Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Le nouveau jouet", vain remake

Jamel Debbouze et Simon Faliu

© Eskwad – Caroline Dubois

A 47 ans, Jamel Debbouze s’invite sur tous les plateaux de télévision et toutes les radios de la francophonie pour promouvoir "Le nouveau jouet" de James Huth, qui marque son retour au cinéma après une décennie terne, marquée par l’échec cinglant de son film "Pourquoi j’ai pas mangé mon père".

Le nouveau jouet

"Le nouveau jouet"

"Le nouveau jouet", c’est l’histoire d’Alexandre, 12 ans, fils unique de Philippe Etienne (Daniel Auteuil), l’homme le plus riche de France. Comme cadeau d’anniversaire, le jeune adolescent jette son dévolu sur Sami (Jamel), vigile aux Galeries Lafayette. Au départ interloqué par l’idée de devenir le jouet de ce gosse de riche, Sami finit par accepter, car il est criblé de dettes et tire le diable par la queue… Mais peut-on impunément acheter un être humain ?

Ce scénario vous rappelle quelque chose ? C’est normal, le film est un remake du "Jouet", le premier film réalisé en 1976 par Francis Veber, avec Pierre Richard et un inoubliable Michel Bouquet. Si, à sa sortie, cette comédie originale ne fut qu’un demi-succès, elle est devenue au fil des ans un des films cultes de l’auteur de "L’emmerdeur".

Dans "Le nouveau jouet", tout a été fait pour permettre d’en faire un véhicule pour Jamel. Si, dans l’original, l’homme-jouet incarné par Pierre Richard était un journaliste au chômage, ici il devient un petit magouilleur d’une cité de banlieue, sommé par sa compagne enceinte de trouver un vrai boulot. Ce qui permet au réalisateur James Huth de renforcer le contraste entre le milieu populaire de Sami et le gigantesque château qu’il va découvrir en devenant le jouet d’Alexandre.

Le problème, c’est que Jamel, en ludion décalé dans un univers trop imposant pour lui, est condamné à verser dans l’autoparodie, à cabotiner comme un vieux clown qui ressort toujours les mêmes ficelles – et face à lui, le jeu du jeune Simon Fallu (comme hélas trop souvent dans les comédies françaises) relève plus de la récitation appliquée que du travail d’acteur. Seul Daniel Auteuil, dans le rôle du PDG incapable d’exprimer la moindre émotion, tire son épingle du jeu dans cette comédie poussive et prévisible, remake inutile et boursouflé du petit bijou de Veber.

Le Nouveau Jouet

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Belle et Sébastien : nouvelle génération

"Belle et Sébastien : nouvelle génération"

Et tant qu’à évoquer des remakes inutiles, mentionnons ce énième "reboot" du feuilleton iconique de Cécile Aubry.

Après trois films dans les années 2010, Gaumont essaye de souffler sur les braises et de raconter dans la France d’aujourd’hui cette inusable histoire d’une amitié entre un petit garçon et une grande chienne blanche dans un décor montagnard enchanteur…

Le plus ridicule dans cette version 2022, c’est d’avoir confié le rôle de la grand-mère de Sébastien à Michèle Laroque, pas crédible une demi-seconde en bergère/fermière spécialiste de la transhumance des moutons… Grotesque.

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Yuku et la fleur de l’Himalaya

"Yuku et la fleur de l’Himalaya"

Yuku est une petite souris qui va vivre une véritable odyssée : pour rendre hommage à sa grand-mère qui va bientôt rendre l’âme, elle se met en tête de gravir l’Himalaya pour y cueillir une fleur qui regorge de lumière… Evidemment, son périple sera truffé de rencontres plus ou moins heureuses.

Le réalisateur/producteur belge Arnaud Demuynck, auteur de nombreux dessins animés pour enfants, s’est lancé cette fois dans un long-métrage avec la collaboration de Rémi Durin. Sur un canevas assez classique – un voyage parsemé de rencontres, prétexte à de nombreuses séquences musicales (cf. "Le livre de la jungle", le chef-d’œuvre de Disney) -, le duo réussit un film charmant, doté d’un casting vocal formidable, où l’on reconnaîtra Agnès Jaoui, Tom Novembre… Et même le regretté Arno dans un rôle de rat mémorable.

Yuku et la fleur de l'Himalaya

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R.M.N.

"R.M.N."

"R.M.N.", c’est à la fois le portrait d’un homme, Matthias, et d’une région, la Transylvanie. Exilé en Allemagne où il travaillait dans un abattoir, Matthias revient au pays à la veille de Noël. Il veut voir grandir son petit garçon, jusqu’ici surtout élevé par sa mère, et il a envie de reconquérir sa maîtresse, Csilla. Celle-ci dirige une boulangerie industrielle qui, pour fonctionner à plein régime, engage des travailleurs en provenance du Sri Lanka… Ce qui ne tarde pas à provoquer la colère des habitants de la petite ville.

Le cinéaste roumain Cristian Mungiu, habitué du Festival de Cannes, aime traiter à bras-le-corps des problématiques contemporaines dans ses drames : l’avortement clandestin dans "Quatre mois, trois semaines, deux jours" (gagnant de la Palme d’or en 2007), l’exorcisme et le mysticisme dans "Au-delà des collines" (prix du scénario), la corruption dans "Baccalauréat" (prix de la mise en scène). Ici, dans "R.M.N", il est question du racisme ordinaire, de cette xénophobie larvée qui ne s’exprime qu’en groupe, lors de réunions communales ("Vous comprenez, je n’ai rien contre ces gens-là, mais…").

C’est dans ces scènes-là que Mungiu frappe toujours juste et fort. Mais dans ce nouveau film, il verse aussi parfois dans un symbolisme, hélas, assez opaque.

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Un beau matin

"Un beau matin" l'affiche

Sandra (Léa Seydoux), jeune mère qui élève seule sa fille, voit avec détresse la santé mentale de son père (Pascal Greggory), professeur de philosophie qu’elle adore, se dégrader inexorablement. Plongée dans des problèmes logistiques – où lui trouver une place décente en Ehpad ? – , Sandra rencontre par hasard Clément (Melvil Poupaud), un ami de jeunesse dont elle va tomber amoureuse. Mais peut-on vivre au même moment un grand malheur et une promesse de bonheur, la tristesse et la joie ?

La réalisatrice Mia Hansen-Love fait partie de ces artistes qui "ont la carte" à Paris, autrement dit qui sont les chouchous d’une certaine intelligentsia parisienne – ce qui lui a valu d’être sélectionnée avec ce film à la "Quinzaine des réalisateurs" à Cannes.

Inspirée par une expérience personnelle (la propre déchéance de son père), la cinéaste signe ici un drame intimiste certes sincère et plutôt touchant, mais mis en scène sans beaucoup de relief… Bref, on est loin de l’intensité bouleversante de "The father" de Florian Zeller (pour prendre une comparaison récente).

 

Un Beau Matin

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