Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Les Pires", le cinéma et les jeunes acteurs non professionnels

Mallory Wanecque, dans "Les Pires"

© Pyramide Distribution

Le film, signé Lise Akoka et Romane Gueret, a remporté le Grand Prix d’"Un certain regard", section parallèle du Festival de Cannes (celle-là même qui révéla "Girl" de Lukas Dhont). L’affiche du film, qui ressemble étrangement à celle de "Close", parle aussi des affres de l’adolescence…

Les Pires

"Les Pires", l'affiche

Un cinéaste flamand, Gabriel (Johan Heldenbergh, révélé internationalement par "Broken Circle Breakdown") débarque à la Cité Picasso, dans la banlieue de Boulogne-sur-Mer, pour y tourner un drame réaliste mettant en vedette des adolescents. Pour trouver ses acteurs, Gabriel et son équipe ont effectué de nombreuses auditions dans la région, et ont jeté leur dévolu sur quatre jeunes : Lily, Ryan, Maylis et Jessy. Mais dans le quartier, on s’interroge : pourquoi ont-ils donc choisi les pires ?

L’histoire du cinéma est jalonnée de castings sauvages qui ont permis de révéler des jeunes acteurs/trices que rien ne prédestinait au cinéma : de Sophie Marceau à Emilie Dequenne en passant par Sandrine Bonnaire, la liste est longue. Le film "Les Pires", qui décrit un tournage qui se déroule dans un quartier défavorisé du Nord de la France, pose plein de questions : comment le cinéma peut-il bouleverser l’adolescence de ces jeunes d’origine modeste ? Comment cette expérience va influer sur leur passage à l’âge adulte ? Est-ce qu’on sort indemne de l’aventure d’un tournage ?

Le duo des réalisatrices signe une chronique très juste et sensible sur ce thème, mais on aurait aimé que le film monte en puissance sur le plan dramaturgique avec une intrigue plus forte, et ne se présente pas uniquement comme une collection de moments… On pointera néanmoins le charisme naturel d’une de ses interprètes, Mallory Wanecque, dont c’est la première et certainement pas la dernière apparition à l’écran.

Broker

"Broker", l'affiche

C’est la nuit, il pleut, et une jeune femme abandonne son bébé dans une "baby box" – phénomène répandu au Japon et en Corée. Le bébé va être récupéré par deux hommes, qui espèrent bien se faire de l’argent avec le commerce des nouveau-nés. Mais rien ne va se dérouler comme prévu.

Hirokazu Kore-Eda quitte son Japon natal pour tourner en Corée du Sud avec Song Kang-Ho, l’acteur de "Parasite" – qui a d’ailleurs remporté le prix d’interprétation à Cannes cette année avec "Broker". Ceux qui connaissent le cinéma de Kore-Eda savent combien la problématique de la famille – celle dans laquelle on grandit ou celle qu’on se choisit – est au cœur de ses préoccupations.

Mais après des grands films comme "Nobody knows" ou "Tel père, tel fils", on a le sentiment que ce cinéaste délicat a tendance à se répéter, voire à faire du surplace. "Broker", malgré ses qualités, ne surprend donc plus guère.

Maestro(s)

L'affiche de "Maestro(s)"

Denis Dumar (Yvan Attal) est un chef d’orchestre comblé ; il vient de remporter une nouvelle Victoire de la musique classique, il est célébré par tous… Ou presque : seul son père François (Pierre Arditi) boude son succès. Car le père est lui aussi un grand chef d’orchestre. Seulement voilà : François est au crépuscule de sa carrière, c’est un monstre de narcissisme, et il voit d’un très mauvais œil la concurrence de son propre fils. Un quiproquo professionnel va alors venir compliquer des relations familiales déjà très tendues…

Sur le papier, la relation père/fils, quand tous les deux sont des artistes ambitieux, est un excellent thème pour une comédie dramatique. Or le réalisateur de "Maestro(s)", Bruno Chiche semble avoir un flair infaillible pour complètement passer à côté de son sujet. Il met plus de quarante minutes à mettre en place les enjeux de son film et provoquer la confrontation entre Denis et François – c’est inutilement long – et une fois celle-ci opérée, il ne semble plus savoir que faire de ses personnages, se perdant dans des chemins de traverse superflus (les problèmes de cœur de Denis) et se permettant une scène finale aussi grotesque qu’invraisemblable – pour la deviner, il suffit de contempler l’affiche du film, qui révèle carrément son dénouement. En résumé, on appelle ça un ratage.

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