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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "La Ruse", passionnante et authentique histoire d’espionnage

"La Ruse", avec Matthew MacFadyen et Colin Firth
27 avr. 2022 à 06:30 - mise à jour 27 avr. 2022 à 06:454 min
Par Hugues Dayez

Le titre anglais : "Operation Mincemeat", "opération viande hachée" : c’était le nom de code de ce stratagème imaginé par les services secrets britanniques pour berner Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale.

La Ruse

L'affiche de "La Ruse"

L’action se déroule en juillet 1943. Les forces alliées projettent de débarquer des troupes sur les côtes de Sicile pour renforcer la résistance à l’armée nazie. Mais le risque de voir ces troupes décimées par le dispositif allemand est énorme ; il faut imaginer un leurre, faire croire aux espions du IIIe Reich – et donc à Hitler – que les Alliés préparent un débarquement en Grèce. Au sein des services secrets britanniques, deux hommes, Ewen Montaigu (Colin Firth) et Charles Cholmondeley (Matthew MacFadyen, vu dans "Pride and Prejudice" face à Keira Knightley) ont une idée folle : récupérer un cadavre, en faire un officier fictif, charger ses poches de documents ultrasecrets évoquant le plan grec, et faire en sorte que le corps échoue sur les côtes espagnoles, où les espions allemands le récupéreront et feront part de leur découverte en haut lieu à Berlin…

Basé sur un best-seller très documenté de Ben Macintyre, "La Ruse" réussit à condenser en deux heures cet incroyable coup de poker du MI-5. Le film est construit en deux parties, la première détaillant la création de cet officier fantôme jusque dans ses moindres détails, la seconde son acheminement vers le continent dans l’espoir que le stratagème fonctionne. Le réalisateur John Madden (à qui l’on doit des réussites éclatantes comme " Shakespeare in love " et " Indian Palace ") tient le spectateur en haleine de bout en bout, et crée une galerie de personnages complexes et attachants. Et, comme toujours dans ce genre de production, la reconstitution historique est impeccable et le casting étincelant. En un mot comme en cent, "La Ruse", c’est du grand cinéma populaire de qualité.

La Ruse

Dès le 27 avril au cinéma

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Memory

L'affiche de "Memory"

En 2003, "De zaak Alzheimer" devenait un des plus gros succès du cinéma flamand. Jan Decleir (connu du public francophone grâce à "Daens") y incarnait un tueur à gages qui ressentait les premiers symptômes d’effacement de sa mémoire à cause de la maladie d’Alzheimer, et qui tentait, vaille que vaille, de remplir son dernier contrat…  Près de vingt ans plus tard, Hollywood sort (enfin) le remake de cet excellent polar.

Liam Neeson incarne un tueur professionnel atteint d’Alzheimer, et qui refuse d’éliminer une des cibles désignées, parce qu’il s’agit d’une enfant, et que ce geste est contraire à ses principes. A partir de ce moment-là, il va devoir jouer partie serrée entre ses anciens commanditaires – dirigés par une femme d’affaires sans scrupule (Monica Bellucci) – et le FBI qui le pourchassent.

Derrière la caméra, un vieux routier du thriller, Martin Campbell (à qui l’on doit la réalisation de "Goldeneye" et de "Casino Royale", mais aussi des "Zorro" avec Banderas). Il signe un produit efficace, mais sans originalité : alors que le film belge dressait un portrait psychologique assez fouillé, et presque émouvant, du tueur qui luttait pied à pied contre son handicap, "Memory" enchaîne mécaniquement les scènes d’action, faisant presque passer au second plan les affres du personnage incarné par Liam Neeson – par peur sans doute de risquer des chutes de rythme : entertainment first, le spectateur américain lambda vient pour se divertir, pas pour réfléchir à un thriller aux accents métaphysiques.

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Wheel of fortune and fantasy

L'affiche de "Wheel of fortune and fantasy"

Alors que "Drive my car", film qui a valu à Ryusuke Hamaguchi l’Oscar du meilleur film étranger, termine sa carrière en salles chez nous, voici qu’arrive son nouveau film, "Conte du hasard et autres fantaisies". Tandis que "Drive my car" développait sur trois heures une nouvelle de Haruki Murakami, "Wheel of fortune" propose, en deux heures, trois brèves histoires indépendantes l’une de l’autre – Ce qu’on appelle communément un "film à sketches".

 

Mise en scène minimaliste, distribution réduite : à travers trois récits intimistes, Hamaguchi questionne le pouvoir du hasard dans la destinée humaine. A la manière d’un Eric Rohmer dans ses "Contes des 4 saisons", il raconte comment une rencontre fortuite ou un petit accident du quotidien peut changer les trajectoires sentimentales. Si "Drive my car" donnait le désagréable sentiment de tirer inutilement en longueur, le cinéaste japonais fait ici preuve d’une concision nettement plus convaincante, et parvient à créer des personnages complexes en quelques scènes à peine. Sans entrer dans les détails des trois intrigues, la deuxième, où une étudiante essaye de se venger d’un professeur exigeant, est sans doute la plus subtile.

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Tromperie

L'affiche de "Tromperie"

Cherchant à tourner un projet réalisable pendant le confinement, Arnaud Desplechin a jeté son dévolu sur un roman du grand écrivain new yorkais Philip Roth, "Deception". Soit la relation entre Philip, écrivain renommé exilé à Londres et sa jeune maîtresse, qui vient lui rendre des visites régulières dans son appartement. Ils y font l’amour, discutent à perte de vue sur ce qui les réunit et ce qui les différencie : l’âge, l’éducation, le rapport à la vie et à la mort.

Desplechin, dans cette adaptation française du roman de Roth, fait appel à des conventions de théâtre : le spectateur est censé croire que Denis Podalydès est un intellectuel américain, que son appartement (visiblement parisien) est au cœur de Londres, et que sa maîtresse (Léa Seydoux) est anglaise. Mais ce qui peut fonctionner au théâtre (où l’on accepte, par exemple, de voir une version française de "Un tramway nommé désir" ou "Qui a peur de Virginia Woolf ?") échoue au cinéma : on ne croit à rien ni personne dans "Tromperie". Et on s’ennuie ferme devant ce huis clos verbeux et artificiel, sans grâce ni magie. Peut-être que si Desplechin avait vraiment tourné à Londres avec un acteur américain et une actrice anglaise, l’univers de Roth aurait été préservé. Rien de tel dans ce projet bancal (applaudi à Cannes, car Desplechin est un grand chouchou de la critique parisienne).

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