’agissait pas d’un accident mais d’un attentat. Avec deux collègues aussi déterminés que lui, il parvient à convaincre Markus de mener une vendetta contre les auteurs présumés de ce drame…

Mads Mikkelsen, déjà applaudi dans le récent "Drunk", crève une fois de plus l’écran dans "Riders of Justice" : cheveux ras, longue barbe d’apôtre, il incarne Markus, ce mercenaire mutique peu doué pour cerner la psychologie de sa fille teenager, mais par contre très efficace pour mener des expéditions punitives. Le réalisateur Anders Thomas Jensen détourne tous les clichés du "revenge movie" grâce à un scénario inventif, une galerie de personnages impayables, et un humour noir féroce.

"Riders of Justice" évoque un peu l’art et la manière du "Fargo" des frères Coen – une belle référence ! Autrement dit, c’est un régal.

RIDERS OF JUSTICE

Dès le 22/12 en salles

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King’s Man

L'affiche de "The King's Man"

En 2014, le réalisateur Matthew Vaughn créait la (bonne) surprise avec " Kingsmen ", où l’on découvrait une organisation d’espionnage blottie derrière la boutique d’un prestigieux tailleur de Savile Row. Le film, mélange d’aventure rocambolesque et d’humour british façon "Chapeau melon et bottes de cuir" était emmené par Colin Firth et la révélation du film, Taron Egerton. En 2017, une suite arrivait sur les écrans où, hélas, la magie et le charme du premier opus s’étaient évaporés, écrasés par une inutile débauche de moyens.

Pour ce troisième film, Vaughn a revu sa copie et propose un préquel qui explique la naissance de la fameuse organisation. "King’s man" nous plonge à la veille de la première Guerre Mondiale. Avec un scénario délicieusement délirant, le cinéaste plonge un aristocrate et son fils (Ralph Fiennes et Harris Dickinson) dans un périple pour déjouer un complot mené par des conspirateurs internationaux dans l’Europe centrale. Vaughn s’amuse à mêler la grande Histoire – l’attentat de Sarajevo, la figure mystérieuse de Raspoutine à la cour du Tsar – et les personnages fictifs qui créeront les "Kingsmen". C’est vif, c’est stylé, et c’est vintage : ici, pas d’épée-laser ou de super-héros, mais des hommes qui se battent à la main ou à l’épée… Refreshing, isn't it ? Et Fiennes, comme de coutume, est impérial.

 

The King's Man | Official Trailer 2 [HD] | 20th Century FOX

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La séquence JT

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