Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "CODA", "The Eyes of Tammy Faye", les Oscars sont sur les plateformes

Le casting de CODA à la cérémonie des Oscars
30 mars 2022 à 06:28 - mise à jour 30 mars 2022 à 06:59Temps de lecture4 min
Par Hugues Dayez

"CODA", Oscar du meilleur film, a été acheté par Apple TV. "The Power of the Dog", Oscar de la meilleure réalisation pour Jane Campion, est, rappelons-le, une production Netflix. Quant à "The Eyes of Tammy Faye", qui a valu à Jessica Chastain l’Oscar de la meilleure actrice, il vient de débarquer sur Disney +.

CODA (Apple TV)

L'affiche de "CODA"

"CODA" (abréviation pour "Child of deaf parents") reprend les grandes lignes de la comédie française "La famille Bélier" : on suit le dilemme de Ruby (la jeune actrice anglaise Emilia Jones, une révélation), partagée entre la volonté de continuer à aider ses parents sourds à maintenir à flot leur petite entreprise de pêche, et son désir de devenir chanteuse…

Certains remakes U.S de films français sont des catastrophes ("Buddy Buddy", remake de "L’emmerdeur" qui a coulé la fin de carrière de Billy Wilder, "Dinner for schmucks" avec Steve Carrell, qui a bousillé le "Diner de cons" de Francis Veber…) Par contre, "CODA" est plus réussi que "La famille Bélier". Alors que dans l’original, Karin Viard et François Damiens avaient appris le langage des signes pour jouer les rôles de parents, ici ce sont des véritables acteurs sourds qui les incarnent : Marlee Matlin (lauréate de l’Oscar à ses débuts pour le drame "Les enfants du silence") et Troy Kotsur, récompensé par l’Oscar du meilleur second rôle. L’idée de la réalisatrice/adaptatrice Sian Heder de faire de ce couple non pas des cultivateurs, mais des pêcheurs est excellente, et ajoute de l’ampleur à certaines scènes.

Autre différence notable : dans "La famille Bélier", le professeur de chant (Eric Elmosnino) enseignait des chansons de Michel Sardou à ses élèves. Ici, on échappe à ces tubes franchouillards pour avoir, en point d’orgue du film, la sublime chanson de Joni Mitchell, "Both sides now", réinterprétée magnifiquement par Emilia Jones. Sans être un grand film d’auteur, "CODA" est un film enlevé, généreux, attachant, fédérateur – ce qui explique son triomphe aux Oscars.

CODA — Official Trailer | Apple TV+

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Dans les yeux de Tammy Faye (The Eyes of Tammy Faye) (Disney +)

L'affiche de "The Eyes of Tammy Faye"

Tammy Faye est un de ces personnages "hénaurmes" comme seule l’Amérique peut en générer : avec son mari Jim Bakker, elle lança une chaîne où leurs talents de télévangélistes firent fureur dans les années 80, à tel point que, grâce aux donations de leurs 20 millions de fidèles/téléspectateurs, ils furent à la tête d’un empire "chrétien", avec chaîne hôtelière et parc d’attractions… Mais si Jim était un escroc opportuniste animé par un esprit de lucre, Tammy Faye n’hésitait pas à ruer dans les brancards en invitant dans son show des homosexuels atteints du SIDA – un véritable scandale sur une chaîne 100% républicaine et réactionnaire dans l’Amérique de Reagan.

Découvrant un documentaire qui lui était consacré, Jessica Chastain a voulu coûte que coûte incarner Tammy Faye, chanteuse prosélyte à la voix de Betty Boop… Aidée par un maquillage hallucinant, Chastain se glisse dans la peau de cette femme plus complexe qu’il n’y paraît. Elle n’a pas volé son Oscar, mais le film, qui avance au pas de charge pour décrire l’ascension et la chute de ce couple très célèbre aux USA, est un peu frustrant, car il reste à la surface des choses. On aurait aimé une mini-série de quatre ou six épisodes pour mieux explorer les zones d’ombre de cette destinée délirante, si terriblement américaine.

 

Dans les yeux de Tammy Faye - Disney+

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Les sorties en salle

En Corps

L'affiche de "En Corps" de Cédric Klapisch

Elise, 26 ans, n’a grandi que par et pour la danse classique. Alors qu’elle est en passe de réaliser son rêve – devenir danseuse étoile à l’Opéra de Paris, le destin s’en mêle : elle fait une grave chute sur scène. Résultat : une énorme entorse, qui la rend inopérante pendant des mois… Voire plus. Pour tenter de noyer sa désillusion et son chagrin, Elise rejoint un couple d’amis qui tient un food-truck. Un jour, la camionnette fait étape devant un espace polyvalent, qui sert d’espace de répétition pour des artistes. Là, Elise découvre le travail d’une compagnie de danse contemporaine… Sa vocation première se réveille. Mais son corps peut-il encore être à la hauteur de ses désirs ?

Cédric Klapisch avait envie depuis longtemps de filmer la danse. Il a échafaudé une gentille petite fiction pour soutenir cette envie. Optimiste et bienveillant de nature, le réalisateur de "L’auberge espagnole", aujourd’hui sexagénaire, continue à filmer la jeunesse avec empathie. Dans "En corps", tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Hormis le drame initial de l’accident d’Elise, il n’y a pas d’ennemi à combattre dans son scénario, et pas de véritable suspense. Le film se déroule dans un environnement "bobo", lisse et sans aspérité, pendant deux heures. Klapisch filme bien les scènes de danse – heureusement – qui entourent cette histoire de résilience et de rédemption, mais son déluge de bons sentiments se révèle, hélas, un peu lénifiant.

EN CORPS

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Morbius

L'affiche de "Morbius"

Esprit brillant dans un corps fragile, le docteur Michael Morbius (Jared Leto) cherche à tout prix l’antidote qui pourra le guérir de la maladie sanguine qui affaiblit ses membres. Au terme d’une expédition dans la jungle qui l’entraîne à ramener des chauves-souris dans son laboratoire, Morbius pense avoir trouvé, dans l’organisme du petit animal, l’ingrédient magique pour fabriquer le sérum miracle. Après quelques tests, il croit avoir créé le produit providentiel, sa musculature se développe… Mais les effets secondaires vont se révéler redoutables, Morbius devient temporairement un monstre assoiffé de sang.

Dans l’écurie Marvel, Sony – qui possède déjà les droits sur "Spiderman" et "Venom" – gratte les fonds de tiroir pour surfer sur la vague ultra-lucrative des super-héros. "Morbius" puise dans des vieux mythes : celui du savant fou, de l’apprenti-sorcier, ou encore du "Dr Jekyll et Mr Hyde" de Stevenson. Même en cherchant bien, il n’y a pas une idée neuve dans ce film ; juste des images de synthèse qui permettent à Jared Leto de se transformer en démon sans devoir porter des prothèses en caoutchouc comme dans le cinéma de jadis. Les amateurs du genre apprécieront sans doute…

MORBIUS - Teaser Trailer

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sur le même sujet

Gifle de Will Smith : le traumatisme des présentatrices et la réaction de l’Académie

Tipik - Pop Culture

L’interview de Jared Leto, pour son interprétation de l’inquiétant Docteur "Morbius"

Cinéma - Interviews

Articles recommandés pour vous