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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Le monde d’hier", Léa Drucker présidente

Léa Drucker, dans "Le monde d’hier"
13 avr. 2022 à 06:352 min
Par Hugues Dayez

C’est un film de politique-fiction qui sort, fort à propos, entre les deux tours de l’élection présidentielle française : "Le monde d’hier" met en scène le règne finissant d’une Présidente de la République.

Le monde d’hier

L'affiche du film "Le monde d'hier"

L’action se déroule à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle. Elizabeth de Raincy, secrètement malade, a décidé de ne pas se représenter pour un second mandat, passant le relais à un membre de son parti (le réalisateur, Diastème, laisse entendre qu’il s’agit d’un parti modéré, mais ne précise pas lequel). Mais le secrétaire général de l’Elysée, son homme de confiance, arrive avec des nouvelles glaçantes : son rival d’extrême-droite a toutes les chances de remporter l’élection… A quelques heures de l’échéance, un vent de panique souffle dans les plus hautes sphères de l’Etat.

"Le monde d’hier" démarre bien : les enjeux sont rapidement et clairement posés, Léa Drucker est crédible et Denis Podalydès, dans le rôle de son bras droit, est tout aussi convaincant. Bref, on se réjouit d’assister à un bon suspense dans les coulisses du pouvoir. Mais plus le film avance, plus il déçoit : l’intrigue s’effiloche, comme si Diastème se désintéressait du dispositif qu’il a mis en place, et préfère lorgner vers les canons de la tragédie antique, avec questionnement sur la loyauté, la trahison, l’ambition personnelle… "Le monde d’hier" change alors de nature, et se termine en queue de poisson. Dommage, car ses prémisses étaient encourageantes.

Le Monde d'hier (2022)

La bande-annonce

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A l’ombre des filles

L'affiche du film "A l'ombre des filles"

Luc, chanteur lyrique renommé, a décidé de prendre une pause carrière et choisi de se ressourcer en animant un atelier de chant dans une prison de femmes. Il va devoir mettre son idéalisme à l’épreuve d’une autre réalité : entre son parcours privilégié et celui, bien plus accidenté, des détenues, c’est le choc de deux mondes.

Sur un thème très convenu – l’an dernier, on découvrait Kad Merad animant des ateliers de théâtre en prison dans "Un triomphe" – , le réalisateur Etienne Comar signe un film assez attachant. Il doit beaucoup à ses interprètes : Alex Lutz s’y affirme une fois de plus un excellent acteur de composition, et parmi ses partenaires féminines, Veerle Baetens, Hafsia Herzi et Agnès Jaoui ne déméritent pas. Malgré une chute de rythme au milieu du film – le talon d’Achille de nombreux scénarios français -, "A l’ombre des filles" évite soigneusement les habituels clichés larmoyants sur ce genre de sujet. On lui en sait gré.

A L'OMBRE DES FILLES (2022)

La bande-annonce

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Vortex

L'affiche de "Vortex" de Gaspar Noé

Après le viol ("Irréversible"), le trip dans l’au-delà ("Enter the void"), le sexe en 3D ("Love") et la drogue ("Climax"), le cinéaste français d’origine argentine Gaspar Noé s’attaque à un nouveau grand thème intemporel : la vieillesse et la maladie. Dans "Vortex", il filme un vieux couple avec la maladie d’Alzheimer qui diminue les facultés de la femme et plonge son mari dans le désarroi…

Noé semble ignorer qu’un grand cinéaste, Michael Haneke, a traité du même sujet dans un chef-d’œuvre : "Amour" avec Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. La différence avec Noé réside essentiellement (comme toujours) dans son approche formelle ; il filme le couple en split-screen, suivant en parallèle les actions de l’homme et de la femme. Ce procédé de l’écran divisé, mis à la mode en 1968 dans "L’affaire Thomas Crown" par Norman Jewison, a été peu utilisé depuis, tellement il est horripilant pour le spectateur : véritable gadget, il détourne l’attention du vrai sujet du film et annihile l’émotion. La seule curiosité de "Vortex" c’est de voir dans les deux rôles principaux le cinéaste italien Dario Argento face à Françoise Lebrun, l’ancienne égérie de Jean Eustache, au soir de leurs vies. Et Alex Lutz (encore lui) tire son épingle du jeu dans le rôle du fils du couple…

VORTEX

Au cinéma le 13/04

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