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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "C’mon C’mon", le retour émouvant de Joaquin Phoenix

Joaquin Phoenix dans "C’mon c’mon" – "Nos âmes d’enfant"
26 janv. 2022 à 07:11 - mise à jour 26 janv. 2022 à 07:195 min
Par Hugues Dayez

Lauréat de l’Oscar du meilleur acteur en 2020 pour sa prestation hallucinante dans "Joker" de Todd Phillips, Joaquin Phoenix revient là où on ne l’attend pas : dans un film intimiste émanant du circuit indépendant.

C’mon C’mon

"C'mon c'mon", "Nos âmes d'enfants"
"C'mon c'mon", "Nos âmes d'enfants" DR

Dans "C’mon C’mon", il incarne un journaliste radio new yorkais, Johnny, qui sillonne les Etats-Unis avec une consœur pour recueillir les impressions d’enfants et de jeunes adolescents sur notre époque et sur leurs espoirs pour l’avenir. En pleine production de son émission, il est appelé à la rescousse en Californie par sa sœur Viv, qui désire lui confier provisoirement la garde de son petit garçon, Jesse. Car elle doit emmener à l’hôpital son compagnon, le père de Jesse, atteint de graves troubles psychologiques. Johnny accepte cette mission de mauvaise grâce : presque brouillé avec sa sœur, il n’a pas vu grandir Jesse et ne sait absolument pas comment s’y prendre avec un enfant…

A priori le thème de "C’mon C’mon" est assez éculé : combien de films n’a-t-on pas vus sur la rencontre entre un adulte récalcitrant et un enfant qui bouscule son train-train ? Or le film de Mike Mills (à qui l’on devait déjà les très réussis "Beginners" avec Christopher Plummer et "20th Century Women" avec Annette Bening) évite toute sensiblerie et tout cabotinage.

Il y a d’abord le travail de Johnny, qui est un pivot du film : ses interviews avec des jeunes Américains fleurent bon l’authenticité quasi documentaire. Il y a ensuite le rapport fragile qui s’instaure entre l’adulte et son neveu, car ce dernier est fébrile, en manque de sa mère et devinant intuitivement que son père n’est plus fiable… Joaquin Phoenix et son jeune partenaire Woody Norman jouent leurs scènes à deux avec un naturel troublant ; le spectateur en vient à oublier leur statut d’acteur et ressent une empathie grandissante pour ces deux personnages qui n’ont pas d’autre choix que de s’apprivoiser. Filmé en un très séduisant noir et blanc, "C’mon C’mon" charrie une émotion vraie, pudique et délicate… Un très, très beau film.

C'mon C'mon | Official Trailer

La bande-annonce

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Presque

L'affiche de "Presque"

Louis (Bernard Campan) est entrepreneur de pompes funèbres à Lausanne. Un matin d’une journée difficile, il renverse un cycliste, Igor (Alexandre Jollien), un coursier infirme moteur cérébral. Plus de peur que de mal, mais Louis emmène Igor à l’hôpital, pour s’assurer que sa victime n’a aucune séquelle. Touché par ce geste, Igor va s’incruster dans la vie de Louis et, suite à une méprise, l’accompagner convoyer un cercueil de Lausanne à Montpellier. Autant Louis semble avoir éteint ses rêves et ses désirs, autant Igor, malgré son handicap, est solaire et plein d’autodérision…

Là encore, "Presque", sur le papier, n’a rien de neuf, mélange de "road" et de "buddy movie" : deux personnes qui n’ont rien en commun vont faire un bout de chemin ensemble. L’intérêt du film est ailleurs, dans le face-à-face entre Bernard Campan et Alexandre Jollien. Amis depuis près de vingt, l’ex-membre du trio "Les Inconnus" et le philosophe suisse ont écrit, réalisé et interprètent "Presque" avec une sincérité, une absence de prétention et une vraie générosité qui rendent le film très attachant. Si le scénario reste convenu, la sensibilité de Campan et l’humour désarmant de Jollien font la différence.

PRESQUE Bande Annonce (2021) Bernard Campan, Alexandre Jollien, Film Français

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Les promesses

L'affiche du film "Les promesses"

Clémence (Isabelle Huppert) est maire d’une banlieue défavorisée de Paris – le célèbre "93". Avec son chef de cabinet Yazid (Reda Kateb), issu lui-même d’une cité, elle tente depuis des années de décrocher des subsides du pouvoir central pour sauver le quartier des Bernardins, une cité gangrenée par l’insalubrité et les "marchands de sommeil". Alors qu’elle entame la dernière ligne droite de son long combat, elle est approchée par le gouvernement en place pour un poste très convoité de ministre. Clémence va alors être plongée dans un profond dilemme, tiraillée entre son ambition personnelle et son idéal politique du bien commun…

Coïncidence intéressante, alors que la France entre dans une campagne électorale présidentielle où l’on pressent que tous les coups seront permis, sort cette semaine ce film politique de Thomas Kruithof, très remarqué dans une section parallèle de la Mostra de Venise.

Déjà auteur d’un excellent film d’espionnage ("La mécanique de l’ombre"), ce réalisateur discret signe ici un scénario à la fois complexe dans ses enjeux et fluide dans sa narration, qui pose toutes les questions cruciales du jeu politique en démocratie aujourd’hui, sur l’intégrité, la loyauté, les rapports de force, l’idéalisme face au pragmatisme, etc. C’est à la fois passionnant et utile. Si Huppert est convaincante (mais ne surprend plus guère), Reda Kateb, dans un rôle ambigu, est – une fois de plus – formidable.

Les Promesses, avec Isabelle Huppert

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L’ennemi

L'affiche de "L'ennemi"

Louis Durieux (Jérémie Renier) est un "wonder boy" de la politique belge, les observateurs lui prédisent un avenir de Premier ministre. Mais Louis est tombé éperdument amoureux de Maeva (Alma Jodorowsky, dont c’est le premier rôle vraiment marquant), et a bien de la peine à trouver l’équilibre entre son métier d’homme public et sa passion dévorante. Lors d’un week-end tumultueux à Ostende, la vie de Louis bascule : Maeva, devenue sa jeune épouse, est retrouvée morte dans sa chambre d’hôtel. Suicide ou crime passionnel ? Louis, dont le comportement est fiévreux et inconséquent, est mis sous les verrous par la police flamande, dont il ne comprend pas la langue…

Après "Noces", le cinéaste belge Stephan Streker s’inspire à nouveau d’un fait divers qui a défrayé la chronique chez nous, à savoir l’affaire Wesphael (du nom de l’homme politique écolo Bernard Wesphael, accusé du meurtre de son épouse Véronique Pirotton et acquitté le 6 octobre 2016 au bénéfice du doute). Il s’en inspire, mais très librement, n’en conservant que la "substantifique moelle", car ce qui intéresse Streker, ce n’est pas d’échafauder un polar ou un film de procès, mais de dresser le portrait d’un homme accusé de toutes parts, sans que personne – y compris le principal intéressé – ne puisse avancer la moindre certitude.

Si "L’ennemi" manie bien la notion de doute, le film est cependant inégal. Peut-être Streker aurait-il dû donner à Louis Durieux autre chose qu’un profil de politicien, car ni le réalisateur ni Jérémie Renier ne semblent très à l’aise pour faire évoluer le personnage dans le monde de la politique belge de façon très convaincante. En fait, le film ne prend son envol que lorsque Louis est en prison – dans cette deuxième partie, "L’ennemi" gagne clairement en intensité dramatique. Evidemment, comme le film joue en permanence sur l’ambiguïté de son personnage principal, il risque de frustrer une frange du public, plus avide de réponses que de points d’interrogation…

L'ENNEMI | Bande-annonce | Le 26 janvier au cinéma

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Adieu Paris

L'affiche du film "Adieu Paris"

Ben (Benoît Poelvoorde) est très affairé : il est invité à un prestigieux déjeuner dans un beau restaurant parisien, à rejoindre un club de personnalités artistiques vieillissantes mais encore un peu célèbres. Quelle n’est pas sa déception – pour ne pas dire son humiliation – de se voir accueillir de manière glaciale par les membres de ce club. Alors Ben attend au bar, avec un air de chien battu, dans l’espoir de se voir in fine adoubé par ces redoutables convives…

C’est un scénario de film, ça ? Pour Edouard Baer, oui. Il s’agissait – si l’on en croit ses notes d’intention – de rendre hommage à une vie parisienne de bistrot appelée à disparaître, d’évoquer ces grandes fraternités d’artistes façon "la bande du Conservatoire" (Belmondo, Marielle, Bedos…) Voilà donc pour les intentions. Mais entre le projet et le film, il y a un gouffre. Car que voit-on – que subit-on à l’écran ? Des Pierre Arditi, Daniel Prévost et autres Bernard Murat qui pérorent, ricanent, surjouent à qui mieux mieux… On espère pour eux qu’ils se sont tapé la cloche et qu’ils ont passé un bon moment pendant le tournage. Mais pourquoi donc filmer leurs interminables libations ? Le spectateur, exclu du club comme Poelvoorde, subit leurs bavardages poussifs en regardant sa montre. Une certitude : Edouard Baer peut, comme acteur et comme animateur, avoir des fulgurances formidables. Mais par pitié ! Qu’il arrête de se prendre pour un réalisateur ! "Adieu Paris" est insupportable.

ADIEU PARIS d'Edouard Baer (2022)

La bande-annonce

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