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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Lunana", une odyssée spirituelle au Bouthan

Lunana, a yak in the classroom
11 mai 2022 à 06:50 - mise à jour 11 mai 2022 à 07:184 min
Par Hugues Dayez

Le Bouthan, petit royaume bouddhiste situé à l’est de la chaîne de l’Himalaya, fait rarement la une de l’actualité internationale. Un film intitulé "Lunana, a yak in the classroom" a fait l’évènement cette année en se hissant parmi les cinq films finalistes pour l’Oscar du meilleur film étranger.

Lunana, a yak in the classroom

Lunana, a yak in the classroom - l'affiche

Dans une des grandes métropoles du pays, Ugyen suit des études d’instituteur. Sans grande conviction car le jeune homme, fasciné par la culture occidentale, rêve d’embrasser une carrière de chanteur pop en Australie. La directrice de son école, pour le punir de son manque d’investissement dans ses études, l’envoie effectuer un stage de plusieurs mois à Lunana, petit village reculé, au cœur des montagnes. Après un voyage interminable et six jours de marche, Ugyen découvre Lunana : un hameau niché à 4800 mètres d’altitude, avec cinquante-six habitants, des yacks, et une école sans tableau noir ni électricité. Ugyen, accroché à ses écouteurs et ses gadgets, va devoir apprendre une autre réalité.

Le principe d’un citadin blasé qui découvre les valeurs les plus fondamentales de l’existence lorsqu’il est plongé dans un monde rustique et rudimentaire, c’est presque aussi ancien que le cinéma. Mais sur ce canevas classique, le réalisateur Pawo Choyning Dorji réussit un film sincère et authentique, à la lisière du documentaire : la plupart des habitants de Lunana, à commencer par les enfants – craquants de naturel – n’avaient jamais vu un film de cinéma de leur vie, et l’équipe technique du projet a dû convoyer tout le matériel (caméra, éclairage, groupe électrogène) sur plus de soixante mules pour rendre le tournage réalisable. Leurs efforts n’ont pas été vains, il se dégage de "Lunana" une vraie poésie, mâtinée d’une certaine mélancolie face à ce monde d’antan menacé par le changement climatique et les assauts de la modernité.

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Leave no traces

Leave no traces

Varsovie, mai 1983. Lors d’une sortie entre copains, un étudiant est interpellé arbitrairement et tabassé par la police. Il ne survivra pas à ses blessures. Sa mère est une militante proche du syndicat Solidarnosc, et rapidement, une gigantesque manifestation se met sur pied pour dénoncer l’immonde bavure. Mais le régime totalitaire du général Jaruzelski entend bien étouffer le scandale. Seul hic : Jurek, un ami du défunt, étudiant lui aussi, a été témoin du meurtre. Le jeune homme ne va pas tarder à être pris en tenaille entre la police secrète qui veut le faire taire et les rebelles au gouvernement qui comptent sur lui pour être un témoin clé au procès qui se prépare…

Le jeune cinéaste polonais Jan Matuszynski n’était pas né au moment des faits qu’il décrit – il est né en 1984 – mais il dépeint avec précision cette époque oppressante, à travers le personnage de Jurek. Pour rendre justice à chacun des protagonistes, à la complexité de leurs situations respectives, le réalisateur opte pour un récit long (près de deux heures quarante minutes). Aujourd’hui, ce type de sujet et de format convient peut-être mieux à une exploitation en mini-série de trois ou quatre épisodes, mais qu’il en soit, "Leave no traces" reste un des films solides de la sélection 2021 de la Mostra de Venise.

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Les folies fermières

Les Folles Fermières

David, agriculteur quadragénaire, a le couteau sur la gorge ; il est criblé de dettes, sa ferme va être saisie. C’est alors que germe une idée folle : pourquoi ne pas investir la grange en y créant un cabaret, avec des dîners-spectacles permettant de savourer les produits du terroir tout en applaudissant des numéros de music-hall ?

Avec l’aide d’une jeune danseuse énergique, David se lance dans des auditions pour détecter des talents dans la région, et monter cet improbable projet…

"D’après une fabuleuse histoire vraie" précise le générique. Il valait mieux le préciser, en effet, car tout, dans cette comédie dramatique de Jean-Pierre Améris, apparaît comme caricatural et invraisemblable. Chaque rôle est défini de manière unidimensionnelle, comme dans un jeu des familles : Alban Ivanov campe un David maladroit et timide, Sabrina Ouazani une danseuse sexy et intraitable, Michèle Bernier une fermière "au grand cœur derrière sa rude écorce", etc. Améris, qu’on a connu plus subtil dans la première partie de sa carrière ("Les aveux de l’innocent", "Les émotifs anonymes") dirige tout ce petit monde en soulignant, besogneux, tous les rebondissements ultra-prévisibles de l’intrigue, histoire que le spectateur de ce téléfilm du samedi soir – qui aboutit, sans raison valable, au cinéma – ne se creuse pas trop les méninges…

LES FOLIES FERMIÈRES

Dès le 11/05/22 au cinéma.

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On sourit pour la photo

L'affiche de "On sourit pour la photo"

Pour tenter de sauver son couple, Thierry, comptable proche de la retraite, veut essayer de retrouver "la magie des débuts" et se met en tête de revivre ses meilleures vacances en famille, celles en Grèce 1998. Mais ses enfants ont grandi, sa femme ne songe qu’à le quitter sitôt ce pèlerinage accompli… Comment faire surgir l’étincelle susceptible de renverser la situation ?

On a aimé Jacques Gamblin à ses débuts, dans le délicieux "Mademoiselle" de Philippe Lioret face à Sandrine Bonnaire, il y a vingt ans. Même s’il a gardé sa silhouette ascétique, Gamblin, dans cette comédie piteuse, surjoue tristement face à Pascale Arbillot – excellente comédienne qui a tendance, hélas, à n’être pas très regardante dans le choix de ses rôles. Gamblin et Arbillot sont englués dans un scénario sans surprise ni saveur, et tentent sans succès de donner du relief à des dialogues sans éclat et à des situations poussives. Le film est signé François Uzan, à ne pas confondre avec François Ozon. Car si Ozon ose (des projets qui sortent des sentiers battus), Uzan use – la patience du spectateur, fut-il le mieux luné du monde.

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